Coronavirus en Inde : Les crématoriums croulent sous les morts

PANDEMIE La deuxième vague épidémique a pris de court les autorités

20 Minutes avec AFP

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L'Inde, touchée par une seconde vague de coronavirus croule sous le nombre de morts.
L'Inde, touchée par une seconde vague de coronavirus croule sous le nombre de morts. — Manish Swarup/AP/SIPA

Si officiellement 15.000 Indiens sont morts du Coronavirus sur le seul mois d’avril, certains pensent que le nombre réel pourrait être bien plus élevé. En effet, le pays au 1,3 milliard d’habitants touchés depuis quelques semaines par une nouvelle vague de contaminations voit ses crématoriums complètement débordés. Les réseaux sociaux et les articles de presse ont été abreuvés d’images de bûchers en flammes et de crématoriums incapables de faire face à l’afflue de personnes décédées.

À Ghaziabad, près de Delhi, les chaînes de télévision ont diffusé des images de corps enveloppés dans des linceuls, alignés sur le trottoir, des proches en pleurs à leur côté, attendant leur tour pour l’incinération. Dans l’État occidental du Gujarat, de nombreux crématoriums à Surat, Rajkot, Jamnagar et Ahmedabad tournent 24 heures sur 24 avec trois à quatre fois plus de défunts que la normale.

Quatre fois plus de corps chaque jour

La cheminée d’un crématorium à Ahmedabad s’est fissurée avant de s’effondrer pour avoir tourné à une cadence de 20 heures par jour ces deux dernières semaines. L’armature en fer d’un four à Surat a même fondu parce qu’il n’avait pas le temps de refroidir. « Jusqu’au mois dernier, nous incinérions une vingtaine de corps par jour (…) Mais depuis le début du mois d’avril, nous traitons plus de 80 corps par jour », témoigne Ramnath Ghela, responsable local du crématorium de la ville.

Avec des temps d’attente pouvant aller jusqu’à huit heures, Rajkot a mis en place une salle de contrôle dédiée à la gestion 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 du flux des crémations dans les quatre crématoriums de la ville.

Pénurie de bois et flambée des prix

Deux crématoriums de Lucknow, dans le Nord, distribuent aux familles des défunts des jetons numérotés pour réguler le flux des crémations qui peut aller jusqu’à 12 heures. L’attente est parfois si longue qu’une famille a commencé à incinérer un corps dans un parc adjacent à l’un des crématoriums, a indiqué un responsable.

Rohit Singh, dont le père est mort du Covid-19, confie que les responsables du crématorium facturaient environ 7.000 roupies (100 dollars) la crémation, soit près de 20 fois le tarif normal. Certains crématoriums de Lucknow, confrontés à une pénurie de bois, ont même dû demander aux familles d’apporter leur propre combustible.

« D’ici trois ou quatre jours, il n’y aura plus de place »

Du côté des cimetières, la charge de travail des fossoyeurs a également augmenté de façon spectaculaire ces dernières semaines. En seulement trois heures, onze défunts ont été amenés au cimetière de Jadid Qabristan Ahle, dans la capitale indienne, placée en confinement depuis lundi soir pour une semaine. Au coucher du soleil, 20 morts avaient été inhumés.

Beaucoup pensaient pourtant que la pandémie appartenait au passé. « A présent, on croirait que le virus appuie sur l’accélérateur », déclare Mohammed Shamim, fossoyeur de 38 ans. « A ce rythme-là, d’ici trois ou quatre jours, il n’y aura plus de place », ajoute-t-il. « Il y a deux jours, quelqu’un est venu me voir et m’a dit qu’il devait commencer à se préparer pour sa mère parce que les médecins l’avaient abandonnée », déclare M. Shamim. « C’est surréaliste. Je n’aurais jamais cru connaître ce jour où j’aurais à préparer les formalités d’inhumation d’une personne vivante » ajoute-t-il.