Vaccination : Y aura-t-il assez de doses pour atteindre les objectifs ?

CORONAVIRUS L'objectif de 30 millions de primo-vaccinés à la mi-juin est-il toujours réalisable ?

Jean-Loup Delmas

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Une dose d'un vaccin contre le Covid-19.
Une dose d'un vaccin contre le Covid-19. — Bony/SIPA
  • Alors que les doses de vaccin ne cessent de s’ouvrir à de nouvelles tranches de la population, la campagne vaccinale française semble atteindre un rythme de croisière et d’accélération continue.
  • Enfin, car entre la défiance envers AstraZeneca, les retards de livraisons et les tâtonnements du gouvernemental, les objectifs de l’exécutif n’ont pas toujours semblé tenables.
  • Où en est-on de la réalisation de ces objectifs - 20 millions à la mi-mai, 30 millions à la mi-juin -, ce mardi ?

Chaque semaine, le gouvernement martèle ses objectifs dans laa campagne vaccinale : 10 millions de personnes ayant reçu au moins une dose à la mi-avril – objectif atteint –, 20 millions à la mi-mai et 30 millions à la mi-juin. Afin d’accélérer la campagne vaccinale, les créneaux de réservation ne cessent de s’ouvrir pour de nouvelles populations. Ce mardi, tout adulte, même sans comorbidité, peut s’inscrire pour la vaccination et recevoir une dose si celle-ci n’a pas trouvé preneur dans les 24 heures chez les publics prioritaires (public de plus 50 ans ou présentant des comorbidités).

Cette accélération souhaitée et ces objectifs affichés sont-ils réalisables ? On fait le point.

Le rythme vaccinal actuel suffit-il ?

La moyenne de primo-injection sur la semaine écoulée est de 266.200 doses quotidiennes. Ce rythme permettrait d’avoir 19,5 millions de primo-vaccinés le 15 mai, et d’atteindre la barre symbolique des vingt millions le 17 mai. A ce rythme, 27,8 millions seraient vaccinés le 15 juin, et les 30 millions seraient atteints le 21 juin. En ne chipotant pas trop, on peut dire que le rythme actuel suffit.

Toute la question est de savoir si le rythme va en rester là, accélérer ou ralentir. Ces dernières semaines, il a plutôt tendance à nettement accélérer. Mais se pose la question des doses. Interrogé par le Journal du Dimanche, Stanislas Niox-Chateau, patron de DoctoLib a expliqué : « On vaccine désormais à flux tendu : 2,8 millions de doses de Pfizer-BioNTech et Moderna arrivent chaque semaine en France, et 2,7 millions de Français sont vaccinés chaque semaine. Le facteur limitant reste le nombre de doses : si on les avait, on aurait explosé les 20 millions ».

Que faire d’AstraZeneca ?

Si la question se pose aujourd’hui, c’est à cause du vaccin AstraZeneca. Cause de bien des soucis, notamment quelques cas de thromboses répertoriés, le vaccin se retrouve « boudé » par les plus de 55 ans (et est interdit au reste de la population). Entre la mi-mars et cette semaine, le nombre d’injections d’AstraZeneca est passé de plus de 100.000 par jour en moyenne à moins de 30.000. Il y avait encore plus de 75.000 injections quotidiennes à la mi-avril. Depuis, c’est la dégringolade.

Tant et si bien qu’à peine 56 % des 7.395.000 doses reçues au total, dont deux millions à la date du 9 mai, ont été utilisées. En comparaison, comme évoqué par Stanislas Niox-Chateau, Pfizer-BioNtech et Moderna écoulent plus de 90 % de leurs stocks. La « bonne » nouvelle, c’est qu’à partir du 9 mai, AstraZeneca ne devrait livrer « que » sept millions de doses supplémentaires, contre trente millions de Pfizer-BioNtech et plus de quatre millions de Moderna en mai et juin, selon le calendrier du ministère de la Santé livré ce mardi.

Y aura-t-il assez de doses ?

Pfizer-BioNtech, vaccin le plus populaire, aura finalement livré à la France 47,9 millions de doses au premier semestre, contre 26 millions prévus initialement. Au total en juin, la France aura reçu 54,6 millions de doses de vaccin à ARN messager, plus populaires et ne présentant pas les effets secondaires d'AstraZeneca ou Jansen, soit presque assez pour doublement vacciner 30 millions de Français.

« Avec toutes ces livraisons prévues, je ne vois pas comment le rythme de vaccination pourrait ralentir, malgré la défiance envers AstraZeneca », indique Marie-Aline Bloch, chercheuse en sciences de gestion à l’École des hautes études en santé publique et spécialiste du système de santé français. Elle ajoute : « Au pire, le désamour envers AstraZeneca entraînera une moins forte hausse du rythme vaccinal, mais il y aura une accélération quand même ». Stanislas Niox-Chateau indique dans le JDD espérer ainsi 800.000 vaccinations quotidiennes fin juin, en raison de l’augmentation des doses.

Les deuxièmes doses vont-elles ralentir les primo-injections ?

En février, le nombre de primo-injections avait drastiquement chuté en raison de la seconde dose à administrer. La plupart des doses livrées pendant le mois ayant servi à cela, ralentissement l’avancement des personnes partiellement vaccinées. Mais un tel scénario catastrophe est désormais quasiment impossible à reproduire, comme l’explique Marie-Aline Bloch : « La seconde dose est passée de quatre à six semaines pour les vaccins à ARN messagers – Pfizer/BioNtech et Moderna, afin d’accélérer le nombre de primo-injection. Et plus les mois passent, plus on reçoit de dose, si bien qu’au moment de piquer une personne une seconde fois, il y a désormais largement assez de doses pour faire également des primo-injections. » Actuellement, neuf millions de Français ont reçu une dose et sont en attente une deuxième. Un chiffre largement inférieur aux livraisons prévues, et qui devrait permettre de continuer un grand nombre de primo-injections.

La vaccination peut-elle dès à présent être ouverte à tous ?

Non, et le gouvernement l’a rappelé ce mardi, la vaccination n’est pas encore ouverte à tous. La mesure des 24 heures sert uniquement à écouler plus vite les doses qui ne trouvent pas preneurs, mais il n’y a pas assez de doses pour vacciner tout le monde pour l’instant. D’ailleurs, ce mardi Doctolib a garanti environ 20 000 créneaux disponibles par jour avec ce système de réservation pour le jour même ou le lendemain. La vaccination pour tous, qui concerne 23 millions de personnes, débutera seulement le 15 juin.