Coronavirus : Impact économique, image à l’étranger… Un vaccin Sanofi, ça va changer quoi pour la France ?

ECONOMIE Un vaccin estampillé « made in France » pourrait avoir des retombés économiques, mais aussi un impact sur « l’image de marque » de l’Hexagone à l’international

Marie De Fournas

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L'arrivée d'un vaccin sanofi sur le marché mondial pourrait avoir de nombreux effets sur l'image et l'économie de la France.
L'arrivée d'un vaccin sanofi sur le marché mondial pourrait avoir de nombreux effets sur l'image et l'économie de la France. — Mourad ALLILI/SIPA
  • Prévu pour fin 2021, le vaccin contre le Covid-19 du laboratoire français Sanofi – développé en coopération avec la firme britannique GSK – arrivera tard sur le marché, mais à temps pour les premiers rappels.
  • Ayant financé une partie du développement de ce sérum, l’Etat français devrait être en bonne position pour négocier les prix et le nombre de doses de vaccins commandées.
  • Dans un monde où l’économie de la santé et du soin prend de plus en plus d’ampleur, avoir son propre vaccin était devenu indispensable pour « l’image de marque » de la France au niveau international.

Parti avec du retard et freiné pendant sa course, Sanofi semble finalement revenir dans la grande compétition mondiale des vaccins contre le Covid-19. Le laboratoire français a annoncé lundi que les essais cliniques de phase 2 sur son principal candidat-vaccin, développé avec l'entreprise britannique GSK, avaient donné des résultats positifs. Le groupe pharmaceutique prévoit sa commercialisation – si tout se passe bien – pour la fin de l'année.

Trop tard par rapport à Pfizer-BioNtech ou AstraZeneca, déjà sur le marché depuis plusieurs mois ? « Non », répond Marie-Aline Bloch, chercheuse et professeure à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP). « Sanofi a perdu une bataille mais pas la guerre, parce qu’il va falloir faire des rappels. Son vaccin pourra très bien être utilisé pour faire les rappels de vaccins à ARN des premières personnes vaccinées en début d’année. » Les besoins pourraient à nouveau être énormes, et un petit nouveau sur le marché ne sera pas de trop, estime l’experte, notamment au vu des capacités de production parfois saturées des autres firmes pharmaceutiques.

La France prioritaire sur les doses

Au niveau des stocks justement, bien que Sanofi soit une multinationale et que son vaccin soit destiné au monde entier, il y a peu de chance pour que l’Hexagone se retrouve sur le banc de touche. « Sanofi fait partie des laboratoires subventionnés par la France, ce qui donnera a priori à l'Etat plus de marge de manœuvre et une légitimité pour négocier un prix du vaccin à la baisse, être prioritaire ou bénéficier d’une quantité plus importante de doses », explique Carine Milcent, économiste spécialiste des systèmes de santé et chercheuse au CNRS.

De quoi lui faire pardonner son retard aux yeux des Français, d’autant que le vaccin a d’autres atouts. « A la différence de Pfizer, Moderna ou Astrazeneca, qui ne sont pas des grands industriels des vaccins, Sanofi a de grandes capacités de production et de commercialisation, rapporte la Marie-Aline Bloch. En termes de coût, il y a donc de grande chance pour qu’il soit moins cher que les autres. » Ajoutez à cela une conservation plus classique que les autres, qui permettra une « distribution et des campagnes de vaccination plus faciles ». Autant de facteurs qui pourraient le placer comme favori à l’international et avoir un impact fort pour le pays. 

Rayonnement de la France à l’international

Un impact économique d’abord, puisque « c’est en Europe que l’on produit le plus de vaccins et que Sanofi possède des sites en France, suggère Carine Milcent. Il n’y a donc pas de raison qu’il n’y ait pas d’usines françaises mobilisées. » Mais pour la vice-présidente du conseil scientifique de l’Agence technique de l’information sur l'hospitalisation (ATIH), au-delà de l’emploi lié à la firme elle-même, c’est surtout « l’image de marque » de la France qui pourrait être redorée.

« Il y a une réelle politique d’appropriation des vaccins par l’ensemble des pays qui s’en servent comme une arme sanitaire. Ainsi, le vaccin Pfizer est estampillé "Etats-Unis", bien qu’il s’agisse d’une multinationale », constate Carine Milcent. Or jusqu’à présent, la France était un peu à l’écart. Seul pays membre du Conseil de sécurité de l’ONU à ne pas avoir trouvé de vaccin, elle est aussi en retrait par rapport à l’Allemagne, siège de BioNtech. Elle reviendrait alors sur une sorte de pied d’égalité avec ses partenaires.

« On aura à la fois la firme Sanofi qui apparaît comme innovante et dynamique, mais aussi la France qui montre une capacité de performance sur le plan sanitaire. Avec le vieillissement des populations, cela va devenir un élément excessivement important dans les années à venir », analyse Carine Milcent, pour qui l’économie du soin va devenir « un instrument économique et diplomatique excessivement fort ». Le fait qu’une multinationale ayant son siège en France ait trouvé un vaccin « participe au rayonnement du pays ».