Alimentation : Manger bio, mais quel bio ? « 60 Millions de Consommateurs » nous éclaire

MIAM Le nouveau Hors-série de « 60 Millions de Consommateurs » fait un tour d’horizon sur ce qu’il faut savoir quand on veut manger bio

Oihana Gabriel
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Illustration de fruits et légumes.
Illustration de fruits et légumes. — Pixabay
  • Le magazine de l’Institut national de la consommation, 60 Millions de Consommateurs, s’intéresse depuis longtemps au bio.
  • Son hors-série, qui sort ce jeudi, fait un tour d’horizon sur ce que l’on sait aujourd’hui sur l’alimentation bio, ses bienfaits… et ses déceptions.
  • Le magazine a, comme à son habitude, comparé une centaine de produits en version conventionnelle et en version bio pour voir si cela vaut vraiment de coup de choisir le tout bio, et quelle marque.

Les aliments bio, neuf Français sur dix en raffolent. Environ 73 % en consomment ainsi chaque mois, et 13 % tous les jours. Ce qui n’a pas échappé aux marques. Floraison de commerces spécialisés, émergence de rayons dédiés, les marques de distributeurs qui affichent le logo AB en gros… Aucun doute, le bio s’est imposé en France et va continuer à croître.

Mais est-ce que bio veut forcément dire écolo ? Et bon pour la santé ? Le dernier numéro du magazine 60 Millions de Consommateurs, qui sort ce jeudi, offre une plongée dans le monde du bio, ses obligations et ses limites. Et 20 Minutes vous livre les quatre infos à retenir avant de remplir votre panier.

Un problème de définition

Est-ce que ça vaut le coup (et le coût) de dépenser plus pour manger bio ? Le dossier de 60 Millions commence par une mise au point sur la définition. Il existe en France deux repères (parmi d’autres) : le label français AB et l’Eurofeuille, côté Europe donc. Or, les deux logos représentent les mêmes obligations.

Que l’on résume souvent ainsi : interdiction d’utiliser des pesticides de synthèse et des OGM. Et pour les produits transformés ? Ils ne peuvent contenir que 5 % d’ingrédients non bio (hors eau et sel ajoutés), et la liste des additifs alimentaires est réduite de 300 en conventionnel à 54 en bio. Mais les obligations vont au-delà des pesticides. « L’utilisation des jachères, la saisonnalité des produits est respectée, explique Sophie Coisne, coordinatrice éditoriale des hors-séries de 60 Millions de Consommateurs. Au niveau de l’élevage, il y a un certain nombre de mètres carrés dévolus à l’animal, certaines mutilations ne peuvent être pratiquées. »

Meilleur pour la santé, vraiment ?

On le sait, il est recommandé de manger des légumes et des fruits. Mais si vos salades, carottes, pommes et cerises sont riches en vitamines… et en pesticides, cela risque de poser problème. « Dans son rapport de 2018, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) confirme un taux moyen de contamination de 14 % pour les denrées bio, contre 47 % pour les conventionnelles, pointe le magazine. Quant au dépassement de la limite maximale de résidus (LMR), fixée par la réglementation européenne, il est observé pour seulement 0,2 % des produits bio, contre 2,8 % des conventionnels. »

Le problème, c’est qu’en regardant de près, la différence entre bio et conventionnel n’est pas toujours évidente. « D’une manière générale, les produits bruts bio ne contiennent pas de pesticides, tranche Sophie Coisne. Ce qui est moins facile, c’est sur les produits transformés. Là, on se rend compte, surtout sur les produits salés, que le match nutritionnel est parfois perdu par le bio. » Avec des soupes qui contiennent moins de légumes, des lasagnes moins de sauce tomate…

Mais quel est l’effet réel pour la santé d’une alimentation bio ? Le débat est vif entre spécialistes. Des études prospectives, c’est-à-dire via le suivi de cohortes de personnes qui mangent plus ou moins de bio, laissent à penser que c’est un atout. « Poids plus stable, moins d’obésité, moindre risque de certains cancers : un faisceau de résultats tend à associer alimentation bio et meilleure santé », conclut le magazine. « Mais ça reste à creuser, nuance Sophie Coisne. Les études sont relativement récentes et rares. Et difficiles à analyser. Les consommateurs de bio ont un profil particulier : ils fument moins, boivent moins… »

Bio, oui, mais écolo ?

Et côté empreinte carbone ? Environ 18 % des produits bio arrivent de nos voisins européens, et 15 % sont estampillés hors Europe. Si les produits originaires de l’UE (et certains d’ailleurs) ne sont pas « moins bio » (ils sont soumis à la même réglementation européenne), il est probable que vos oranges ou pommes bio aient pris l’avion depuis l’Andalousie. Les œufs, le lait, les yaourts et la volaille bio sont en revanche 100 % d’origine française, nous dévoile le dossier.

Autre question : les serres chauffées, très énergivores. Depuis 2019, il est interdit en France de vendre comme bio des productions issues de serres chauffées entre le 21 décembre et le 30 avril. Dans les faits, il y a une tolérance. « Mais la réglementation évolue, assure Sophie Coisne. Un nouveau règlement européen est prévu pour janvier 2022, avec une prise en compte de l’impact climatique et environnemental pour la première fois dans la notion de bio. » Donc du transport ?

Est-ce vraiment mieux d’acheter dans des enseignes spécialisées ?

Environ 55 % des produits bio sont achetés dans la grande distribution. « Mais il faut battre en brèche la conviction que ce serait un bio au rabais », nuance celle qui a coordonné ce numéro. Certes, la grande distribution affiche des prix entre 15 et 20 % moins élevés que les marques des enseignes spécialisées. Mais elle respecte les mêmes normes. « En revanche, elle joue sur les points annexes que les amateurs de bio apprécient : l’origine, la saisonnalité des produits, la juste rémunération des producteurs, précise Sophie Coisne. Ou sur le nombre d’additifs, plus importants que dans les enseignes spécialisées. »

Ce qui fait vraiment la différence entre grande distribution et circuit spécialisé, c’est donc plutôt le côté écolo et équitable. Biocoop va ainsi vendre uniquement des produits de saison et avec une juste rémunération des producteurs. « Les circuits spécialisés voient le rouleau compresseur de la grande distribution d’un mauvais œil, mais cela a augmenté l’afflux des clients vers le bio, donc chez eux », avance Sophie Coisne. Qui souligne que pour le moment, les grandes chaînes qui ont ouvert des magasins spécialisés, comme Auchan bio ou Carrefour bio, n’ont pas réussi à attirer le chaland.