Coronavirus. De plus en plus de patients plus jeunes appellent le Samu

SECOURS Quinze jours après le début du troisième confinement, « l’activité au 15 est assez soutenue »

20 Minutes avec agences

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Un régulateur du Samu. Illustration.
Un régulateur du Samu. Illustration. — Tristan Reynaud - Sipa

« Samu, bonjour ! » : au bout du téléphone, une femme de 49 ans, atteinte du Covid-19 depuis dix jours, demande l’aide des soignants d’une voix faible qui la rend à peine audible, signe d’une détresse respiratoire. Depuis quinze jours, les appels de ce genre se multiplient au Samu du Val-d’Oise.

« Une femme de 33 ans, Covid depuis dix jours, avec céphalées et gêne respiratoire, fièvre », « un cluster dans une résidence pour personnes handicapées avec 10 cas Covid sur 22 », « une femme de 29 ans, isolée, Covid depuis une semaine, avec 38,2 de fièvre »… Ce matin-là, les appels s’enchaînent au centre téléphonique commun à la structure mobile d’urgence et de réanimation (Smur) et au service d’aide médicale urgente (Samu) dépendant du centre hospitalier de Pontoise.

Des médecins joignables 24h/24

En salle, les assistants de régulation médicale, dits « ARM », prennent les appels au 15 et interrogent : « Quelle est votre adresse ? », « quels sont vos symptômes ? ». Si à l’autre bout de la ligne, les malades décrivent des situations graves (gêne ou détresse respiratoire, comorbidités…), l’appel est transmis à l’un des trois médecins urgentistes. Sinon, ce sont les deux médecins généralistes présents qui prennent le relais.

« En fonction du degré de gravité, on peut envoyer (une ambulance du) Smur avec un médecin dans l’équipe, une équipe d’ambulance privée avec des ambulanciers diplômés d’Etat dans le véhicule, ou des pompiers », explique Estelle Bonnal, responsable des ARM.

C’est une « chance » d’avoir un numéro d’appel comme le 15, souligne le Dr Agnès Ricard-Hibon, cheffe de service du Samu du Val-d’Oise et du Smur de Pontoise. D’une part, « même dans les déserts médicaux, ce système permet d’avoir accès à un médecin 24h/24 et 7 jours/7 », et d’autre part, ce dispositif a évité à la France de « connaître la même chose qu’en Italie avec des files d’attente de voiture devant les hôpitaux, où les soignants donnaient l’oxygène aux malades dans leurs voitures, ou qu’au Portugal » avec des ambulances à la queue leu leu, indique-t-elle.

« Mal à respirer »

Reste que, quinze jours après le début du troisième confinement, « l’activité au 15, à l’heure actuelle, est assez soutenue », avance le Dr Ricard-Hibon, qui estime « le nombre de dossiers de patients pratiquement au double de la normale ». « La patientèle (est) plus jeune en général, le plus souvent a été testée Covid il y a plusieurs jours » et lorsqu’il « y a des signes qui inquiètent, d’aggravation, ils appellent au 15 », explique-t-elle.

« Il y a un an, nous avions des appels parce que les gens n’avaient plus d’odorat, qu’ils avaient de la fièvre, des courbatures… Aujourd’hui, les gens n’appellent plus pour ça » mais « parce qu’ils ont mal à la poitrine et du mal à respirer en général », abonde le Dr Marc Giroud, médecin régulateur à la retraite venu en renfort. « Un quart des appels sont étiquetés Covid par rapport au nombre de dossiers médicaux au total. Ça fait beaucoup ! », admet Estelle Bonnal, tandis que retentit une alarme dans la salle d’appels.

« On transporte un patient sur trois qui appelle »

Pas de temps à perdre : « On part en intervention pour une patiente de 49 ans qui est à J + 12 d’un Covid positif, qui était sous oxygène à domicile », explique Agnès Ricard-Hibon. La patiente, relativement jeune et prise en charge depuis plusieurs jours, voit son état « se dégrader sur le plan respiratoire ».

Sirène hurlante, l’ambulance file avec à son bord médecin, infirmière et ambulancier, vêtus des protections devenues habituelles (surblouse, gants, charlotte, masque FFP2, et sac respiratoire sur le dos). Trente minutes plus tard, elle est transportée vers un hôpital parisien, dans une unité de soins continus, en attendant une place en réanimation.

Des places en réanimation devenues rares, des appels de malades en détresse qui continuent… « Pour l’instant, on a encore une activité très soutenue, (mais elle) se stabilise », relativise Agnès Ricard-Hibon. Reste que le pic de la première vague n’est plus si loin : selon des chiffres datant du 8 avril, « on transporte un patient sur trois qui appelle ».