Coronavirus : Comment la France se protège contre le variant indien ?

EPIDEMIE Alors qu’au Royaume Uni les contaminations augmentent et que le variant indien menace le déconfinement, la France impose ce lundi une septaine aux voyageurs venant d’Outre-Manche

Oihana Gabriel

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Illustration de l'Eurostar.
Illustration de l'Eurostar. — Gabrielle CEZARD/SIPA
  • A partir de ce lundi, tous les voyageurs en provenance du Royaume-Uni devront respecter un isolement de sept jours obligatoire.
  • Face à la diffusion du variant indien, qui a provoqué une véritable hécatombe en Inde, la France tente de limiter le danger de voir une nouvelle vague déferler sur le pays.
  • Limitation des arrivées, surveillance de la diffusion par criblage et séquençage et surtout accélération de la vaccination sont les réponses qui pourraient permettre de poursuivre sur la voie du déconfinement sans déconvenue.

Ils ont beau avoir des consonances exotiques, les variants qui viennent d’Afrique du Sud, du Brésil et maintenant d’Inde, inquiètent l’Europe.

Au premier rang, le Royaume-Uni, qui a une importante communauté indienne et a vu les chiffres de l’épidémie de coronavirus remonter. En effet, c’est le pays du monde où l’épidémie accélère le plus (+74 %, 2.600 nouveaux cas par jour) sur la dernière semaine. Le variant indien représente entre la moitié et les trois quarts des nouveaux cas et menace le déconfinement. Ce qui fait craindre à la France de revivre le scénario catastrophe expérimenté avec le variant britannique lors de la troisième vague… Faut-il vraiment craindre ce variant indien ?

Quel risque pèse sur la France ?

Ce dernier inquiète en tout cas le conseil scientifique français. Qui a dévoilé vendredi un nouvel avis le concernant. Première précision : il n’y a pas un, mais trois variants indiens. Celui qui se diffuse en Europe et donc en France, nommé B.1.617.2 « pourrait être jusqu’à 50 % plus transmissible que le variant UK », déjà 60 % plus contagieux que la souche initiale. En revanche, rien ne prouve pour le moment qu’il entraînerait plus de formes graves et de décès. 

Plus fondamental, ce variant ne réduirait pas l’efficacité des vaccins utilisés en France, à quelques points près. Une étude britannique montre ainsi que le sérum de Pfizer passe d’une efficacité de 93 % contre le variant britannique à 87 % quand on rencontre son cousin indien. Pour AstraZeneca, on passe de 66 % à 59 %.

Comment la France se prépare ?

Deux leviers ont été activés. Tout d’abord, pour éviter que le variant ne dissémine, la frontière avec notre voisin britannique va devenir plus difficile à franchir. A partir de ce lundi, les Britanniques et citoyens de pays n’appartenant pas à l’Union européenne devront de nouveau justifier d’un motif impérieux pour entrer en France. Surtout, tous les voyageurs arrivant au Royaume-Uni doivent s’isoler pendant quatorze jours. Et ceux en provenance du Royaume-Uni pendant sept jours à leur arrivée en France. Jusqu’alors, 16 pays faisaient l’objet d’une quarantaine obligatoire, dont le Brésil, l’Inde, l’Argentine ou la Turquie. Sur le papier, cela veut dire que les forces de l’ordre peuvent vérifier de manière inopinée la présence des voyageurs sur leur lieu de quarantaine et leur infliger une amende de 1.000 à 1.500 euros en cas d’absence.

