Troubles alimentaires : Comment Catherine, 36 ans, est sortie de la boulimie après treize ans de combat

PORTRAIT Grâce aux soignants et à un travail sur les émotions, Catherine se sent sortie d’affaire et veut mettre à profit son expérience pour épauler d’autres patients atteints de boulimie

Oihana Gabriel
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Catherine a lutté pendant treize ans contre la boulimie.
Catherine a lutté pendant treize ans contre la boulimie. — O. Gabriel / 20 Minutes
  • A l’occasion de la première Journée mondiale des Troubles du comportement alimentaire (TCA) ce mercredi, 20 Minutes a rencontré une jeune femme qui s’est battue pendant treize ans contre la boulimie.
  • Isolement, secret, diktat de la minceur… Catherine, 36 ans, raconte son parcours.
  • Aujourd’hui coach en nutrition, avec l’espoir de devenir patiente-experte, elle souhaite accompagner des patients dans la gestion de leurs émotions. Une stratégie qui s’est avérée gagnante pour elle.

« Je voudrais vraiment donner de l’espoir : je suis mariée, heureuse, j’ai un bébé en bonne santé, une profession qui me passionne. » Elle a 36 ans, une chemise à rayures, le sourire et une taille fine. Cette minceur, Catherine Gourevitch l’a longtemps chérie, jusqu’à en devenir obsédée. Au point de se faire vomir dix fois par jour.

A l’occasion de la

première Journée mondiale des Troubles du Comportement alimentaire (TCA)*, organisée par la Fédération Française Anorexie Boulimie (FFAB) ce mercredi, Catherine nous a raconté l’engrenage terrible de la boulimie, son parcours du combattant pour s’en sortir, et pourquoi il ne faut jamais baisser les bras.

« J’étais sûre qu’il y aurait une explosion des TCA… »

« Ces derniers mois, j’ai beaucoup pensé aux personnes boulimiques, avoue la trentenaire, rencontrée à la terrasse d’un café dans le 15e arrondissement. Si j’avais dû vivre ces confinements quand j’étais malade, ça aurait été terrible. La seule activité autorisée, c’est d’aller au supermarché. C’est comme si tu disais à un alcoolique qu’il ne peut aller que chez le caviste ! J’étais sûre qu’il y aurait une explosion des TCA… »

Petite précision : si l’hyperphagie boulimique se définit par des phases où l’on mange de façon excessive et compulsive, la boulimie s’en différencie car à ces épisodes de gueuletons succèdent des techniques pour éviter de prendre du poids : vomissements volontaires, prise de laxatifs ou sport à l’excès.

« La singularité de la boulimie, par rapport à l’anorexie, c’est que ça ne se voit pas, introduit la trentenaire. Cela peut arriver d’aller aux toilettes après un repas. Mais pas forcément pour vomir ! » Selon la FFAB, 900.000 Français seraient atteints d’un TCA. Mais Catherine se méfie des chiffres… « J’ai été malade plus de treize ans. Je n’ai jamais varié de taille de vêtement et si je ne m’en étais pas ouverte à mon entourage, il ne s’en serait jamais aperçu. » Elle a d’ailleurs porté ce secret pendant quatre ans.

« Ce qui avait démarré comme une vengeance est devenu un engrenage »

Petite fille menue et joyeuse, Catherine a longtemps été complimentée sur sa minceur. Après le décès de sa mère, quand elle a seulement 13 ans, elle se retrouve avec sa sœur élevée par un père âgé, strict, qui valorise beaucoup l’apparence. « Notre perfection ou nos échecs rejaillissaient sur lui. J’ai enregistré, "il vaut mieux rester mince". » Cela tombe bien, Catherine peut se faire plaisir sans prendre un gramme.

