Coronavirus : Et si la vaccination permettait de sortir du « Covid long » et des symptômes persistants ?

VACCINATION La vaccination contre le coronavirus pourrait atténuer voire faire disparaître les symptômes persistants chez les patients souffrant d’un « Covid long »

Anissa Boumediene

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La vaccination pourrait avoir pour effet d'atténuer, voire faire disparaître, les symptômes des patients souffrant de Covid long.
La vaccination pourrait avoir pour effet d'atténuer, voire faire disparaître, les symptômes des patients souffrant de Covid long. — AFP
  • Une étude dévoilée récemment indique que les patients souffrant d’un Covid long n’encourent pas de risque spécifique à se faire vacciner contre le coronavirus.
  • Les résultats de l’étude avancent même la possibilité que les vaccins anti-Covid pourraient atténuer voire faire disparaître les symptômes persistants.
  • Une hypothèse porteuse d’espoir, qui doit être étayée par des travaux complémentaires.

Quel effet le vaccin aura-t-il sur eux ? Pour les patients souffrant d’un Covid long, qui vivent depuis de longs mois avec des symptômes persistants du coronavirus, l’ouverture progressive de la vaccination est source de questionnements. Faut-il se faire vacciner ? Fatigue intense, essoufflement, douleurs musculaires et neurologiques, sans oublier la perte de goût et d’odorat : et si les symptômes du Covid long empiraient après avoir reçu le vaccin ?

Des études scientifiques ont ainsi été lancées pour savoir si les vaccins anti-Covid pouvaient avoir sur ces patients des effets délétères spécifiques. Et permettre au besoin d’adapter le schéma vaccinal pour cette population. Et selon les premiers résultats observés, la vaccination est sans risque pour ces patients. Elle pourrait même avoir des bienfaits insoupçonnés.

Pas de contre-indication pour la vaccination

Depuis l’ouverture de la vaccination anti-Covid, des patients souffrant de symptômes persistants ont d’ores et déjà été inoculés, redoutant – encore plus depuis l’apparition des variants – d’être réinfectés alors qu’ils subissent encore les conséquences de la maladie. Et les premiers témoignages de vaccinés varient : certains attestent d’un état qui s’est aggravé quand d’autres ont l’impression d’aller mieux depuis l’injection. Alors, les vaccins sont-ils sûrs pour ces patients ? C’est ce qu’a tenté de découvrir le Dr Fergus Hamilton, chercheur spécialiste des maladies infectieuses à la Faculté de médecine de l’Université de Bristol, au Royaume-Uni, qui a mené une étude sur les effets de la vaccination sur une cohorte de  patients Covid long répartis en deux groupes : l’un vacciné, et l’autre pas.

L’étude, dévoilée début mars, n’est encore qu’en « preprint » – elle n’a pas encore été validée et publiée par une revue scientifique de référence – mais ses conclusions sont rassurantes. « La vaccination avec un vaccin à ARN messager ou à vecteur viral n’a pas été associée à une aggravation des symptômes de Covid long », concluent les chercheurs, qui ne voient aucune objection à vacciner ces patients.

En France, c’est la Haute autorité de santé (HAS) qui émet les recommandations en matière de vaccination anti-Covid. Et elle l’assure, « la présence de symptômes persistants après un Covid-19 n’est pas une contre-indication à la vaccination », mais « une consultation médicale adaptée est nécessaire avant la vaccination ». Elle prévoit toutefois que si la contamination est récente, les personnes infectées « doivent être considérées comme protégées pendant au moins trois mois par l’immunité post-infectieuse ». Et recommande donc d’attendre trois mois, voire « un délai proche de six mois » après l’infection. Et puisque « les personnes ayant déjà été infectées conservent une mémoire immunitaire, la HAS ne propose  qu’une seule dose aux personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2, quelle que soit l’ancienneté de l’infection. La dose unique de vaccin jouera ainsi un rôle de rappel ».

Des symptômes atténués voire envolés

Non seulement la vaccination ne semble pas plus risquée pour les patients Covid long, mais les chercheurs britanniques voient même dans leurs résultats un « léger indice » que les vaccins pourraient améliorer l’état de ces patients. « Selon ces travaux, la vaccination pourrait entraîner une diminution voire une disparition des symptômes persistants, commente le Dr Benjamin Davido, infectiologue et médecin référent de crise Covid-19 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). C’est d’autant plus intéressant que le Covid persistant pourrait être dû à une réponse immunitaire imparfaite avec une clairance virale incomplète, qui serait améliorée par la vaccination grâce à l’apport d’anticorps ». En clair : la réponse immunitaire de ces patients ne permettrait pas d’éliminer totalement le virus de l’organisme, qui ferait alors des siennes au long cours, mais les anticorps fabriqués grâce à la vaccination permettraient de faire le ménage.

Ces résultats, quoique encourageants, ont été obtenus sur une petite cohorte de patients. « C’est une piste qui mérite d’être davantage explorée, sachant que pour ces cas de Covid long, dont la reconnaissance et la prise en charge ne sont toujours pas évidentes, il n’y a pas de traitement, rappelle le Dr Davido. On voit d’ores et déjà que les vaccins permettent non seulement de  prévenir les formes graves de coronavirus ainsi que les formes légères, mais réduisent aussi la transmission du virus. Si ces effets spécifiques sur le Covid long étaient confirmés, la vaccination aurait en plus un effet thérapeutique sur les formes persistantes de la maladie ».

Un potentiel thérapeutique et incitatif

Une piste d’autant plus porteuse d’espoir que « plus les symptômes du Covid persistant durent longtemps, plus on a du mal à s’en débarrasser », rappelle le Dr Olivier Robineau, du service universitaire des maladies infectieuses du centre hospitalier de Tourcoing. Mais un vaccin peut-il aussi avoir un effet thérapeutique ? « Normalement, un vaccin est préventif, jamais thérapeutique, répond le Dr Davido. Il faut donc confirmer ces travaux par des études de plus grande ampleur pour confirmer ce potentiel thérapeutique du vaccin sur le Covid long. Des études sur les patients ayant perdu l’odorat ont montré la présence du virus dans le bulbe olfactif jusqu’à six mois après la contamination, poursuit l’infectiologue. On peut imaginer qu’apporter des anticorps va neutraliser ce reste de virus qui peut être responsable de symptômes persistants ».

Un mécanisme déjà observé avec le vaccin contre le zona, « qui est un virus lié à une baisse de l’immunité, que l’on ne développe que si l’on a déjà eu la varicelle et qui peut causer des douleurs persistantes, expose le Dr Davido. Le zona fonctionnerait par une autostimulation du système immunitaire, où c’est l’organisme qui fait ressortir le virus. Le vaccin apporte des anticorps qui vont lutter contre la résurgence de la maladie ».

Et si la vaccination anti-Covid a bien ce bénéfice thérapeutique, « elle aura le mérite d’être encore plus incitative, se réjouit l’infectiologue. Et c’est d’autant plus important qu’il est capital de vacciner massivement les jeunes, qui ne sentent pas toujours concernés par la maladie mais qui sont les plus nombreux à en développer des formes persistantes ».