Coronavirus : Pourquoi la vaccination des ados de 12-15 ans pourrait faire plus débat que les autres ?

JEUNESSE La vaccination de cette tranche d’âge pourrait remporter moins d’adhésions que pour leurs aînés, seulement âgés de quelques années de plus

Marie De Fournas
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Le gouvernement réfléchit à autoriser la vaccination des 12-15 ans, dont la décision reviendrait principalement aux parents. (Illustration)
Le gouvernement réfléchit à autoriser la vaccination des 12-15 ans, dont la décision reviendrait principalement aux parents. (Illustration) — Andreea Alexandru/AP/SIPA
  • Une campagne de vaccination des 12-15 ans fait écho à celle de 1994 contre l’hépatite B dans les lycées. L’un des scandales qui a le plus impacté la défiance des Français à l’égard des vaccins.
  • Contrairement au 16-18 ans, les jeunes ados sortent moins, imposent moins leurs idées à leurs parents et ont potentiellement moins besoin d’un vaccin pour retrouver leurs libertés.
  • La responsabilité revient donc aux parents qui vont devoir assumer leur choix alors que l’on manque encore de recul sur ce tout nouveau vaccin.

Faut-il vacciner les 12-15 ans contre le coronavirus ? C’est la question à laquelle a répondu favorablement le conseil de défense Covid ce mercredi . Alors que les Etats-Unis, l’Italie, Israël, le Canada ou plus récemment Singapour l’autorise pour cette tranche d’âge, Emmanuel Macron a annoncé que les 12-18 ans pourront se faire vacciner à partir du 15 juin. Les avis favorables en ce sens ne manquaient pas, même si la Haute autorité de santé (HAS) ne rendra son avis que ce jeudi.

L’agence européenne des médicaments (EMA) avait déjà donné son feu vert. Alain Fischer, le monsieur vaccin du gouvernement avait estimé sur BFMTV qu’il ne serait « peut-être pas déraisonnable d’envisager » de vacciner les 12-16 ans « à la rentrée scolaire », après les vacances d’été. Un avis approuvé par une partie des Français, dont 55 % se disaient favorables à l’ouverture de la vaccination aux moins de 18 ans dès maintenant, selon l’enquête exclusive YouGov pour 20 Minutes et Doctissimo. Malgré tout, plusieurs raisons pourraient cependant rendre certains parents réticents.

Les invisibles traces du scandale de l’hépatite B

Déjà, parce qu’historiquement « en France dès qu’on sort un vaccin, en particulier pour les enfants ou les jeunes, c’est le branle-bas de combat, la panique, on n’en veut pas », relève le docteur Chantal Maurage, pédiatre et professeure émérite. Mais cette fois tout particulièrement, car un plan de vaccination des 12-15 ans ferait écho à un scandale qui a sacrément ébranlé la confiance d’une partie des Français envers les vaccins. En 1994, une large campagne vaccinale est lancée dans les lycées pour lutter contre l’hépatite B, responsable notamment du cancer du foie. Mais après l’apparition de cas de sclérose en plaques et l’immense polémique qui s’ensuit, l’opération est stoppée.

« Même si les autorités scientifiques ont démontré par la suite qu’il n’y avait pas de lien de cause à effet, les preuves scientifiques ont été relativement inaudibles, analyse Caroline de Pauw, sociologue spécialiste des sujets de santé. Cet épisode a beaucoup affecté la culture française en termes d’hésitation vaccinale et cela concernait justement des ados. »

La crainte des effets secondaires à long terme

Tous les experts s’accordent à le dire, les premiers vaccins contre le Covid sont sortis en un temps record. La vaccination pour les personnes âgées et vulnérables face à la maladie n’a pas vraiment fait débat. « On n’avait absolument aucun recul sur ces vaccins, mais on les a lancés pour des adultes de plus de 50 ans. Donc par exemple, il n’y avait pas de risque pour les femmes de transmission génétique à un futur bébé », avance Chantal Maurage, qui constate que même si ces risques sont écartés aujourd’hui, le doute subsiste chez certains.

