Coronavirus : Près d’un patient sur deux en réa est obèse, mais les moins de 50 ans en surpoids ne sont toujours pas éligibles au vaccin

VACCINATION ANTI-COVID Parmi les patients Covid-19 admis en réanimation, près de la moitié sont à ce jour des personnes souffrant d'obésité, mais seuls les plus de 50 ans sont éligibles à la vaccination

Anissa Boumediene
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Les personnes obèses représentent près de la moitié des patients Covid admis en réanimation, mais si elles ont moins de 50 ans, elles ne sont toujours pas éligibles à la vaccination.
Les personnes obèses représentent près de la moitié des patients Covid admis en réanimation, mais si elles ont moins de 50 ans, elles ne sont toujours pas éligibles à la vaccination. — Eric Dessons/JDD/SIPA
  • A ce jour, 47 % des patients Covid admis en réanimation sont obèses.
  • Pourtant, les personnes obèses de moins de 50 ans ne sont toujours pas accessibles à la vaccination anti-Covid.
  • Pour les associations comme pour les médecins, cette exclusion de la cible vaccinale n’est pas cohérente et fait peser un risque sur la santé des personnes obèses.

Dans les services de réanimation, près de la moitié des patients Covid-19 sont obèses. Pourtant, aujourd’hui, les personnes obèses de moins de 50 ans ne sont pas éligibles à la vaccination.

Pour ces hommes et ces femmes, sortir de la maison est associé à une prise de risque, face à une maladie dont ils sont les plus susceptibles de développer une forme sévère. D’où leur incompréhension de ne pas avoir encore accès, à ce jour, au précieux vaccin anti-Covid.

Une population à risque de forme sévère du coronavirus…

Il y a un an déjà, plusieurs études démontraient que l’obésité augmente les risques de développer une forme sévère decoronavirus. Ainsi, depuis le début de la pandémie en France, les personnes obèses représentent 45 % des patients Covid-19 admis en réanimation. C’est même 47 % depuis le début de l’année. « On le sait depuis le début, confirme le Pr Djillali Annane, chef du service de réanimation de l’hôpital Raymond-Poincaré à Garches (Hauts-de-Seine). Nous l’observons dans notre service, tout comme les collègues des services de réanimation partout, en France et ailleurs ».

Et le risque est là dès qu’il y a surpoids et augmente crescendo : « Une personne en surpoids a un risque de forme grave de coronavirus plus important qu’une personne ayant un poids normal. Une personne obèse sans complication a un risque plus élevé que celle en surpoids. Et ce risque augmente encore en cas de complications, si elle a des pathologies associées. Enfin, une personne en obésité morbide, avec des complications liées, aura un risque de développer une forme grave encore plus grand », décrit le Pr Annane.

En pratique, les comorbidités font souvent partie du tableau. « L’obésité génère dix-huit pathologies associées, parmi lesquelles le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, l’apnée du sommeil, des maladies du foie, des troubles hormonaux et une augmentation des risques de cancer, énumère Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d'obèses (CNAO). C’est même dix-neuf si on ajoute le Covid-19 ».

Mais exclue de la vaccination

Alors, quand la vaccination s’est ouverte début janvier pour les personnes les plus vulnérables, Anne-Sophie Joly a été soulagée. Avant de déchanter. « Quand le Premier ministre a déclaré que les personnes prioritaires allaient pouvoir se faire vacciner, j’ai vraiment cru que l’obésité serait un critère de priorisation, avant de constater que non. Ça a été un désenchantement ». Et si les critères d’éligibilité au vaccin se sont progressivement élargis, bien qu’elles soient plus à risque que les autres de développer une forme grave, seules les personnes obèses de plus de 50 ans peuvent se faire vacciner.

