Coronavirus : Alpha, Delta... Pourquoi les variants changent-ils de nom ?

EPIDEMIE L’Organisation mondiale de la santé a annoncé ce lundi renommer les variants afin qu’ils contiennent plus de références géographiques

Jean-Loup Delmas
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Adieu variant anglais, bonjour variant Alpha
Adieu variant anglais, bonjour variant Alpha — Oli SCARFF / AFP
  • Fini le variant anglais ou indien, place au variant Alpha ou Delta.
  • Ce lundi, l’OMS a renommé les variants du coronavirus par des lettres grecques, au lieu des traditionnelles origines géographiques.
  • Un choix notamment décidé pour éviter des noms stigmatisants pour un pays.

Ne dites plus variant anglais (pour les puristes, B.1.1.7), mais variant Alpha et ne vous inquiétez non pas de la montée du variant indien (B.1.617.2) au Royaume-Uni, mais du variant Delta. Ce lundi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé  le changement du nom des variants du coronavirus en remplaçant les appellations géographiques par des lettres grecques. 20 Minutes fait le point.

Comment était déterminé le nom des variants avant ?

Il faut déjà bien distinguer le nom scientifique et le nom « populaire » ou médiatique. Le nom scientifique reste inchangé et est défini par le système de nomenclature des lignées du virus. En gros, les chiffres renseignent sur les mutations du variant par rapport à la souche originale du virus. Mais ils sont longs et fastidieux à retenir.

Voilà pourquoi le nom populaire indique plutôt le lieu d’apparition du virus… ou plutôt le lieu où il a été séquencé (c’est-à-dire détecté) la première fois. Le variant anglais vient donc du fait qu’il a été repéré pour la première fois au Royaume-Uni, tout comme le variant Sud-africain en Afrique du Sud…

Quel était le problème avec ces noms géographiques ?

Premièrement, comme énoncé plus haut, la rigueur scientifique des noms ayant une référence géographique est à revoir. Rien ne dit que le variant anglais soit apparu en Angleterre ou le variant indien en Inde. « Ce sont les endroits où ils ont été détectés pour la première fois, pas nécessairement ceux où ils sont apparus », indique Marie-Aline Bloch, chercheuse en sciences de gestion à l’École des hautes études en Santé publique. Petit retour historique, mais la grippe espagnole de 1918 venait en réalité du Kansas (mais a été documentée en Espagne pour la première fois).

D’autant plus que tous les pays ne sont pas égaux en termes de séquençage, méthode pour découvrir les mutations du virus. Par exemple, le Royaume-Uni a toujours mis des moyens de séquençage plus élevé que la majeure partie des autres nations, un écart encore plus creusé en décembre 2020, date où il a repéré le variant B.1.1.7.

Deuxièmement, et c’est la raison principale avancée par l’OMS, ils sont forcément discriminants. « Il y a une stigmatisation de ces territoires et de ces populations. Les personnes vont penser qu’un Britannique a plus de chance d’avoir le variant anglais qu’une autre personne dans le monde, ce qui n’a pas de sens », poursuit Marie-Aline Bloch. D’autant plus aujourd’hui, où le Royaume-Uni voit le variant indien devenir majoritaire par rapport au variant anglais. Un variant par nom géographique, en plus d’être stigmatisant, est donc un très mauvais indicateur de la situation des pays.

L’OMS avertissait dès mars 2020 sur ce risque, priant les Etats d’éviter « d’attacher des emplacements ou une origine ethnique à la maladie (…) pour éviter la stigmatisation ». Voilà pourquoi le virus, au début surnommé « grippe chinoise » ou « grippe de Wuhan » a rapidement trouvé un nom sans géolocalisation (que ce soit coronavirus ou Covid-19), après avoir constaté une flambée du racisme anti-asiatique ou anti-chinois dans le monde entier.

Troisièmement, le procédé trouve vite d’autres limites. Notamment en Inde, qui a repéré deux variants distincts : B.1.617.2 (Delta dans le nouveau nom de l’OMS) et B.1.617.1 (Kappa), qu’on a tendance à confondre dans le terme générique de « variant indien ».

Et puis tous les pays n’ont pas les mêmes surnoms pour leur variant. Il suffit de voir que la France a nommé le variant détecté à Lannion « variant breton » et non « variant français ». Loin d’être une exception. Les Brésiliens préfèrent parler de « variant amazonien » que de « variant brésilien », tout comme les Anglais traitent du « variant de Kent » (de la région où il a été découvert). Il est même possible que l’auteur de cet article se soit arraché les cheveux à se demander s’il fallait écrire variant anglais ou variant britannique.

Uniformiser et simplifier

Pour toutes ces raisons, les noms grecs semblent être le parfait compromis. « Ils sont uniformisés pour tous les pays et plus faciles à prononcer et à retenir que les noms scientifiques, ne jettent aucune discrimination, et n’ont pas les approximations des noms géographiques », liste Marie-Aline Bloch.

De quoi définitivement dire adieu au variant anglais… ou britannique, on ne sait toujours pas.