Vaccination : Pourquoi 24 % des personnes de plus de 75 ans n’ont toujours pas reçu la moindre dose ?

CORONAVIRUS Un quart des personnes de plus de 75 ans n’a toujours pas reçu la moindre dose de vaccin contre le Covid-19, alors qu’elles représentaient 77 % des décès au printemps 2021

Jean-Loup Delmas

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Seuls 76% des plus de 75 ans ont reçu au moins une dose de vaccin
Seuls 76% des plus de 75 ans ont reçu au moins une dose de vaccin — Tiziana FABI / AFP
  • Alors que la vaccination leur est ouverte depuis le 18 janvier, un quart des plus de 75 ans n’a toujours pas reçu une dose de vaccin contre le Covid-19.
  • Une statistique lourde de conséquence : cette population représente l’écrasante majorité des décès, et une grande part des hospitalisations.
  • Comment y remédier et parvenir à vacciner cette population ?

Ce mercredi 12 mai, il est possible en France de se faire vacciner contre le Covid-19 quel que soit son âge (à condition d’avoir plus de 18 ans), si un créneau n’a pas trouvé preneur dans les 24 heures à venir. Paradoxalement, alors que la vaccination s’ouvre à un public de plus en plus large, 24 % des plus de 75 ans n’ont toujours pas reçu la moindre dose.

Ils sont pourtant éligibles depuis le 18 janvier, pratiquement quatre mois. Ils représentaient aussi 77 % des décès entre le 1er mars et le 27 avril 2021, et 44 % des hospitalisations. Comment, alors, expliquer qu’un quart de cette population ne soit pas vacciné ? Et surtout, comment y remédier ?

Une population à aller chercher

La part des plus de 75 ans vaccinés continue de progresser. Il y a dix jours, ils étaient 27 % à n’avoir reçu aucune dose, contre 24 % ce mercredi. Mais la dynamique ralentit, voire stagne. Un phénomène prévisible pour le chercheur en immuno-oncologie Eric Billy, qui explique que les plus de 75 ans peuvent se diviser en différentes catégories. Ceux vivant en Ehpad ou ayant des aides à domicile, très faciles à vacciner car étant dans des lieux avec des soignants. Mais aussi ceux peu autonomes, isolés, très peu mobiles et coupés de liens familiaux. « C’est cette population qui est difficile à faire vacciner, pointe le chercheur. Elle n’est pas à l’aise avec Internet et la prise de rendez-vous médicaux, elle peut difficilement se déplacer à l’hôpital ou au vaccinodrome, et même la communication autour du vaccin ne l’atteint pas ».

Il est donc temps de prendre le problème à l’envers. Si ces personnes ne viennent pas au vaccin, c’est au vaccin de venir à elles. Pour cela, les soignants organisent notamment des tournées à domicile. C’est le cas par exemple à Nancy avec le dispositif CPTS, PTA et Métropole du Grand Nancy. Après avoir référencé les personnes les plus âgées et les moins mobiles, il les vaccine à domicile, comme l’explique Olivier Babbel, infirmier et coordinateur du dispositif.

La solution Moderna ?

Cette vaccination à la maison a parfois été rendue complexe en raison du choix des vaccins. AstraZeneca continue à être boudé (70 % de la population française dit vouloir se faire vacciner, mais seulement 30 % sont d’accord pour recevoir ce sérum, selon un sondage Odoxa d’avril 2021). Et le Pfizer/BioNtech est difficilement transportable en raison des soins nécessaires à son stockage. « Les choses pourront être facilitées avec Moderna, plus facilement transportable, et qui sera bientôt administré chez les généralistes », espère Eric Billy. Il se conserve, une fois décongelé, à une température de 2 à 8 °C pendant 30 jours, contre seulement cinq jours pour le Pfizer/BioNtech.

Pour le moment, le Moderna est donc réservé aux centres de vaccination, comme le Pfizer/BioNtech, si bien que les généralistes n’administrent que l’AstraZeneca. Or, c’est cette médecine de proximité qui pourrait convaincre les sceptiques par un discours plus personnalisé.

Car si une partie des seniors n’est pas vaccinée faute d’accès aux doses, une autre partie refuse tout simplement de se faire inoculer. Antivax, non-crainte du virus, manque d’intérêt pour le vaccin… Les raisons ne manquent pas. La docteure et spécialiste de Santé Publique Hélène Rossinot liste : « Les personnes les plus âgées n’ont pas connu l’aspect pénurie des doses, ni la frustration de ne pas y avoir droit. Il y a également beaucoup de mésinformations, et moins d’avantage social à la vaccination. Le Pass sanitaire ne va pas concerner leurs activités les plus fréquentes, par exemple. » Par ailleurs, étant plus avancés dans leur vie, les personnes âgés auraient paradoxalement davantage peur des effets secondaires, selon la docteure. « Il y a la réflexion "je ne vais peut-être pas vivre longtemps, donc je veux vivre sans problème" », explique-t-elle.

Une urgence sanitaire absolue

Il est donc nécessaire, selon la spécialiste de santé publique, de lancer à nouveau une campagne de communication ciblée, en insistant sur l’importance d’atteindre l’objectif de la vaccination. Et en quittant en partie le champ individuel, notamment en parlant d’objectifs globaux et solidaires, comme on le fait pour les jeunes.

Une vraie nécessité, selon Eric Billy : « Il s’agit d’un réservoir de décès potentiels et de personnes à très haut risque, qui pourrait rendre les conséquences d’une éventuelle quatrième vague très graves ». Et il faut faire vite, car l’ouverture le 15 juin de la vaccination pour tous devrait compliquer encore davantage la vaccination des seniors. Les jeunes étant plus mobiles, plus à l’aise sur Internet et plus nombreux, ils devraient logiquement s’octroyer une bonne partie des doses disponibles à ce moment-là. Autant de raisons pour inciter ces fameux 24 % à aller chercher leur dose.