Fini le certificat médical pour la pratique sportive des enfants… Mais qu’en pensent les médecins ?

SANTE DES ENFANTS Il sera remplacé par un questionnaire sur la santé de l’enfant à faire remplir par les parents

Anissa Boumediene

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Désormais pour les enfants, il suffira de remplir un questionnaire de santé avec les parents pour pouvoir pratiquer une activité sportive.
Désormais pour les enfants, il suffira de remplir un questionnaire de santé avec les parents pour pouvoir pratiquer une activité sportive. — Humphrey Janga / Pixabay
  • Il ne sera plus nécessaire de fournir un certificat médical pour les enfants qui souhaitent pratiquer une activité sportive en club.
  • Désormais, sauf cas particulier, il suffira de remplir un questionnaire sur son état de santé. Une disposition qui fait l’objet d’un décret paru au Journal officiel samedi 8 mai.
  • Du côté des médecins, on espère que cette mesure ne nuira pas au suivi médical régulier des enfants. Notamment des adolescents, qui consultent peu.

C’était le document à fournir à chaque rentrée, moment de la reprise des activités sportives des enfants. Désormais, le certificat médical de non-contre-indication à la pratique sportive des mineurs n’est plus obligatoire. Dans le cadre de la loi d’accélération et de simplification de l’action publique du 7 décembre 2020, et conformément à  un décret publié samedi dernier au Journal officiel, il est remplacé par un questionnaire de santé rempli par l’enfant et ses parents.

Simplifier l’accès au sport en simplifiant la vie des familles

« La pratique d’une activité sportive est essentielle pour lutter contre les effets dévastateurs de la sédentarité », rappelle le inistère de la Santé. Et de souligner que c’est même « déterminant pour la santé et le bien-être des Français, et en particulier des enfants », surtout depuis le début de la crise sanitaire. Alors, pas question de compliquer les choses. « Le gouvernement a souhaité simplifier l’accès des enfants à un club ou une association sportive », explique le ministère des Sports, à la tête duquel Roxana Maracineanu « s’emploie à lever tous les freins à une pratique sportive régulière ».

En pratique, pour les mineurs, il ne sera donc plus nécessaire de produire ce fameux certificat pour l’obtention ou le renouvellement d’une licence. « Cette mesure va simplifier la vie des familles », avance-t-on au ministère. « L’argument d’influer sur la sédentarité en supprimant cette consultation me paraît un peu déplacé, je ne pense pas que ce soit le facteur à cause duquel les jeunes font moins d’activité physique, commente le Dr Jean-Louis Bensoussan, médecin généraliste et secrétaire général du syndicat MG France. D’autant que pour les enfants de moins de 11 ans, il est exceptionnel que les parents ne viennent consulter que pour le certificat médical, souligne-t-il. Quand les enfants sont jeunes, on les voit très régulièrement pour la vaccination, les virus de l’hiver de type gastro-entérite ou rhino-pharyngite, entorses ou autres. Et c’est au détour de ces consultations qu’ils nous demandent le renouvellement du certificat médical pour le sport des enfants ».

Un questionnaire à remplir par l’enfant et ses parents

Dorénavant, donc, les familles devront simplement remplir un questionnaire sur l’état de santé de leur enfant. « As-tu eu la tête qui tourne pendant un effort ? » « As-tu commencé à prendre un nouveau médicament tous les jours et pour longtemps ? » « As-tu du mal à t’endormir ? » « Te sens-tu triste ou inquiet ? » « Penses-tu avoir besoin de voir ton médecin pour continuer le sport ? » Voici quelques-unes des 22 questions auxquelles doit répondre l’enfant. Ses parents, eux, doivent préciser s’il y a des cas de maladies cardiaques ou cérébrales graves dans la famille, indiquer s’ils sont inquiets pour le poids de leur enfant ou s’ils ont manqué des rendez-vous prévus dans le cadre du suivi médical de leur enfant.

« Le questionnaire, qui existait déjà, est plutôt bien fait, reconnaît le Dr Bensoussan. Souvent, des parents viennent avec le questionnaire déjà rempli et cela nous aide beaucoup, c’est une bonne façon d’engager la consultation, de relever d’éventuels points problématiques. »

Ne pas négliger le suivi régulier des enfants

Mais « il ne faut pas que ce questionnaire remplace les visites médicales régulières de l’enfant, notamment pour assurer le suivi de sa croissance », insiste le Dr Sylvie Hubinois, membre du bureau de l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA). Ainsi, lors de ces rendez-vous, « on consulte le carnet de santé, on vérifie si l’enfant est à jour de ses vaccins, on surveille sa courbe de poids et de croissance, abonde le Dr Bensoussan. Ces consultations d’aptitude au sport sur la tranche d’âge des 12-18 ans sont particulièrement importantes parce qu’elles permettent de faire de la prévention, notamment en matière d’obésité, de toxicomanie en abordant les sujets liés au tabac ou au cannabis. Ce sont donc des temps importants pour une tranche d’âge que l’on voit moins dans nos cabinets, tout simplement parce que les adolescents ne sont pas souvent malades. »

Le ministère de la Santé se veut rassurant et indique qu’il ne s’agit pas de négliger le suivi médical nécessaire des mineurs. Il rappelle que l’Assurance-maladie a « renforcé le nombre de consultations prises en charge jusqu’à 18 ans », et que « cette mesure doit permettre d’encourager une reprise massive du sport ». En outre, il précise que « la production d’un tel certificat demeure lorsque les réponses au questionnaire de santé du mineur conduisent à un examen médical, mais également pour les disciplines à contraintes particulières ». C’est le cas de l’alpinisme, de la plongée subaquatique, des disciplines sportives pratiquées en compétition pour lesquelles le combat peut prendre fin par K.-O., ou encore du rugby. « C’est une bonne chose d’avoir prévu ces dispositions, répond le Dr Bensoussan. Il y a des sports où le certificat médical s’inscrit dans une démarche diagnostique liée à l’activité physique en elle-même. En dehors de ces cas spécifiques, une consultation annuelle pour l’aptitude au sport n’est peut-être pas nécessaire, s’il y a la garantie que tout est mis en œuvre par ailleurs pour assurer le suivi régulier de la santé des mineurs. »