VIH/Sida : La Prep prescriptible par tous les médecins est « une avancée non négligeable contre l’épidémie »

INTERVIEW Le président de la Société française contre le Sida Pascal Pugliese aimerait que 60.000 personnes profitent de ce traitement préventif contre le virus

Propos recueillis par Fabien Binacchi

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Le Dr Pascal Pugliese est également médecin au CHU de Nice et président de la Coordination régionale de lutte contre l'infection à VIH (Corevih) en Paca
Le Dr Pascal Pugliese est également médecin au CHU de Nice et président de la Coordination régionale de lutte contre l'infection à VIH (Corevih) en Paca — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

La nouvelle était attendue. Elle a été finalement officialisée par le ministre de la Santé Olivier Véran, lui-même, en fin de semaine dernière. Dès ce mardi, la PrEP, le traitement prophylactique permettant d’éviter une infection par le VIH, pourra être prescrite directement par tous les médecins et notamment les généralistes.

De quoi freiner encore l’épidémie, selon le Niçois Pascal Pugliese, président de la Société française contre le Sida. Et ce, alors que la baisse du nombre de dépistages constatée pendant la crise sanitaire, peut faire craindre une détérioration de la situation.

Qu’est-ce que cette décision concernant la PrEP va pouvoir changer, concrètement ?

Nous allons toucher un public beaucoup plus large et c’est une nouvelle avancée non négligeable dans la lutte contre le Sida. L’utilisation de deux molécules comme prophylaxie, notamment auprès de certaines populations à risque, est permise en France depuis 2016. En plus du préservatif et du traitement des personnes séropositives. Mais, seulement les hôpitaux et les Cegidd [Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic] pouvaient initier ce protocole. En dehors du fait que se rendre dans ces structures pouvait freiner certaines personnes, il y avait aussi la question de la distance. On voit bien que les 30.000 personnes qui bénéficient de la PrEP, essentiellement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes [HSH], sont majoritairement dans les métropoles.

L’idée est donc de banaliser ce traitement ?

Exactement. C’est de mettre la PrEP au même niveau que l’utilisation du préservatif. Même si, il est important de le rappeler, le préservatif protège aussi contre les autres infections sexuellement transmissibles. La PrEP est un complément, elle rentre dans une stratégie globale de lutte contre le VIH.

Quel est l’objectif chiffré avec cette nouvelle décision ?

On pourrait imaginer passer de 30.000 à 60.000 personnes d’ici deux trois ans. Mais l’usage de la PrEP n’est pas figé. C’est quelque chose que les célibataires cesseront de prendre lorsqu’ils sont en couple. Et inversement. Le fait de l’ouvrir à tous les médecins va permettre d’accentuer cette flexibilité. Mais la PrEP n’est pas réservée qu’aux HSH. Des personnes qui peuvent être multi-partenaires à un moment donné de leur vie vont avoir une vulnérabilité au VIH plus importante. L’idée est aussi de toucher également ceux qui sont originaires de pays à forte prévalence du VIH, notamment d’Afrique subsaharienne.

Les médecins vont-ils devoir se former ?

Une plateforme en e-learning est ouverte pour leur permettre de se mettre à niveau en deux ou trois heures. Ils peuvent y trouver des indications pour savoir comment aborder les questions de santé sexuelle avec leurs patients

Quels sont les résultats ?

Il faut préciser que nous avons du recul sur ce traitement utilisé depuis longtemps pour les personnes séropositives. Et il est très bien toléré. La fonction rénale peut s’altérer dans de rares cas, mais les patients qui prennent la PrEP sont de toute façon suivis. Dans la région de Nice, nous avons observé une baisse du nombre de nouvelles contaminations de l’ordre de 40 %.

Le nombre de dépistages a diminué de 10 % avec la crise sanitaire, mais les interactions également, au moins logiquement…

Des études ont été réalisées, notamment auprès des HSH, et même pendant les périodes de confinement, il y avait un petit nombre de personnes qui continuait à s’exposer. Il est donc très important de reprendre les dépistages dès que possible alors que nous rentrons dans une période qu’on espère tous un peu plus légère. Le délai moyen entre l’infection et le diagnostic est encore de 3 ans en France et c’est beaucoup de temps perdu.