Coronavirus : Que sait-on du variant Delta, dont une mutation inquiète l’OMS ?

EPIDEMIE Malgré les récentes annonces concernant ce variant indien, on ne possède encore que très peu d'informations sur celui-ci

Marie De Fournas

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Les informations sur le variant Delta (ancien variant indien) restent encore très floues (illustration).
Les informations sur le variant Delta (ancien variant indien) restent encore très floues (illustration). — Deepak Gupta/Hindustan Times/Shu/SIPA
  • Après avoir annoncé que le variant indien dans son ensemble était préoccupant, l’OMS vient de préciser que seulement une de ses mutations était en cause.
  • La mutation pourrait être résistante aux vaccins, mais pour l’instant rien ne le prouve puisque la majeure partie des personnes contaminées au Royaume-Uni n’étaient pas vaccinées.
  • Pour les experts, plus que la nature du variant indien, c’est la stratégie du pays et sa couverture vaccinale qui seront déterminantes dans l’évolution de la pandémie.

Un mois et demi après sa découverte on en sait finalement très peu sur lui. L’OMS a annoncé qu’elle considérait que seulement une sous-lignée du variant indien, désormais appelé Delta, était considérée comme préoccupante. Une petite évolution par rapport au 11 mai dernier, date à laquelle l’organisation jugeait le variant dans son ensemble inquiétant.

L’annonce de ce mardi pourrait donc laisser croire qu’après l’apparition de ce variant en Inde mi-avril et l’énorme vague de contaminations qu’il a provoquée dans le pays, les scientifiques commencent à l’apprivoiser et mieux le connaître. Que sait-on vraiment de ce variant à l’heure actuelle ?

Variant indien, Delta ou B1.617 ?

En début de semaine, celui que l’on appelait jusqu’à présent le « variant indien » a changé de nom. L’OMS a en effet décidé de renommer tous les variants par des lettres grecques, plus faciles à prononcer et à retenir, mais pas seulement. « La politique globale, c’est de ne pas les appeler par le nom d’un pays parce que c’est stigmatisant, explique Martin Blachier, médecin de santé publique et épidémiologiste. On avait un peu regretté d’avoir donné cette appellation au variant britannique. » Son nom technique, B.1.617, reste utile notamment pour évoquer ses sous-lignées. Pour le variant Delta, la sous-lignée B.1.617.2 est celle jugée préoccupante contrairement à la B.1.617.3 par exemple.

Que signifie concrètement qu’une sous-lignée soit « préoccupante » ?

« Il est devenu évident que davantage de risques pour le public sont associés au B.1.617.2 », a indiqué l’OMS lors de son point épidémiologique hebdomadaire sur la pandémie. Rien de très concret dans cette déclaration. Mais pour Martin Blachier, « il y a eu tellement de mauvaises surprises que maintenant les politiques se couvrent et ont un discours d’extrême prudence ».

Par ailleurs, comme nous l’expliquait le médecin Benjamin Davido en avril, il ne faut pas superposer la situation des pays européens aux autres, car tout comme les variants brésilien et sud-africain, le variant indien vient d’un pays où la situation sanitaire est moins bien gérée, rendant difficile l’interprétation de la gravité de celui-ci. « L’Inde est un pays avec des conditions d’hygiène et d’accès au soin différentes [de celles que nous connaissons en Europe], avec une grande densité de population, et un pays réputé pour être un réservoir de maladies infectieuses », expliquait le médecin, invitant donc à la prudence. Ce qu’il s’est passé en Inde n’a donc rien à voir avec ce qu’il se passe aujourd’hui au Royaume-Uni, où le nombre de cas de contaminations liées au variant Delta a augmenté. « Le pays est en train de se déconfiner. Ils relâchent 100 % de leurs mesures barrières. Il y a un peu plus de contaminations mais il n’y a pas de pic », compète Martin Blachier. La veille, le Royaume-Uni n’a par exemple enregistré aucun mort du Coronavirus, pour la première fois depuis juillet 2020.

Est-il résistant aux vaccins ?

« On dit qu’elle est préoccupante parce que potentiellement cette mutation pourrait être associée à une moins bonne sensibilité des vaccins », explique l’épidémiologiste mais pour l’instant cette hypothèse n’est pas vérifiée. « Tous les variants ont des mutations en commun qu’ils partagent. Mais ce n’est pas parce qu’on retrouve les mêmes mutations entre les différents variants, que l’on peut en tirer des conclusions. »

« La seule donnée que l’on a sur l’efficacité des vaccins ce sont des études faites à l’institut Pasteur, à Paris, sur des anticorps. On prend les anticorps de personnes vaccinées, on les met avec le variant dans un tube et on regarde si les anticorps se fixent bien sur le virus et le neutralisent. Le problème c’est que l’immunité, qu’elle soit vaccinale ou naturelle, passe par les anticorps, mais il y a aussi une immunité cellulaire qui n’est pas vérifiable dans le tube. Actuellement nous n’avons pas encore de vraies données sur des gens vaccinés qui seraient quand même infectés par ce variant. »

L’épidémiologiste souligne qu’au Royaume-Uni par exemple, les cas de contamination au variant Delta « concernent essentiellement des communautés indiennes qui n’étaient pas vaccinées et qui ont eu potentiellement des contacts avec l’Inde ».

Se transmet-il davantage ?

Au vu de ce qu’il s’est passé en Inde et de la montée des cas de ce variant dans une cinquantaine d’autres pays, la question se pose. Mais là encore, Martin Blachier invite à la prudence quant à l’interprétation de données. « À partir du moment où un variant domine les autres variants, on dit qu’il est plus transmissible. Ce n’est pas qu’on a observé que le variant Delta créait des contaminations et des vagues, mais c’est simplement qu’on s’est rendu compte que par exemple en Grande-Bretagne, le variant indien devenait majoritaire, donc on dit qu’il est plus transmissible. »

Le variant en lui-même, moins déterminant que la stratégie du pays ?

Toutefois, ce n’est pas forcément sur la souche du virus qu’il faut se concentrer. « Ce qui est déterminant c’est la stratégie, le taux de vaccination et aussi le vaccin utilisé. Les deux vaccins ARN ont des taux d’efficacité supérieurs en particulier sur la transmission, même si sur les cas graves ils sont tous très efficaces. Cet été, comme l’année dernière avec la couverture estivale, on va connaître une accalmie dans la propagation du virus. La vraie question c’est ce qu’il va se passer en septembre octobre. C’est là que les stratégies à mettre en place doivent se réfléchir. Quel que soit le variant qu’on aura à la rentrée, c’est la manière dont on aura vacciné qui sera déterminante. Et si on se plante ça ne sera pas à cause d’un variant mais d’une mauvaise couverture vaccinale. »