Coronavirus : C’est quoi, exactement, le « syndrome du vacciné » ?

EPIDEMIE Après avoir reçu une première dose de vaccin, certaines personnes se croient protégées et commencent à relâcher totalement les gestes barrières. Une erreur

Jean-Loup Delmas

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Se croire immuniser après une seule dose est un phénomène dangereux
Se croire immuniser après une seule dose est un phénomène dangereux — AFP
  • Après avoir reçu leur première injection de vaccin contre le coronavirus, certaines personnes se pensent directement immunisées.
  • Ce phénomène, appelé « syndrome du vacciné », est dangereux : il faut en effet 10 à 12 jours pour que la première dose produise des effets. Des effets qui sont en plus insuffisants. Car c’est la seconde injection qui garantit une protection maximale.
  • Comment expliquer ce phénomène ?

Une fois leur première dose de vaccin contre le coronavirus reçue, les Français auraient-ils tendance à trop se relâcher ? Le phénomène, non chiffré, commence en tout cas à faire parler de lui et à inquiéter. au point qu’il a déjà hérité d’un nom : le « syndrome du vacciné ».

Il s’agirait de personnes se pensant protégées dès la première piqûre et vivant ensuite sans respect des gestes barrières. Une attitude aussi désinvolte que dangereuse, comme l’ont rappelé récemment le gouvernement et les autorités sanitaires.

Une première dose insuffisante

Certes, la première dose offre un renforcement du système immunitaire face au coronavirus. Mais ce dernier n’arrive que dix à douze jours en moyenne après la piqûre (cet intervalle de temps dépend du type de personne et de sa classe d’âge). Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie et spécialiste des vaccins pour Du côté de la science, renseigne : « La première dose arrive dans un espace immunitaire normalement encore vierge de tout Covid-19. Il faut donc du temps pour que la machine se mette en marche. »

En attendant la fin de ces dix à douze jours, la personne a donc un système immunitaire encore totalement neutre face au coronavirus, et n’est pas du tout protégée. « On ne peut pas se faire vacciner le mardi et aller en soirée le vendredi en se pensant immunisé », rappelle le chercheur. Un intervalle qui explique notamment les cas très médiatisés d’individus ayant reçu une première dose et ayant tout de même fait des formes graves de coronavirus.

Et encore, la protection de la première dose n’est que partielle, et loin de garantir une protection totale comme peut l’avoir une personne quinze jours après sa deuxième injection. Oui, un effet est constaté et il y a une baisse des formes symptomatiques du coronavirus à J + 10/12. Mais attention à ne pas surestimer cet effet.

Au Royaume-Uni, par exemple, la stratégie vaccinale a été basée sur les premières doses, quitte à reporter au maximum les secondes injections. Elle a montré des effets très positifs sur l’épidémie. Non seulement elle était couplée à un confinement long et strict, mais elle a aussi eu lieu au sein d’une population déjà très infectée. Une étude menée en Ecosse montrait que plus de 50 % des 80 ans et plus présentaient déjà des anticorps contre le coronavirus, donc avaient déjà été infectés. Or, pour les personnes ayant déjà eu le Covid-19, la première dose agit comme une seconde dose, un rappel. Ce qui a pu conduire à surestimer légèrement l’immunité acquise par la première dose.

Rappelons également que face à la montée du variant indien, le Royaume-Uni hésite actuellement à ralentir son déconfinement, le temps de vacciner via une seconde dose davantage de patients, afin de leur offrir une meilleure immunité.

Une réelle tendance ?

Comment alors expliquer ce phénomène de « syndrome du vacciné » ? « Il y a peut-être eu trop de mises en avant du nombre de primo-vaccinés en France, comme si cela était suffisant ou un objectif en soi. Le nombre de personnes totalement vaccinées est mis au second plan, ce qui peut induire que la seconde dose n’est pas si importante ou déterminante que cela », théorise Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie et vaccinateur.

Pourtant, les deux experts l’assurent, le phénomène reste très marginal. « On en parle beaucoup parce qu’une personne qui vient de recevoir sa première dose et qui attrape le coronavirus, c’est à s’arracher les cheveux, révèle Michaël Rochoy. Mais en réalité, l’écrasante majorité est avertie. » Eric Billy indique, lui, que chaque médecin vaccinant en première dose informe de l’importance de faire attention et d’attendre les fameuses deux semaines après la seconde dose avant de se relâcher. « Et encore, puisqu’on reste possible transmetteur du virus, on ne devrait totalement se relâcher qu’avec des personnes également totalement vaccinées », appuie-t-il.

Pour Michaël Rochoy, la preuve que le phénomène reste minime se situe dans les chiffres du coronavirus. La baisse actuelle de tous les indicateurs sanitaires en France, « c’est bien la démonstration que même primo-vaccinés, les gens continuent de faire attention », se réjouit-il. Une bonne nouvelle pour s’occuper en attendant la seconde dose.