Et pour cause, la balance risques/bénéfice n’est pas exactement la même pour les jeunes en pleine santé et pour beaucoup asymptomatiques du coronavirus. « D’une part, on parle d’un vaccin relativement récent et d’autre part il n’y a que Pfizer qui a l’autorisation d’être administré aux enfants de 12 ans. Il y a donc une crainte des parents sur le fait qu’il puisse y avoir des effets secondaires qui n’auraient pas été prévus car pas encore suffisamment évalués », souligne Caroline de Pauw.

Dans l’attente du retour d’expérience des autres pays

Sur le plan des effets secondaires, cependant les deux expertes pensent que la situation se débloquera lorsque l’on aura un retour d’expérience à grande échelle des pays ayant commencé à vacciner les plus jeunes. « Avec les Etats-Unis par exemple, on est sur des populations sociologiquement comparables et on peut faire confiance aux chiffres qui seront remontés, car leur système de santé est très sécurisé en termes d’accidents vaccinaux », assure la sociologue spécialiste de la santé.

Si les cas d’accidents vasculaires ont pu légitimement faire peur, Chantal Maurage assure que les vaccins de type ARN comme Pfizer et Moderna fonctionnent différemment et ne font courir aucun risque aux jeunes, « qu’ils aient entre les 12-15 ans ou entre 15-20 ans. Cela ne change rien ».

L’immense différence entre les 12-15 et les 16-18 ans

Pourtant, le sujet paraît bien plus sensible pour la catégorie des 12-15 ans que pour les 16-18 ans, pour qui Alain Fisher préconise par exemple la vaccination dès ce mois de juin. Si la différence d’âge en année n’est pas énorme, elle l’est cependant dans la construction des adolescents à cette période. « Après 15 ans on ne les contrôle pas, ils font ce qu’ils veulent, ils sortent. Vous ne pouvez pas les empêcher d’aller où ils veulent et de faire des excès. C’est normal, explique la pédiatre. Donc en les vaccinant on protège la population d’un risque de dissémination. »

Ce sont aussi eux qui ont pris de plein fouet l’absence de vie sociale : impossibilité de voir ses amis à cause du couvre-feu et de la fermeture des collèges/lycées et surtout confinement avec papa-maman alors que les rêves d’indépendance sont plus criants que jamais à cet âge. « La balance bénéfice risque rentre clairement en faveur du bénéfice direct et très utilitariste pour un jeune de 16 ans. Vers cet âge, il est en capacité de faire un choix éclairé et va avoir tendance à aller se faire vacciner pour retrouver une vie sociale plus rapidement », ajoute Caroline de Pauw.

La responsabilité des parents engagée

A contrario, plus on est jeune et moins on est en capacité de faire ses propres choix et d’orienter ses parents. Pour les 12-15, comme pour les plus petits, c’est donc aux géniteurs que revient la lourde décision de choisir pour leurs progénitures. Et ce n’est pas parce qu’ils se sont fait vacciner, qu’ils prendront nécessairement la même décision pour leurs enfants. « Là, ils ont évalué les risques pour leur santé propre, mais c’est un peu différent lorsqu’ils doivent le faire pour leurs enfants parce qu’ils vont devoir en assumer les conséquences toute leur vie, poursuit la sociologue. Ils se disent : "Si je me suis trompé, je vais devoir vivre avec toute ma vie et mon enfant aussi". »

Étrangement, le fait que la vaccination soit sur la base du volontariat, peut freiner les parents hésitants. « Quand on a passé les vaccins infantiles en obligatoire, il y a eu une polémique, mais depuis sa mise en place le débat est apaisé, car par cette obligation, on a confirmé aux parents que c’était quelque chose de pertinent pour les enfants », analyse l’experte.

Sur Twitter on a cependant déjà pu voir un aperçu de ce qu’engendrerait une telle décision. Fin mai, après la diffusion d’une fausse information affirmant que la vaccination des plus jeunes serait obligatoire, le réseau s’était totalement enflammé, révélant la sensibilité très forte autour de ce sujet.