Coronavirus : Et si le masque en extérieur était la restriction de trop ?

EPIDEMIE Le ministre de la Santé Olivier Véran a (enfin) ouvert la porte à un abandon du masque obligatoire à l’extérieur cet été

Jean-Loup Delmas

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Oui le masque dehors, c'est bien de toi qu'on parle.
Oui le masque dehors, c'est bien de toi qu'on parle. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP
  • Le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré, ce mardi, « espérer sincèrement » que l’obligation du masque en extérieur sera levée cet été.
  • Plus d’un an après l’obligation du port du masque même en extérieur, la mesure est toujours autant critiquée. D’autant qu’aucune étude scientifique n’est venue conforter la nécessité de la restriction.
  • Pour 20 Minutes médecins et épidémiologistes reviennent sur ces restrictions concernant le « plein air », particulièrement impopulaires, qui pourraient avoir parasité la communication sanitaire et été parfois contre-productives.

« Il faut simplifier les mesures et les messages, non pas parce que les gens sont cons, mais justement parce qu’ils sont assez intelligents pour comprendre les dispositifs réellement importants et se passer du reste. » Michaël Rochoy ne mâche pas ses mots. Alors que, ce mardi, le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré « espérer sincèrement » la fin du port du masque en extérieur cet été, le médecin généraliste et chercheur en épidémiologie estime [comme beaucoup de Français] que ce masque en plein air est encore la restriction de trop. Pour 20 Minutes, généralistes et épidémiologistes reviennent sur ces mesures concernant le « plein air », particulièrement impopulaires, qui pourraient avoir été contre-productives et avoir parasité la communication sanitaire.

« On tape trop souvent à côté de la cible »

Cela fait presque un an que le masque est devenu obligatoire même à l’extérieur dans certaines villes, telles que Paris. Et la mesure est l’une des plus impopulaires de la crise du coronavirus. Avec elle, l’attestation de déplacement, le couvre-feu à 18 heures, la limite des 10 kilomètres ou encore l’interdiction d’accès aux plages. Toutes ces restrictions ont deux similitudes : elles concernent le « plein air » et elles ne font l’objet d’aucun consensus scientifique.

Selon une étude de l’Institut Pasteur, seulement 5 % des contaminations au coronavirus se feraient en extérieur. De quoi sérieusement remettre en question, cette série de mesures aux résultats incertains. Des restrictions qui, à force de les accumuler, auraient pu saborder les décisions plus efficaces ? « On tape trop souvent à côté de la cible. L’épidémie se transmet particulièrement en lieu clos, et la plupart des mesures prises concernent l’extérieur. Cela n’a pas de sens », répond Jérôme Marty, président du syndicat Union française pour une médecine libre. Après quatorze mois de crise sanitaire, « les gens en ont ras-le-bol d’être infantilisés par le biais de décisions lourdes socialement et sans grande conséquence sur l’épidémie », appuie le docteur. Preuve en est, de nombreux pays – l’Allemagne ou l’Espagne en tête – ont obtenu de bien meilleurs résultats avec des mesures plus souples et moins intrusives.

« Il faut mieux réfléchir au ratio efficacité/acceptabilité de chaque mesure »

Le trop étant l’ennemi du bien, empiler les mesures ne ferait que diminuer l’adhésion de la population envers celles-ci. Surtout après plus d’un an de confinement, de gestes barrières, de couvre-feu… et d’un moral au plus bas. « Il faut mieux réfléchir au ratio efficacité/acceptabilité de chaque mesure. Qu’est-ce qu’apporte concrètement l’obligation du masque à l’extérieur ? Perdre l’adhésion des Français sur ces mesures contestables, c’est prendre le risque de la perdre aussi sur les mesures plus importantes », argumente Michaël Rochoy. Et si les Français sont assez intelligents pour discerner les mesures les plus efficaces du reste, « il y a la possibilité d’un ras-le-bol général, où d’une mauvaise hiérarchisation », pointe le médecin.

Et ceci était compté sans une communication sanitaire légèrement brouillonne. Rappelons ainsi que le masque a été rendu obligatoire dans les rues de Paris, avant de l’être au travail dans des lieux clos. Qu’au travail, les repas collectifs étaient autorisés pendant le couvre-feu mais qu’il était interdit de se balader ou de courir en extérieur après 19 heures. Et alors que l’on interdisait l’accès aux plages ou aux quais, les messages sur l’importance de l’aération ou sur le danger des aérosols n’ont été diffusés par le gouvernement qu’en février et mars 2021. L’idée des capteurs de CO2 dans les écoles a, elle, dû attendre fin avril pour être évoquée par l’exécutif.

Refaire simple

Après une quinzaine de mois de recherche sur l’épidémie de coronavirus et la transmission du Covid-19, voici, selon Michaël Rochoy, quel pourrait être le seul message à diffuser : « Le virus circule principalement dans les lieux clos et alors que vous ne portez pas de masque, donc évitez de vous retrouver dans cette situation. » Toujours selon le médecin, ces quelques mots auraient été suffisants pour comprendre pourquoi les musées ou cinémas pourront bientôt se déconfiner etpourquoi les terrasses rouvriront mi-mai mais qu'il ne sera toujours pas possible de manger à l’intérieur des restaurants. D’autant que, toujours selon l’étude de l’Institut Pasteur, 80 % des contaminations se font dans des lieux totalement clos et 15 % dans des lieux fermés, mais avec une fenêtre ouverte.

Alors fallait-il avoir trop de mesures plutôt que risquer de ne pas en avoir assez ? « On pouvait avoir cette philosophie au début de l’épidémie, mais maintenant, il faut faire confiance à la population, estime Jérôme Marty. Les gens qui risquent de faire n’importe quoi après un allègement des mesures le font déjà, alors autant libérer les autres de mesures plus contraignantes qu’efficaces. » Le docteur est convaincu : après un an de crise sanitaire, il serait temps pour l’exécutif de se concentrer sur « des mesures dans lesquelles les gens se retrouvent et de prendre les Français pour des adultes ». Soit bien loin de l’obligation du port du masque en extérieur et plus près des fenêtres ouvertes et du masque porté à 100 % en lieu clos.