Coronavirus : Secret médical, obligation, lieu… Comment se déroule la vaccination en entreprise ?

VACCIN Alors que le gouvernement espère arriver à 30 millions de vaccinés mi-juin, les entreprises sont invitées à jouer un rôle dans cette course contre la montre

Oihana Gabriel

— 

Preparation vaccin Covid (seringue et dose). Centre de Vaccination du Palais des Expositions, Nice FRANCE.
Preparation vaccin Covid (seringue et dose). Centre de Vaccination du Palais des Expositions, Nice FRANCE. — SYSPEO/SIPA
  • La vaccination en entreprise, par les médecins et infirmiers du travail, est possible depuis février. Elle devrait connaître une accélération dans les prochaines semaines, car dès le 15 juin, tous les Français volontaires pourront se faire vacciner.
  • Mais comment respecter le secret médical tout en facilitant pour les salariés l’accès à la vaccination ? Les entreprises se retrouvent dans une position d’équilibriste.
  • Pour y voir plus clair, 20 Minutes répond aux questions qui se posent autour de cette vaccination en entreprise.

Comment les entreprises peuvent-elles encourager la vaccination tout en respectant le secret médical et sans braquer celles et ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner contre le Covid-19 ? Alors que le nouveau protocole pour la sécurité en entreprise a été publié mardi, que de nombreux Français tentent désespérément d’obtenir une dose et que les médecins et infirmiers du travail peuvent vacciner, la question de la vaccination en entreprise reste épineuse. 20 Minutes fait le tour des questions que directeurs, RH et salariés peuvent se poser.

Peut-on se faire vacciner dans son entreprise ?

Oui, depuis février pour les personnes prioritaires. Depuis, 2.600 professionnels de santé ont réalisé 521.000 injections, dont près de 65.300 en service de santé au travail.

Il n’y a pas de protocole imposé ou de plateforme internet dédiée pour toutes les entreprises, mais un encouragement à participer à cette course contre la montre. C’est donc à chaque société de s’organiser comme bon lui semble et d’informer ses salariés sur la marche à suivre pour prendre rendez-vous.

Trois nouveautés devraient donner un coup d’accélérateur à la vaccination en entreprise prochainement. Primo, le 9 juin, le télétravail devrait être allégé. Or, les entreprises ont intérêt à avoir un grand nombre de vaccinés pour éviter clusters et craintes. Secundo, le 15 juin, tous les Français majeurs et volontaires pourront se faire vacciner. Enfin, « mardi, la Haute Autorité de Santé a annoncé qu’on pouvait conserver Pfizer pendant un mois dans un simple frigo, rappelle Jérôme Bourreau, président d' Anamnèse, plateforme d’e-santé. Un gros saut technique. La France a commandé énormément de doses de Pfizer et elles sont en train d’arriver, on a moins de contraintes techniques et une grosse partie des Français veulent se faire vacciner ». En effet, selon un sondage de l’institut Kantar, 85 % des Français se disent favorables à la mise en place de dispositifs de vaccination, pour les salariés qui le souhaitent, sur le lieu de travail. « Tous les voyants au vert pour une accélération de la vaccination en entreprise. »

Avec quels vaccins ?

Jusqu’ici ce n’était qu’avec de l’AstraZeneca, et plus récemment avec du Janssen. Mais depuis le 17 mai, les infirmiers et médecins de ville peuvent utiliser du Moderna. « Nous avons la volonté de renforcer l’approvisionnement en vaccins à ARN messager, mais ça implique toute une logistique derrière, insiste l’entourage d’ Elisabeth Borne, la ministre du Travail. On a lancé un test pilote : à partir de lundi prochain, 28 entreprises vont recevoir du Moderna, qu’elles vont administrer à leurs salariés dans le respect de la priorisation. Après, on voudrait aller plus loin pour approvisionner davantage de services de santé au travail (SST) en Moderna et en Pfizer. » Une modification de taille quand on sait la méfiance provoquée à la seule évocation d’AstraZeneca et que les moins de 55 ans, majoritaires en entreprise, ne peuvent recevoir que les deux vaccins à ARN messager.

Où la vaccination se déroule-t-elle ?

« Dans le centre de service de santé au travail, car il faut un lieu confidentiel, isolé, qui peut accueillir une vaccination, nous précise le ministère du Travail. Si cela se déroule dans l’entreprise, il faut qu’une salle soit mise à dispo. »

Mais d’autres localisations pourraient émerger. Vincent Bouic, coresponsable du projet Work n’Vax, propose d’accompagner les entreprises. Avec tout d’abord une plateforme digitale, sur appli et sur Internet, pour délivrer des informations fiables sur les vaccins contre le Covid-19. « On passe par des webconférences, du contenu, de l’escape game », précise Vincent Bouic. Une deuxième partie vise à fluidifier l’accès à la vaccination. « On propose soit de faire appel à des médecins du travail externalisés, soit de passer par les pharmacies de proximité », reprend-il.

Le salarié peut-il refuser d’être vacciné ?

Absolument. En France, la vaccination reste un choix. D’ailleurs, le nouveau protocole précise : « cette vaccination repose sur le volontariat et le secret médical. » Par conséquent, « en aucune façon, l’employeur ne peut obliger son salarié à se faire vacciner, insiste l’entourage de la ministre. Légalement, il n’est pas possible de conditionner le retour sur site à la vaccination. » Aucune sanction ne peut être appliquée.

Comment sauvegarder le secret médical ?

C’est là que l’équation s’annonce délicate. L’employeur n’a pas à vous demander si vous êtes vacciné… ou antivax ! « L’entreprise n’a pas le droit de connaître les données de santé, donc le statut vaccinal de vos employés, mais doit assurer leur sécurité, souligne Jérôme Bourreau, cofondateur de VacciHELP. Ce qui peut sembler contradictoire… »

Pour éviter cette impasse, l’application VacciHELP permet de connaître la proportion de salariés vaccinés, ou qui attendent une dose… sans connaître leur identité. Concrètement, tous les salariés reçoivent un questionnaire, auquel ils sont invités à répondre, mais pas obligés. Pour savoir s’ils sont vaccinés, s’ils souhaitent se faire vacciner ou pas, s’ils sont indécis. Autant de données très personnelles qui seront ensuite agglomérées et anonymisées. Résultat : DRH, management et élus du personnel peuvent avoir une idée des besoins dans tel ou tel service. Et dans un deuxième temps, mettre en contact un service de médecine du travail avec les salariés volontaires. « Seuls les médecins auront accès aux informations du questionnaire, rassure Jérôme Bourreau. La médecine du travail est départementalisée. Pour de grandes entreprises qui ont 20.000 salariés dans dix villes différentes, c’est contraignant de contacter dix services différents. »

Du côté du ministère, on estime que les entreprises peuvent faire beaucoup, sans forcer qui que ce soit. « L’idée est de diffuser l’information, et les SST sont habitués à gérer le secret médical. C’était un problème quand la vaccination était conditionnée à une comorbidité [que le salarié ne voulait pas forcément dévoiler], mais avec l’ouverture à tous, le sujet sera moins prégnant. »

Le salarié peut-il s’absenter pour se faire vacciner ?

Si le salarié choisit de passer par son service de santé au travail, il est autorisé à s’absenter sur ses heures de travail. Aucun arrêt de travail n’est nécessaire. « La ministre a incité les entreprises à faciliter le fait de se faire vacciner sur le temps de travail, reprend-on au ministère. Même en centre de vaccination donc. Il peut dire qu’il a un rendez-vous médical, pas besoin de préciser le motif ».