Vaccination : Pour les jeunes obèses, le soulagement et l’espoir d’un « été heureux »

CORONAVIRUS Pour les personnes obèses de moins de 50 ans, l'ouverture ce samedi de la vaccination aux majeurs souffrant de comordités a été vécue comme une délivrance

Jean-Loup Delmas

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Les personnes obèses sont éligibles à la vaccination depuis ce samedi, peu importe leur âge
Les personnes obèses sont éligibles à la vaccination depuis ce samedi, peu importe leur âge — Pascal GUYOT / AFP
  • Les personnes majeures obèses peuvent se faire vacciner en France depuis ce samedi, quel que soit leur âge.
  • Un élargissement de la vaccination qui soulage cette population particulièrement à risque.
  • Avec la première dose reçue, de nombreuses personnes obèses voient enfin le bout du tunnel.

C’est une piqûre qu’il attendait depuis des mois. Ce 1er mai, Dimitri, 27 ans, a reçu sa première dose de Pfizer-BioNtech, profitant de l’élargissement de la vaccination à toutes les personnes majeures avec un IMC supérieur à 30, quel que soit leur âge. En tout, c’est 2,3 millions de personnes de moins de 55 ans qui sont concernés par cette mesure décrétée ce jeudi.

Une décision que salue Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles : « Les études montrent que plus le poids augmente, plus il y a de forme grave et de décès. Il y a une relation presque linéaire entre le surpoids et les formes graves ». Les chiffres français ne trompent pas. Depuis le début de la crise du coronavirus, 47 % des patients des réanimations étaient en situation  d’obésité (IMC > 30), tout comme 40 % des personnes décédées.

Une mesure mise en place trop tardivement ?

Enfin une première dose, serait tentée de clamer Dimitri, qui réclamait cette mesure depuis bien longtemps : « On sait que l’obésité est un facteur de risque depuis avril 2020, que c’est nous qui finissons en réa ou au cimetière. La vaccination a débuté en décembre en France. Il a donc fallu cinq mois pour nous donner accès au vaccin, alors qu’on sait le risque que l’on court ! »

Pour Mahmoud Zureik, prioriser d’emblée les personnes obèses était impossible en raison du manque de doses. En France, 17 % des personnes adultes sont obèses : « Cela faisait trop de monde à vacciner et il n’y avait pas du tout assez de vaccins au début. Maintenant que les doses augmentent, c’est une très bonne chose qu’on priorise cette population. »

Population à double risque

Par ailleurs, la majeure partie des personnes obèses en France étant des personnes de plus de 55 ans, beaucoup d'entre elles ont déjà pu se faire vacciner en raison de leur âge avant d’être éligible pour leur IMC. En effet, plus on avance en âge, plus la proportion de personnes obèses augmente dans la population. En 2014, selon Eurostat, 20,65 % des personnes de plus de 65 ans étaient obèses, contre « seulement » 9,3 % des 25-34 ans. Ainsi, sur les plus de huit millions de personnes obèses en France, 5,7 millions avaient déjà la possibilité de se faire vacciner en raison de leur âge.

Devant ces chiffres, Dimitri nuance : « J’ai 27 ans, je suis bien plus exposé au Covid. L’incidence chez les jeunes est plus élevée, mon métier me pousse à être dehors, l’absence de contact est plus difficile que pour une personne de 75 ans qui peut s’isoler si elle le souhaite. On était en première ligne et on nous a laissés mourir. » Maintenant qu’il a été piqué une première fois, il dit envisager l’avenir plus sereinement. « Dans six semaines environ, je serai définitivement protégé contre ce virus. Cela rend les efforts moins coûteux à faire de savoir qu’ils arrivent à leur terme. »

Retrouver l’insouciance

Pour Chloé, elle aussi vaccinée ce samedi, c’est également la fin d’une longue angoisse : « C’était horrible de se savoir autant à risque et de ne pouvoir rien faire pour se protéger. On se sentait totalement impuissant, alors qu’on voyait dans tous les reportages et les articles que c’était les obèses qui mourraient. » Alors qu’elle est âgée de 33 ans, elle reconnaît vivre dans un monde différent que celui des amis de son âge : « Eux s’en moquent du virus, ils savent qu’ils ont peu de chance de faire des formes graves. Avec mon IMC de 37, je sais moi les risques que je cours. »

Cette première dose est un « apaisement », en attendant évidemment la seconde. « A l’été 2020, nous les personnes les plus à risques, on ne s’était pas vraiment déconfinées car on avait peur. Avec la vaccination, il y a cette fois-ci l’espoir de vraiment retrouver la vie d’avant », s’enthousiasme-t-elle.

Une vaccination qui devrait également finir par peser sur les courbes de réanimations et de décès, d’autant plus qu’au-delà des personnes obèses, la vaccination a été étendue à toute personne majeure présentant des comorbidités, soit encore 1,7 million de personnes supplémentaires. « L’impact de ces vaccinations sera important », prédit Mahmoud Zureik. De bon augure alors que le déconfinement débute ce lundi. Dimitri conclut : « La population a accepté de se confiner et de souffrir des mesures pour sauver nos vies. Se vacciner, et permettre la désaturation des hôpitaux, c’est leur rendre la pareille. On aura un été heureux ».