Coronavirus : Des créneaux vacants ? « Il n’y a pas d’inadéquation entre offre et demande » de vaccination, selon le patron de Doctolib

EPIDEMIE Plusieurs médecins et politiques souhaitent que la vaccination soit autorisée à tous les Français qui le souhaitent, alors que certains créneaux semblent avoir du mal à trouver preneur

Oihana Gabriel

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UNe femme vaccinée au Stade de France transformé en vaccinodrome, le 7 avril 2021.
UNe femme vaccinée au Stade de France transformé en vaccinodrome, le 7 avril 2021. — Gabrielle CEZARD/SIPA
  • Depuis quelques heures, une nouvelle question monte : faut-il ouvrir la vaccination à tous les adultes en France ? Le but : éviter de gâcher des doses alors que certains soulignent que des patients refusent l’AstraZeneca et que des rendez-vous sont toujours ouverts.
  • Pourtant, lors d’une conférence de presse ce mercredi, le patron de Doctolib a assuré qu’il n’y avait pas d’inadéquation entre l’offre et la demande pour les vaccins Pfizer et Moderna. Les créneaux dans les centres de vaccination partent très rapidement.
  • En revanche, il a reconnu que sur l’AstraZeneca, on pourrait aller plus vite.

Depuis 24 heures, les réseaux sociaux bruissent et certains politiques s’émeuvent d’une nouvelle absurdité : après des mois de pénuries de doses, et maintenant que des millions de vaccins arrivent enfin, des créneaux pour se faire vacciner ne trouvent pas preneur alors que de nombreux Français attendent avec impatience.

Des affirmations qui vont à l’encontre des chiffres présentés ce mercredi par le patron de Doctolib, plateforme qui a totalisé depuis janvier 19 millions de rendez-vous pris pour la vaccination. Elle propose des créneaux dans les 1.800 centres de vaccination, mais également en ville.

Des créneaux restés libres ?

Mais revenons à la polémique de ces dernières heures. Guillaume Rozier, fondateur de Covidtracker (site dédié au suivi des indicateurs de l’épidémie de Covid-19) et de  Vitemadose (pour favoriser l’accès à un rendez-vous) a partagé un thread sur Twitter. « 270.000 créneaux de vaccination sont encore ouverts pour les prochaines semaines, je crois que ça n’était jamais arrivé, écrit-il. Nous manquons de données pour savoir s’il y a une véritable divergence entre offre et demande ». « Rien de nouveau, tacle Stanislas Niox-Chateau, cofondateur de Doctolib. En fait, il y a autour de 200.000 rendez-vous disponibles chaque jour depuis quinze jours. Ce qui correspond au nombre de créneaux pris pour une première injection sur Doctolib. » Ce serait donc le reflet des nouvelles doses qui arrivent sur le territoire. Et non un déficit d’organisation.

« Est-ce qu’il y a un problème d’inadéquation entre offre et demande ?, reprend le patron de Doctolib. La réponse est non. Est-ce qu’on pourrait aller plus vite avec AstraZeneca ? Oui. Le problème remonte à il y a trois semaines. La suspension, la reprise puis la limitation aux plus de 55 ans ont déstabilisé l’opinion publique. » Pour éviter de futures polémiques, lutter contre la désinformation et favoriser la transparence, Doctolib met en ligne ce mercredi un nouveau site qui permettra à chaque Français de suivre de près l’avancée de la campagne vaccinale. Il dévoile les chiffres des premières et deuxièmes injections par âge et région. Actuellement, 21,24 % des Français ont reçu au moins une dose. Et le délai moyen pour obtenir un rendez-vous dépasse à peine 9 jours. Le site ne précise toutefois pas le nombre de rendez-vous restants chaque jour ou annulés. « Il y a très peu de rendez-vous non honorés ou annulés, moins de 1 %, rassure Stanislas Niox-Chateau. Et ce chiffre est assez constant depuis le début de la campagne. »

La moitié des Français vaccinés fin juin, selon des prévisions

La plateforme publie également des prévisions de volumes de vaccinations. « On sera sans doute, mercredi prochain, à 70 % des plus de 60 ans vaccinés, reprend-il. Au 15 mai, on aurait 20 millions de Français ayant reçu une première dose. Au 29 juin, 50 % de la population française. » Ce qui colle à peu près au calendrier du gouvernement. « Pour cela, il faudrait passer à 600.000 vaccinations à la mi-mai, reprend-il. Est-ce que les soignants, les centres, nous, on est capables de le faire ? Sans aucun doute. Sur Doctolib, on gère 40 millions de rendez-vous hors vaccination. La grosse interrogation, c’est la quantité de doses de vaccin disponibles et l’adhésion des Français sur AstraZeneca et Janssen. »

Stanislas Niox-Chateau suggère tout de même une nouvelle piste pour accélérer encore : « 84 % des vaccinations se font dans les centres. En Allemagne, un tiers est faite chez les généralistes. Ils vaccinent avec AstraZeneca, mais aussi Pfizer et Moderna. (En France), on ne se repose pas suffisamment sur les médecins, les infirmiers, les pharmaciens, alors qu’ils sont prêts. »

Faut-il ouvrir la vaccination aux plus jeunes ?

Le patron de Doctolib a aussi profité de cette conférence de presse pour s’exprimer sur une éventuelle ouverture de la vaccination à tous les Français qui le souhaitent. Le sujet chaud du moment. « J’ai 34 ans. Evidemment, je rêverais de me faire vacciner, reconnaît Stanislas Niox-Chateau. Mais je préfère laisser la place à ma grand-mère ou à ma mère. Il reste 7 millions de Français de plus de 60 ans qui ne sont pas encore vaccinés et qui n’ont pas encore trouvé de rendez-vous. »

Un chiffre supérieur à celui annoncé par Olivier Véran mardi. Le ministre de la Santé, pressé de toutes parts pour ouvrir les vannes de la vaccination, avait rappelé, à l’issue d’une visite de la cellule de crise de l’ARS Ile-de-France à Saint-Denis, sa volonté de vacciner « par priorisation de tranche d’âge ».

Même frilosité du côté du Premier ministre ce mercredi : « Ceci est prématuré ». Mais une réflexion pourra être ouverte, a ajouté Jean Castex.

« J’ai un peu peur que si on ouvre tous azimuts, sans critère, il y ait un engorgement, prévient Stanislas Niox-Chateau. Et aucun rendez-vous avant deux semaines. » Mais il appelle de ses vœux une nouvelle modification du calendrier. Initialement, les plus de 50 ans devaient attendre le 15 mai pour avoir accès à la vaccination. Mais les 3 millions de doses supplémentaires de Pfizer et les 500.000 de Moderna chaque semaine pourraient changer la donne. « J’espère que le gouvernement va ouvrir aux plus de 50 ans dès la semaine prochaine », assure le patron de Doctolib.