Pour les moins de 50 ans, il faudra attendre la toute dernière phase, qui ouvrira la vaccination à toutes les personnes de plus de 18 ans. Car si elles sont effectivement à risque, elles ne sont pas considérées comme « à très haut risque de forme grave du coronavirus ». Pour le ministère de la Santé, ce critère concerne les personnes de plus de 18 ans atteintes de cancer, de trisomie 21 ou encore les personnes transplantées. « Cela concerne aussi les personnes obèses avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 40, qui sont définies par la Haute autorité de Santé (HAS), précise le Dr Claude Leicher, médecin généraliste et coorganisateur du centre de vaccination de Valence (Drôme). Ainsi que les personnes avec IMC supérieur à 30 ayant des comorbidités, même si là, ce n’est pas clairement établi pour les plus jeunes. Pourtant, les collègues de réa nous le disent : les patients Covid admis sont plus jeunes qu’avant et très souvent en situation d’obésité. Donc pour nous, c’est évidemment problématique que cette population ne soit pas encore dans la cible vaccinale ».

Comment expliquer ce choix dans la stratégie vaccinale davantage basée sur l’âge ? « Je pense que c’est une question de chiffres : il n’y a pas assez de vaccins pour tout le monde, et 8 millions de personnes obèses en France, sans compter celles en surpoids », estime Anne-Sophie Joly. Mais pour le Pr Annane, il n’y a pas que ça : « Je trouve curieuse la stratégie de vaccination en France, cette volonté d’avoir une logique basée sur des populations prioritaires, qui conduit à une campagne de vaccination très lente et source de frustration. On devrait faire comme la plupart des pays où la vaccination se fait à un train rapide, comme c’est le cas au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. On perd trop de temps ».

« Toute personne obèse devrait pouvoir être vaccinée dès maintenant »

Une perte de temps, mais aussi « une perte de chances à tous les niveaux pour les personnes obèses et leur santé », regrette Anne-Sophie Joly. Un rapport publié en mars 2021 par la Fédération mondiale de l’obésité, qui compile des dizaines d’études menées à travers le monde, confirme que les pays dont la population compte une proportion importante de personnes en surpoids sont les plus durement touchés par le Covid-19, avec un taux de mortalité beaucoup plus élevé. « Il faut que ça cesse :  si l’obésité était mieux prise en charge par le système de santé, il n’y aurait pas eu 100.000 morts du coronavirus en France », assure Anne-Sophie Joly.

Car la perte de chances n’est pas que le fait de la stratégie vaccinale excluante, « les chirurgies bariatriques ont été déprogrammées, tout comme nombre d’interventions liées à la prise en charge de l’obésité, qui est par ailleurs totalement à revoir, rappelle-t-elle. Mais l’urgence aujourd’hui, c’est l’accès au vaccin pour toutes les personnes obèses, que j’encourage à consulter leur médecin pour se faire prescrire le vaccin sans attendre ». Dans le centre de vaccination qu’il supervise, «  quand il y a doses surnuméraires, on demande aux médecins de nous adresser des patients qui paraissent prioritaires sur le plan sanitaire, même s’ils ne sont pas encore dans la cible vaccinale. Donc si un confrère nous envoie une personne parce qu’elle est obèse en nous disant que si elle contracte le Covid-19, elle a un fort risque d’être admise en réa, on vaccine, mais ce sont quelques doses au fil de l’eau, pas une vaccination de masse ».

Pour le Pr Annane, « il y a une incohérence voire une absurdité, à considérer qu’une personne avec un IMC à 30 ou plus, au motif qu’elle n’a que 30 ans, n’a pas de risque forme grave et n’est donc pas éligible à la vaccination. Toute personne obèse devrait pouvoir être vaccinée dès maintenant, quel que soit son âge », prescrit le Pr Annane. D’autant que l’apparition des variants du coronavirus a modifié le profil des patients admis en réanimation, qui sont de plus en plus jeunes. « Evidemment, avec nos services totalement saturés, je n’ai pas la possibilité d’aller prêter main-forte dans les centres de vaccination, confie le Pr Annane. Mais si c’était le cas et qu’une personne obèse jeune se présentait pour recevoir le vaccin, je le lui administrerais tout de suite ».