Coronavirus : Peut-on assouplir les gestes barrières entre personnes vaccinées ?

VACCINATION Depuis plus d’un an, le port du masque, le lavage des mains ou la distanciation sociale font partie de notre quotidien, mais cela pourrait bien changer, une fois vaccinés 

Manon Aublanc

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Deux personnes sur les bords de Seine à Paris, le 20 février 2021.
Deux personnes sur les bords de Seine à Paris, le 20 février 2021. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • Les gestes barrières – le port du masque, la distanciation sociale et le lavage fréquent des mains – ont été mis en place au début de la crise sanitaire pour limiter les contaminations.
  • Dans un rapport publié mercredi, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) envisage un assouplissement des gestes barrières entre personnes vaccinées.
  • Mais si les vaccins protègent contre les formes graves du coronavirus, on ne sait pas encore s’ils empêchent la transmission.

Pourra-t-on bientôt se faire la bise ? Enlever son masque ? Prendre ses proches dans les bras ? Si les gestes barrières sont pleinement entrés dans nos habitudes depuis le début de l'épidémie de coronavirus, ils pourraient bientôt être assouplis entre les personnes vaccinées, selon un rapport du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

Une étude de l’agence européenne, publiée ce mercredi, avance que les personnes pleinement vaccinées, y compris les personnes âgées, peuvent assouplir les gestes barrières, comme le port du masque et la distanciation sociale, mis en place pour lutter contre la propagation de l’épidémie de Covid-19.

Pas de risque zéro

Dans son rapport, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies affirme que pour les « individus entièrement vaccinés », y compris les personnes âgées, qui présentent donc un risque « faible à très faible » de contracter le virus ou de le transmettre, « la distanciation physique et le port de masques faciaux peuvent être assouplis ». Une conclusion évidente pour Martin Blachier, épidémiologiste et médecin en santé publique, qui estime que deux personnes vaccinées peuvent retirer le masque, même en intérieur : « Quand vous êtes vaccinés vous avez une protection proche de 100 %. Le port du masque, ce n’est pas pour vous protéger, mais pour protéger les autres. Si la personne en face de vous est également vaccinée, le masque n’a plus aucun intérêt », explique-t-il.

Un avis que ne partage pourtant pas son confrère Pascal Crépey. Pour l’épidémiologiste, le risque zéro n’existe pas, même pour les personnes vaccinées. « Dire aux personnes vaccinées qu’on peut retirer le masque sans risque, ce serait faux. Le vaccin protège bien, il ne protège pas à 100 %. Réduction du risque ne veut pas dire absence de risques », justifie-t-il, rappelant que des résidents d’Ehpad ont contracté le virus alors qu’ils étaient vaccinés.

D’autre part, les personnes vaccinées « ne sont jamais totalement isolées, elles voient d’autres personnes non vaccinées ou vont faire leurs courses », poursuit-il, expliquant que le vaccin protège des formes graves, mais il n’empêche pas d’attraper le virus. Pour le spécialiste, si des adaptations pourraient être envisagées à l’avenir pour les personnes vaccinées, assouplir les gestes barrières semble prématuré : « Ce n’est pas forcément une bonne stratégie de commencer à baisser la garde sur les gestes barrières, notamment lorsqu’on est soi-même à risque. Et aujourd’hui, les personnes vaccinées, en grande partie les personnes âgées, sont les personnes les plus à risques. »

Une différence entre intérieur et extérieur

Pourtant dans son rapport, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies va même encore plus loin, affirmant que les gestes barrières, notamment le port du masque et la distanciation physique, peuvent également être « levées ou modifiées » lorsque des personnes vaccinées sont en présence de personnes non vaccinées « du même foyer ou de la même bulle sociale » qui ne présentent pas de « facteurs de risque de maladies graves ou de diminution de l’efficacité du vaccin », comme les personnes âgées ou immunodéprimées.

Martin Blachier met pourtant en garde : le vaccin protège contre la sévérité des symptômes, « mais on ne sait pas encore s’il protège contre la transmission. Selon les premières études, ce serait le cas, mais c’est encore incertain », prévient-il. En clair, même si vous êtes vacciné, vous pouvez toujours contracter le virus et le transmettre à ceux qui n’ont pas été vaccinés.

Pour l’expert, les gestes barrières doivent rester les mêmes en intérieur, mais pourraient être assouplis en extérieur, le risque d’être contaminé étant très faible. « On se contamine par aérosols. En extérieur, avec l’air, ces aérosols ne restent pas dans l’air. Même sans masque ou sans distanciation sociale, il y a peu de risque. » Si Pascal Crépey reconnaît un risque plus faible en extérieur, il rappelle que les contaminations se font aussi par postillons : « Si on ne porte pas de masque et qu’on ne respecte pas la distanciation, on peut contaminer ou être contaminé par les postillons », avance l’épidémiologiste, qui appelle à conserver les gestes barrières.

La protection vaccinale en question

Reste la question de la protection vaccinale. Les vaccins protègent bien, mais leur efficacité n’est pas immédiate. Pour envisager d’assouplir les gestes barrières, il faut donc d’abord être sûr que le vaccin offre sa protection maximum. Pour Moderna, elle est obtenue « sept jours après la deuxième injection de vaccin chez des sujets indemnes d’infection antérieure au SARS-CoV-2 », contre 15 jours pour Pfizer, peut-on lire sur le site du ministère de la Santé. Pour le vaccin AstraZeneca, « les sujets commencent à être protégés environ trois semaines après la première dose », mais « ils ne seront pas protégés de façon optimale avant un délai de quinze jours suivant l’administration de la seconde dose », selon l’Agence européenne des Médicaments.

« C’est une protection qui est croissante, mais elle n’est pas maximale avant trois ou quatre semaines. La première injection protège, la deuxième pérennise », résume Martin Blachier. « Dès la première injection, vous avez déjà quasiment atteint le maximum de protection vis-à-vis des formes graves. Là où c’est moins clair, c’est sur la transmission », ajoute Pascal Crépey. Du côté du ministère de la Santé, la consigne est claire : « Il est nécessaire de continuer à appliquer les gestes barrières et de s’isoler si nécessaire, même après la 1re dose et la 2e dose de vaccin », peut-on lire sur le site de l’Assurance maladie.