Mais vers 18 ans, les choses se corsent. « Mon père s’est mis à me faire des réflexions du genre "laisse ton pain, tu t’es déjà resservi". Un soir, j’ai été me faire vomir. Dans ma tête, c’était pour le punir. Quand je lui ai dit, c’est rentré par une oreille et ressorti par l’autre. Ce qui avait démarré comme une vengeance est devenu un engrenage. »

« La maladie consume, isole et enferme dans un cercle vicieux »

Heureusement, Catherine arrive à achever son école de commerce. Avant de s’envoler pour les Etats-Unis, en stage. Rencontre amoureuse, vie à deux. Ou plutôt à trois, car la maladie reste tapie, mais omniprésente. « Je me suis retrouvée sans travail, avec beaucoup de temps, et j’ai sombré. L’intégralité de mes journées se résumait à faire des courses, manger et me faire vomir. » Sans que son compagnon ne se doute de rien.

« On arrive à faire semblant. C’est tellement humiliant d’avoir la tête dans les toilettes 5, 10 fois par jour. On perd confiance en soi, on n’ose plus postuler à rien. La maladie consume, isole et enferme dans un cercle vicieux de crises à répétition. »

« On est persuadé qu’on va s’en sortir tout seul, que demain, on arrête »

Ce qui va déclencher ses aveux, c’est une demande en mariage. Elle dit oui et décide de tout dire. « J’avais un sentiment de fraude absolue. C’est là que j’ai commencé à consulter un psychothérapeute. Pendant tout ce temps, on est persuadé qu’on va s’en sortir tout seul, que demain, on arrête. » Mais elle insiste : se faire aider est indispensable quand on est atteint de boulimie.

Après un retour en France – et un divorce –, Catherine, alors âgée de 25 ans, est prise en charge par une équipe pluridisciplinaire. « J’ai commencé à voir un addictologue et un psychiatre pendant deux ans. Ce sont les premiers qui m’ont dit que la thérapie n’allait pas suffire. Et que derrière cette boulimie se cachait un trouble bipolaire. J’ai commencé un traitement médicamenteux, qui m’a donné la stabilité émotionnelle nécessaire pour faire le travail thérapeutique. »

S’appuyer sur cette épreuve pour aider les autres

Mais le chemin vers la guérison s’annonce long. Deux ans plus tard, elle passe deux mois en hôpital psychiatrique. « Quel aveu d’échec ! Si on m’avait dit à 15 ans que je serai en HP à 27… Mais en fait, ça a été un grand pas en avant. Je pleurais en arrivant… et en partant. J’avais échangé avec beaucoup de personnes qui souffraient d’addictions. J’ai compris que je n’étais ni seule, ni folle. Je me suis vue comme quelqu’un de normal avec une faille. »

A la sortie, les crises ont disparu. Pas la maladie. « J’allais mieux, mais sans savoir pourquoi », analyse-t-elle avec le recul. C’est donc la rechute, la réhospitalisation… et la découverte de la pleine conscience. « Grâce à des applications sur les émotions et des lectures, j’ai commencé à être mon propre cobaye, à m’imposer des séances. Je suis loin d’être une grande adepte de la méditation. Mais grâce à ces outils, j’ai appris à prendre de la distance par rapport aux émotions afin qu’elles ne me dictent plus mon comportement. »

Voilà comment de victime de boulimie, Catherine est passée coach en nutrition. « Aujourd’hui, je n’ai plus du tout peur de rechuter. » Prochain objectif ? Devenir patiente-experte et épauler une équipe de soignants. Pour mettre à profit son long combat. « Longtemps, j’ai préféré être malade que prendre du poids. En essayant de rationaliser les choses, je me disais " Si tu ne manges que quatre frites, ça fait x calories ". Mais le seul moyen d’y arriver, c’est par l’action, en prouvant à son cerveau qu’il a tort d’avoir peur. Je suis parvenue à me dire : "Tant pis si je dois prendre quelques kilos ". Et finalement, je n’ai pas pris de poids ».

* Un numéro d'information existe "Anorexie Boulimie Info Écoute" 08.10.03.70.37.