Vaccination : Bientôt des vaccins résistants aux mutations du coronavirus ?

INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE Malgré les efforts de la recherche sur ce plan, la perspective est encore bien incertaine

20 Minutes avec AFP

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Plusieurs biotechs françaises travaillent sur des vaccins qui seraient efficaces plusieurs années contre les mutations du coronavirus. (Illustration)
Plusieurs biotechs françaises travaillent sur des vaccins qui seraient efficaces plusieurs années contre les mutations du coronavirus. (Illustration) — Michel Euler/AP/SIPA

On le sait, le virus du Covid-19 mute (tout comme celui de la grippe par exemple). Par conséquent, les chercheurs vont devoir régulièrement faire évoluer le vaccin contre le coronavirus pour qu’il continue d’être efficace face aux mutations (là encore comme avec le vaccin contre la grippe). Les  vaccins anti-Covid sont-ils donc condamnés à vite devenir obsolètes face aux mutations du virus ? Pas si sûr.

Certaines start-up travaillent actuellement sur des vaccins qui seraient efficaces à long terme sur les différentes mutations du virus. « Ça pourrait protéger sur plusieurs années », assure Alexis Peyroles, patron d’OSE Immunotherapeutics, à propos d’un projet de vaccin pour lequel cette start-up française vient d’entamer de premiers essais cliniques.

A quel point les vaccins actuellement administrés resteront-ils efficaces ?

La promesse, c’est un vaccin qui résiste à l’apparition des variants, les nouvelles souches du coronavirus qui diffèrent de celles à partir desquelles ont été développés les premiers vaccins. C’est l’une des grandes inconnues actuelles de l’épidémie : à quel point les vaccins actuellement administrés, comme celui de l'américain Pfizer, resteront-ils efficaces quand ces variants vont se multiplier ?

Jusqu’à maintenant, ils semblent bien tenir mais le patron de Pfizer lui-même, Albert Bourla, a récemment jugé probable de devoir injecter chaque année une nouvelle dose – actualisée – de son vaccin.

Se concentrer sur la réponse immunitaire plutôt que sur la production d’anticorps

Face à ce défi, plusieurs biotechs suivent une piste différente des vaccins actuels : elles cherchent à stimuler d'abord les lymphocytes T​, à savoir la part de la réponse immunitaire qui se concentre sur le repérage et l’élimination des cellules déjà infectées, au lieu de se concentrer sur le virus lui-même.

Les vaccins en circulation, eux, visent d’abord la production d’anticorps, qui reconnaissent et détruisent le virus directement, avant qu’il n’infecte une cellule. Cela ne signifie pas que ces vaccins n’induisent aucune réponse par lymphocytes T – les premières données sont plutôt encourageantes – mais ce n’est pas leur angle d’attaque prioritaire. Or, les lymphocytes T ont théoriquement plusieurs avantages par rapport aux anticorps. Ils peuvent survivre plus longtemps dans l’organisme et réagissent à des composants du virus qui ont beaucoup moins de risque de muter que ceux repérés par les anticorps.

Des projets isolés

En France, la piste de la « réponse T » est suivie par OSE et une concurrente lyonnaise, Osivax, qui promet même un vaccin « universel », c’est-à-dire prêt à répondre à tout variant potentiel. L’Etat leur a octroyé des millions d’euros de financement, alors que la France est en retard en matière de développement d’un vaccin anti-Covid.

Ces projets sont isolés car peu de laboratoires croient à un vaccin universel. Sur les presque 400 projets de vaccins anti-Covid recensés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls quelques-uns revendiquent cette optique. Le plus avancé est celui de l’américaine ImmunityBio qui a publié le mois dernier des résultats plutôt encourageants mais encore très préliminaires.

Une « arme à double tranchant »

Car la réalité de ces vaccins est encore très incertaine. Aucun des groupes concernés n’en promet un avant l’an prochain et beaucoup de scientifiques doutent que cette piste aboutisse. Certains se demandent s’il n’est pas illusoire de chercher à répondre par avance à l’émergence future de nouvelles souches. « Quand il y a une vaccination de masse, c’est en soi (…) une pression qui peut conduire le virus à évoluer de façon à échapper au vaccin, quel qu’il soit », prévient le virologue britannique Julian Tang, qui voit donc une « arme à double tranchant » dans des vaccins conçus pour brasser très large.

L’autre grande interrogation, c’est à quel point notre organisme résistera au virus si on prépare sa réponse plutôt par lymphocytes T. « Je suis dubitatif quant à l’efficacité d’un tel vaccin », estime le virologue français Yves Gaudin. Lymphocytes et anticorps travaillent en tandem. Si la réponse par anticorps n’est pas bien en place, les lymphocytes T « ne serviront pas à grand-chose », insiste-t-il, soulignant que l’idéal est un vaccin qui soit efficace sur les deux plans.

Une protection pour des personnes atteintes de cancers et diabètes

Mais, justement, si ces nouveaux vaccins deviennent réalité, ils seront injectés, du moins en Europe et aux Etats-Unis, à des personnes qui auront déjà reçu les vaccins actuels. Leurs anticorps seront donc préparés. C’est l’argument employé par Alexis Peyroles chez OSE Immunotherapeutics pour assurer que son vaccin, en cas de résultats positifs, trouvera toute sa place.

Avec ce vaccin, « vous complétez et élargissez, sur la largeur et la durée, la défense élaborée grâce aux vaccins initiaux », avance-t-il. Il argumente aussi qu’un tel vaccin offrirait une protection aux individus qui peinent naturellement à développer des anticorps, par exemple parce qu’ils sont atteints de certains cancers et diabètes.