Coronavirus : Pourquoi le vaccin de Johnson & Johnson a-t-il été suspendu aux Etats-Unis ?

VACCINATION Les autorités sanitaires américaines ont recommandé « une pause » dans l’utilisation du vaccin Johnson & Johson aux Etats-Unis après l’apparition de cas graves de caillots sanguins

Manon Aublanc

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Des doses de vaccin Johnson & Johnson contre le coronavirus à Los Angeles, le 25 mars 2021.
Des doses de vaccin Johnson & Johnson contre le coronavirus à Los Angeles, le 25 mars 2021. — Frederic J. BROWN / AFP
  • Les autorités sanitaires américaines ont recommandé mardi « une pause » dans l’utilisation du vaccin contre le Covid-19 de Johnson & Johnson après six cas de thrombose veineuse cérébrale chez des personnes vaccinées aux Etats-Unis.
  • L’Agence américaine des médicaments (FDA) a ouvert une enquête sur un possible lien entre le vaccin et des cas de caillots sanguins. Dans la foulée, le groupe pharmaceutique américain a indiqué qu’il avait « pris la décision de retarder le déploiement » de son vaccin en Europe.
  • Mais pourquoi cette décision ? Et avec quelles conséquences en Europe ? On fait le point.

Un mois et demi après avoir été approuvé aux Etats-Unis, les autorités sanitaires américaines ont recommandé mardi « une pause » dans l’utilisation du vaccin anti-Covid produit par Johnson & Johnson afin d’enquêter sur des cas graves de caillots sanguins chez plusieurs personnes. Quelques heures après, le groupe pharmaceutique américain a indiqué qu’il avait « pris la décision de retarder le déploiement » de son vaccin en Europe, en attendant les conclusions des autorités sanitaires.

Pourquoi le vaccin est-il suspendu ? Combien de cas d’effets secondaires graves ont été recensés ? Quel est l’impact sur le déploiement en Europe ? 20 Minutes fait le point sur la suspension temporaire de ce vaccin.

Pourquoi le vaccin a-t-il été suspendu ?

L’utilisation du vaccin a été mise en pause après « six cas rapportés aux Etats-Unis de personnes ayant développé des cas rares et graves de caillots sanguins après avoir reçu le vaccin », a indiqué l’Agence américaine des médicaments (FDA), qui a ouvert une enquête mardi. « Un cas s’est révélé mortel et un patient se trouve dans un état critique », a précisé un responsable. Au total, plus de 6,8 millions de doses ont été injectées aux Etats-Unis.

Dans les cas rapportés, les scientifiques ont observé une thrombose veineuse cérébrale, très inhabituelle, c’est-à-dire l’obstruction par un caillot d’un ou plusieurs sinus veineux cérébraux, a souligné l’institution. Ces thromboses s’accompagnent d’une chute du niveau de plaquettes sanguines, les cellules qui aident le sang à coaguler et peuvent provoquer des hémorragies en plus des caillots sanguins, ont averti les autorités sanitaires américaines, qui préconisent un traitement alternatif.

Comment peut-on expliquer ces thromboses ?

Même si rien n’est encore prouvé, il est de plus en plus vraisemblable que ces problèmes sanguins soient liés à la technique sur laquelle est basé ce vaccin. Comme celui d’AstraZeneca, le vaccin Johnson & Johnson est un vaccin dit à « vecteur viral » : on prend comme support un autre virus, qu’on modifie afin qu’il transporte dans l’organisme des informations génétiques permettant de combattre le Covid.

Ces deux vaccins utilisent comme support un type de virus très courant, appelé adénovirus. AstraZeneca a opté pour un adénovirus de chimpanzé, Johnson & Johnson pour un adénovirus humain. Le fait que des problèmes similaires aient été observés avec ces sérums pourrait laisser penser « que c’est lié au vecteur adénovirus », a déclaré sur Twitter Mathieu Molimard, spécialiste français de pharmacologie. En effet, « ces cas n’existent pas à ce jour avec les vaccins ARN », ceux de Pfizer/BioNTech et Moderna, qui utilisent une autre technique, l’ARN messager.

Quels sont les facteurs de risques ?

Les six personnes concernées par ces événements thrombo-emboliques graves sont des femmes âgées de 18 à 48 ans, dont les symptômes sont apparus 6 à 13 jours après l’injection. Concernant AstraZeneca, la plupart des cas observés concernent également des « femmes de moins de 60 ans », selon l’Agence européenne des médicaments (EMA). Mais il est trop tôt pour en tirer une conclusion. « Selon les éléments dont on dispose actuellement, on n’a pas identifié de facteur de risques spécifique », a commenté l’EMA au sujet d’AstraZeneca.

Quand le vaccin Johnson & Johnson pourra-t-il être réautorisé ?

Les Centres américains de lutte et de prévention des maladies (CDC), agence fédérale de santé publique du pays, doivent se réunir, ce mercredi, afin d’évaluer ces différents cas. L’agence américaine des médicaments passera ensuite en revue leurs conclusions. « Tant que cette procédure est en cours, nous recommandons une pause », a affirmé la FDA, précisant agir « par souci de précaution ».

Pourquoi le déploiement du vaccin en Europe a-t-il été retardé ?

Le groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson a indiqué mardi qu’il avait « pris la décision de retarder le déploiement » de son vaccin en Europe en attendant les conclusions des autorités sanitaires américaines. Johnson & Johnson « est en train d’étudier ces cas avec les autorités européennes de santé », a indiqué le groupe dans un message, sans donner plus de détails sur la durée du report. De son côté, l’Agence européenne des médicaments (EMA) avait annoncé vendredi dernier examiner un lien possible entre le vaccin de Johnson & Johnson et des cas de caillots sanguins.

Quelles conséquences sur l’utilisation du vaccin en Europe ?

L’Union européenne, qui a autorisé le vaccin Johnson & Johnson le 11 mars dernier, avait précommandé 200 millions de doses, avec la possibilité de doubler la commande. La France, premier pays européen à le déployer sur son territoire, a reçu le 12 avril « 200 000 doses », avec une semaine d’avance, « qui sont en train d’être acheminées auprès de la médecine de ville et les officines de pharmacie », a déclaré Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, ce mercredi.

Si le déploiement de doses supplémentaires est retardé en Europe, les autorités sanitaires européennes et françaises n’ont pas suspendu l’utilisation de ce vaccin pour le moment. Le vaccin « va évidemment être distribué et administré dans les mêmes conditions que ce qui est prévu aujourd’hui pour le vaccin AstraZeneca, c’est-à-dire pour les personnes âgées de plus de 55 ans », a fait savoir Gabriel Attal, ce mercredi à la sortie du Conseil des ministres. Selon les données publiées quotidiennement par Santé publique France, aucune dose du vaccin n’avait encore été administrée mardi.

A noter que le vaccin Johnson & Johnson peut être conservé durant trois mois à des températures de réfrigérateur standard.