Coronavirus : Pourquoi le variant brésilien inquiète-t-il tant la France ?

EPIDEMIE Après des alertes de certains médecins, Paris a finalement décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre tous les vols avec le Brésil

Oihana Gabriel

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Au Brésil, plus de 350.000 personnes sont mortes du Covid-19 depuis mars 2020.
Au Brésil, plus de 350.000 personnes sont mortes du Covid-19 depuis mars 2020. — FABIO TEIXEIRA/SIPA
  • Après 48 heures de polémique, Paris a décidé de suspendre les vols avec le Brésil.
  • Le pays traverse une nouvelle vague de coronavirus très meurtrière, avec 4.000 décès en 24 heures et un rajeunissement important des patients en réanimation.
  • La faute au variant brésilien, baptisé Voc 3 ou P1. Mais pas uniquement. Car il ne faut pas oublier les différences de contexte, les politiques de confinement, la vaccination…, rappelle Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital de Garches.

Après 48 heures de polémique, d’alertes des médecins et de critiques de l’opposition, Paris a finalement tranché :  la France suspend « jusqu'à nouvel ordre » tous les vols avec le Brésil. Pourquoi ? Ce pays d’Amérique latine, deuxième pays le plus endeuillé au monde à cause de la pandémie de coronavirus, traverse une nouvelle vague dramatique. Avec un changement de taille :  52 % des patients en réanimation ont désormais moins de 40 ans.

La faute, entre autres, à un variant, dit brésilien. Désormais majoritaire, il fait des ravages dans les pays limitrophes et angoisse le monde entier. Mais que sait-on précisément sur lui ? 20 Minutes fait le point.

Un seul ou plusieurs variants brésiliens ?

Pas évident de suivre la multiplication de variants, plus ou moins connus, répandus et dangereux… L’ Organisation mondiale de la santé propose donc un classement. Les Variant Of Concert (comprenez préoccupants) sont pour le moment au nombre de trois (en plus de la souche initiale) : Voc 1 pour le Britannique, Voc 2 pour le Sud-africain et Voc 3 pour le Brésilien. Mais on retrouve ce même variant brésilien sous un autre nom : P1. Un deuxième variant, baptisé P2, a également émergé dans ce pays. Il fait en revanche partie des Variant of interest (VOI), donc moins présents dans le monde.

Dans quelle mesure est-il plus dangereux ?

Si l’on sait encore très peu de choses sur ce P2, les informations qui nous viennent du Brésil sur le P1 ont de quoi faire peur. Santé Publique France a publié une analyse des risques liés à l’émergence des variants : ce P1 serait entre 40 % et 120 % plus contagieux que la souche initiale de 2020 du coronavirus. Est-il plus mortel ? Pour le moment, il n’y a pas d’impact décrit sur la sévérité de la maladie. Il est en tout cas responsable d’une réelle hécatombe au Brésil.

Mais Benjamin Davido, infectiologue à l’ hôpital Raymond-Poincaré de Garches (AP-HP), met en garde contre des prévisions catastrophistes hâtives. Car il reste énormément de questions sans réponse sur ce variant. « Le but n’est pas d’affoler les gens, prévient le directeur médical de crise et référent sur les vaccins. Il est évident que c’est très compliqué de comparer Rio et Paris »

Car les décisions politiques n’ont pas été les mêmes [Jair Bolsonaro, le président brésilien, antivaccin notoire, nie la gravité de la maladie et se refuse à confiner le pays depuis des mois]. Par ailleurs, le vaccin diffusé au Brésil est le  CoronaVac, produit par l’entreprise chinoise Sinovac, dont l’efficacité tournerait autour de 50 %. Alors que la France a misé sur les vaccins Pfizer (95 % d’efficacité), Moderna (94 %) et AstraZeneca (70 %).

Avec 4.000 morts en 24 heures, des hôpitaux bondés et des cimetières où l’on enterre même la nuit, les images du pays servent de repoussoir. Mais l’infectiologue nuance également la vision d’une « épidémie cataclysmique pour la jeunesse. Il y a des listes d’attente dans les hôpitaux. La moyenne d’âge en réanimation, entre 40 et 50 ans, s’explique, car quand vous avez 500 malades en liste d’attente, on priorise les plus jeunes. Le tri entre patients, c’est ce qu’ils vivent. Et c’est une possibilité malheureuse pour nous. Donc mieux vaut prévenir que guérir. »

Est-il déjà présent en France ?

Oui, le P1 a été détecté dès février 2021. Mais sa diffusion reste très limitée. Selon le dernier point épidémiologique de Santé Publique France, publié le 8 avril, les suspicions de variant V2 (sud-africain) ou V3 (variant brésilien) étaient restées stables à 4,2 % des contaminations dans le pays.

Autre bonne nouvelle : ce V3 ou P1 ne serait responsable que de 0,5 % des contaminations, selon la dernière enquête flash sur les variants, datant du 16 mars. On est très loin de 20 % des contaminations du Portugal, pourcentage publié par Le Parisien. « A l’image de la compétition bactérienne, il y a une compétition entre les variants, explique Benjamin Davido. Le variant britannique a un temps d’avance et semble nous protéger face aux autres variants. »

Et pour P2 ? Santé Publique France, à ce jour, 22 cas ont été détectés en France métropolitaine, et 72 en Guyane.

Les vaccins, efficaces contre le variant brésilien ?

« C’est la grande question », assure Benjamin Davido. Qui alerte sur un point important : contrairement à la souche de 2020, il semblerait que ce P1 n’immunise pas le patient. « Ces réinfections importantes posent problème, reprend l’infectiologue. Jusqu’ici, les études internationales montraient que seulement 0,3 à 1 % des patients étaient à nouveau contaminés entre six et neuf mois après la première infection. A Garches, nous avons suivi 236 soignants, infectés dès mars 2020, et nous n’avons trouvé aucune réinfection. »

Ces réinfections après une immunité naturelle interrogent sur l’efficacité des vaccins. « On manque d’étude scientifique pour savoir si les trois vaccins autorisés en France sont efficaces contre ce variant brésilien, reprend l’infectiologue. C’est d’ailleurs le seul variant, pour le moment, pour lequel on n’a aucune réponse. S’il se diffuse rapidement en France, s’il est aussi meurtrier qu’au Brésil, s’il crée des réinfections chez les 20 % de Français qui sont déjà tombés malades, ce sera un scénario catastrophe. »

Mais Benjamin Davido rappelle que des solutions existent. « Il faudrait que l’OMS envoie des doses des vaccins Pfizer et Moderna au Brésil pour tester en vie réelle leur efficacité. Si vraiment il y a un doute, on peut le lever facilement quinze jours après la vaccination. » Et trouver une parade. « Le responsable de Pfizer assure qu’en six semaines, le laboratoire peut faire une mise à jour pour contrer un variant. »