Mais les choses se sont compliquées car jeudi, le ministère des Affaires étrangères a finalement précisé que le « contrôle systématique à domicile ne leur sera pas appliqué »… « C’est une mesure indispensable, elle aurait pu venir plus tôt », souffle Philippe Amouyel, professeur de santé publique au Centre Hospitalier de Lille et directeur de la Fondation Alzheimer. Est-ce qu’elle sera suffisante ? « C’est une autre histoire, nuance-t-il. Jusqu’à présent, même isolé, on a un droit de sortie de 10h à 12h. L’isolement et son contrôle, c’est un des soucis aujourd’hui. »

Deuxième enjeu : la surveillance. Selon le dernier point épidémiologique de Santé Publique France (SPF), au 25 mai, 46 épisodes (des foyers, soit une centaine de malades en tout) impliquant au moins un cas de variant du lignage B.1.617 ont été rapportés. La majorité des épisodes sont liés à des retours d’un voyage en Inde ou d’un pays limitrophe. Pour l’instant, ces foyers n’ont pas diffusé et ont été endigués, selon SPF. Pas sûr que cela continue. Car la France a nettement moins de moyens pour séquencer que le Royaume-Uni. Reste que les prochaines enquêtes Flash, qui séquencent toutes les deux semaines quantité de tests, doivent permettre de suivre à la trace la progression de ce variant.

Mais une autre technique permet une surveillance plus simple : le criblage des tests PCR. Si aujourd’hui, le résultat spécifie si vous avez le variant britannique, ce n’est pas le cas pour tous les variants. « Mais dans les jours qui viennent, les choses vont changer et ces tests permettront de savoir s’il s’agit du variant indien, assure Philippe Amouyel. Par ailleurs, on réalise maintenant du rétrotraçage pour remonter à l’origine de l’infection. »

La vaccination, seule arme efficace

Mais ce qui rebat les cartes, c’est bien sûr la vaccination. Quand les premiers cas de variant britannique sont apparus en France, en janvier, elle débutait à peine. Au 28 mai, 37 % de la population totale avait reçu une première dose et 15 % était totalement vaccinée. Or, on l’a dit, la bonne nouvelle, c’est que ce variant indien est sensible aux vaccins. A un détail près. Selon le conseil scientifique, « les premières données en vie réelle disponibles au Royaume-Uni suggèrent une efficacité vaccinale conservée contre l’ensemble des formes cliniques de l’infection par le B.1.617.2 après deux doses d’Astra-Zeneca (60 %) et de Pfizer (88 %), mais pas après une dose (33 % pour chacun des vaccins). »

Ce qui a de quoi inquiéter Outre-Manche. Car d’une part, le Royaume-Uni a privilégié son sérum national : deux tiers des injections se font donc avec Astra. Autre problème : « la stratégie des Anglais d’éloigner les deux doses de douze semaines pour tous les vaccins », insiste Philippe Amouyel.

En France, ce n’est pas le même topo. En effet, les vaccins à ARN messager sont majoritaires, AstraZeneca est interdit aux moins de 55 ans et boudé par les autres. « Rien ne sert de jouer à se faire peur !, nuance Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). La problématique, c’est pas le variant, mais comment certaines personnes échappent à la vaccination. Il faut agir en amont des contaminations. Dans ce brouhaha plane le doute sur l’efficacité des vaccins face aux variants. J’entends certains dire qu’ils veulent attendre un nouveau vaccin plus efficace face aux nouveaux variants. » Or, beaucoup de médecins s’époumonent pour expliquer que moins il y aura de vaccinés, plus les variants pourront émerger et se diffuser. « D’où l’importance de vacciner massivement et vite », martèle Philippe Amouyel. Et donc de convaincre les récalcitrants.

Un enjeu de taille, alors que la vaccination s’ouvre pour tous les adultes ce lundi. « Aujourd’hui, c’est fini l’histoire des variants, tranche Benjamin Davido. L’ennemi est déjà là, pourquoi lui donner une nationalité ? Ce qui risque de changer, c’est qu’on se dirige vers un avantage des vaccins à ARN messager pour devenir le vaccin universel. » Car plus efficaces, mais également parce qu’ « ils peuvent faire une mise à jour en six semaines pour s’adapter à un nouveau variant ». Qu’il vienne d’Inde, du Vietnam ou d’ailleurs.