Coronavirus : Le Royaume-Uni subit-il une troisième vague ?

EPIDEMIE Le Royaume-Uni connaît une hausse de son nombre de cas, d’hospitalisations et de décès liés au Covid-19

Jean-Loup Delmas

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Le Royaume-Uni voit son nombre de cas doubler toutes les deux semaines
Le Royaume-Uni voit son nombre de cas doubler toutes les deux semaines — Oli SCARFF / AFP
  • Le Royaume-Uni redoute de plus en plus l’arrivée d’une troisième vague de coronavirus sur son territoire.
  • Le nombre de cas est en nette augmentation, tout comme les hospitalisations et les décès.
  • Variant indien plus contagieux, déconfinement trop rapide, les craintes britanniques sont-elles justifiées ? Et la France doit-elle aussi se méfier ?

Ce lundi 31 mai, le Royaume-Uni comptait plus 3.383 nouveaux cas de coronavirus en 24 heures. Un bilan quotidien au-dessus des 3.000 cas pour le sixième jour d’affilée, alors que cette barre symbolique n’avait pas été dépassée depuis deux mois outre-Manche. De quoi donner des soupçons de troisième vague, alors que le pays a vu le variant indien devenir majoritaire et que l’étape finale du déconfinement, prévue le 21 juin, approche.

Le R (nombre de personnes que va en moyenne infecter une personne malade) est à 1,14, bien au-dessus du 1 (valeur à partir de laquelle l’épidémie augmente). En France, le R est estimé à 0,85. « Il s’agit d’un R très élevé au Royaume-Uni, bien trop haut », dépeint l’épidémiologiste Antoine Flahault, qui prédit plus de 4.000 cas par jour dans une semaine.

Le déconfinement de tous les dangers

Un chiffre qui peut encore sembler bien faible, mais lorsqu’on parle de vague, c’est la vitesse d’augmentation qu’il faut scruter de près, et non la valeur absolue. Le chercheur en épidémiologie Michaël Rochoy explique : « Ce n’est pas parce qu’une vague part de très bas qu’elle ne sera pas très rapidement dangereuse. Il ne faut pas attendre de grandes valeurs afin de s’alarmer. C’est la dynamique qu’il faut surveiller. » Et concrètement, le nombre de cas britannique double toutes les deux semaines.

Comment expliquer une telle situation ? Deux théories sont à l’étude, sans forcément s’annuler. Premièrement, le variant indien, qui représente désormais 75 % des contaminations sur les îles britanniques. Ce variant est fortement soupçonné d’être encore plus contagieux que le variant anglais, déjà plus contagieux que la souche originelle. Secondement, le déconfinement britannique, qui explique tout naturellement une hausse des cas avec un relâchement général et l’ouverture des lieux en intérieur sans masque, comme les restaurants ou les pubs, depuis le 17 mai. « Avec de tels lieux et de telles ouvertures, l’épidémie est plus susceptible de reprendre qu’avant », note Antoine Flahault.

Une vaccination encore insuffisante

Quid de la vaccination ? Les Britanniques sont connus pour être le pays européen avec le plus de vaccinés, avec 72 % de la population adulte qui a été primo-vaccinée, mais « seulement » 43 % des Britanniques ont reçu les deux doses, la nation ayant privilégié un plus grand nombre de premières doses quitte à espacer les secondes oses. Or, l’immunité n’est acquise que deux semaines après les deux doses, et la première dose présente peu d’efficacité, encore moins face au variant indien. Selon certaines études, alors qu’une personne primovaccinée avait 50 % de risque en moins d’attraper le coronavirus, ce serait plutôt 30 % face au variant indien.

« Il est possible que les Britanniques paient leur choix de massivement primo-vacciner plutôt que s’assurer une plus grande part de population totalement immunisée », analyse Antoine Flahault. Pour Michaël Rochoy, il ne faut pas juger trop sévèrement le Royaume-Uni non plus : avec 43 % de sa population ayant eu deux doses, la nation compte un pourcentage deux fois supérieur à celui de la France. Reste que les hospitalisations sont en hausse de 20 % par rapport à la semaine dernière, et les décès de 42 %. Des chiffres extrêmement bas (60 morts du coronavirus en sept jours), ce qui peut fausser les calculs, mais avec une dynamique suffisante pour être inquiétante.

Des motifs d’espoir

Cette vague en frémissement nécessite-t-elle de s’inquiéter pour les Britanniques ? Pas si sûr. D’abord, parce qu’aussi incomplète soit la vaccination, elle reste tout de même bien avancée, en particulier chez les personnes les plus fragiles. « Contrairement aux autres vagues, il est possible que celle-ci entraîne moins d’hospitalisations, de réanimations et de décès, grâce à la vaccination. Il pourrait y avoir un grand nombre de cas sans avoir un réel impact sur la saturation des hôpitaux », espère Michaël Rochoy. Pour la première fois depuis juillet 2020, le Royaume-Uni ne déplorait aucun mort du Covid-19 en 24 heures ce mardi.

Deuxième source d’espoir, la réaction britannique. Le Conseil scientifique du pays alerte déjà sur cette troisième vague, tandis que le gouvernement remet de plus en plus en question son déconfinement, et notamment l’étape du 21 juin, qui doit voir la réouverture des discothèques et la levée des dernières mesures fortes de restriction. Antoine Flahault : « Contrairement aux autres vagues, le gouvernement semble prêt à agir très tôt afin de ne pas se laisser submerger comme en décembre-janvier dernier. » Stopper la vague avant qu’elle ne déferle.