Coronavirus : Recevoir des injections de deux vaccins différents, est-ce efficace ?

VACCINATION La Haute autorité de Santé a décidé ce vendredi que les personnes de moins de 55 ans ayant reçu une première dose d’AstraZeneca recevraient une seconde injection d’un vaccin à ARN messager

Jean-Loup Delmas

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Les personnes de moins de 55 ans vaccinées par une première dose d'AstraZeneca se feront vacciner avec une seconde dose de vaccin à ARN messager
Les personnes de moins de 55 ans vaccinées par une première dose d'AstraZeneca se feront vacciner avec une seconde dose de vaccin à ARN messager — Mathieu Pattier/SIPA
  • Que faire des personnes de moins de 55 ans vaccinées avec AstraZeneca une première fois, maintenant que ce vaccin est interdit pour eux ?
  • La Haute autorité de la Santé a tranché ce vendredi : les personnes concernées recevront une deuxième dose de vaccin à ARN messager.
  • Une solution qui soulève plusieurs questions.

Ce vendredi matin, la Haute autorisé de Santé s’est prononcée sur l’épineux cas de la seconde dose pour les personnes de moins de 55 ans vaccinées une première fois avec AstraZeneca. Le vaccin suédo-britannique est désormais interdit à cette catégorie de la population, en raison d'un risque de thrombose sévère liée à l’injection. Seulement, avant cette interdiction, 533.000 personnes de moins de 55 ans en France s’étaient fait vacciner avec ce produit contre le coronavirus. Dès lors se posait la question : que faire dans leur cas ? 

Après des semaines de suspense, la Haute autorisé de Santé a tranché : ces personnes recevront une seconde dose de vaccin à ARN messager, comme Pfizer/BioNtech ou Moderna. Une décision qui – une fois encore – soulève des questions. 20 Minutes fait le point.

Mélanger les vaccins, est-ce un procédé normal ?

« Le mélange de vaccins se pratique déjà dans certains cas », note le chercheur en immuno-oncologie Eric Billy. Par exemple, pour la vaccination contre l’hépatite B, des vaccins différents peuvent être utilisés lors de la première et la seconde doses, car les sérums utilisent le même antigène. C’est en partie ce qui compte pour déterminer si des doses différentes peuvent être associées : la composition des vaccins et l’antigène utilisé. S’ils sont similaires (et qu'il y a des essais randomisés contrôlés pour vérifier l'association), on peut théoriquement vacciner avec des sérums différents.

Cela fonctionne-t-il pour les vaccins anti-Covid-19 ?

Dans le cas du Covid-19, les vaccins à ARN messager, que ce soit Pfizer/BioNtech ou Moderna, et AstraZeneca, ont le même antigène, la protéine Spike. « Mais dans le détail, la séquence n’est pas exactement la même, renseigne Eric Billy. AstraZeneca utilise la séquence d’origine du coronavirus. Alors que Moderna et Pfizer/BioNtech ont fait quelques mutations pour rigidifier la structure tridimensionnelle de la protéine Spike, afin de la mettre dans une conformation active. » Un détail qui ne devrait pas empêcher de rendre la dose de rappel efficace, selon le chercheur.

La Haute autorisée de Santé évoque quant à elle dans sa note « de nombreux arguments en faveur de cette stratégie, déjà mise à profit dans le contexte du développement de certains vaccins (VIH notamment), et qui s’est avérée plus efficace que l’approche de prime-boost homologue (c’est-à-dire la double dose d’un même vaccin) » ainsi que de « de nombreuses études en cours dans le cadre du programme européen Vaccelerate et les premières données relatives au recours au prime-boost hétérologue (avec des vaccins différents) dans la vaccination anti-SARS-CoV-2 encore limitées mais encourageantes ».

Les Britanniques, dans un souci de vacciner le plus de personnes possible une première fois, ont déjà pris la décision de parfois mélanger les vaccins pour la seconde dose. Il est néanmoins encore trop tôt pour mesurer d’éventuels effets, d’autant plus qu’en raison de la grande circulation virale au Royaume-Uni, les résultats pourraient être biaisés. Une étude anglaise avait par exemple montré que 56,4 % de la population de plus de 80 ans possédait déjà des anticorps contre le coronavirus. Dans ce cas, la première dose de vaccin fonctionne déjà comme une dose de rappel, et la seconde dose ne présente pas vraiment d’effet ou d'intérêt. 

Mais une fois encore, Eric Billy se montre confiant : « Au vu du même antigène utilisé, la vaccination devrait se montrer efficace en associant première dose d’AstraZeneca et une seconde dose de vaccin à ARN messager. »

Quel intervalle utilisé entre les doses ?

Si la vaccination devrait donc fonctionner, reste une question en suspens. Quel intervalle instaurer entre les deux injections de doses ? En effet, l’intervalle entre première et seconde doses pour AstraZeneca et pour les vaccins à ARN messager n'est pas le même. Pour AstraZeneca, on recommande entre neuf et douze semaines entre les deux injections, alors que pour Pfizer/BioNtech et Moderna, la durée entre les deux doses est entre trois et quatre semaines.

Pour le moment, les personnes de moins de 55 ans en France vaccinées avec AstraZeneca se feront vacciner douze semaines après la première injection, a indiqué la Haute autorité de Santé. Mais cela pourrait changer selon d’éventuelles études. « Il serait bien de rapidement étudier les premières personnes vaccinées à semaine 12 avec deux doses différentes et de voir la réponse des anticorps, plaide Eric Billy. On pourrait alors, selon les résultats, tester d’autres types d’intervalle. » Car évidemment, les 533.000 Français concernés n’ont pas tous reçu la première dose au même moment, et ne devront donc pas tous se voir administrer la seconde à la même date. « D’ici là, on peut donc faire quelques observations et des modifications selon ce que l’on remarque », indique le chercheur, afin d’optimiser l’intervalle et la réponse immunitaire. C'est tout de même plus d'un demi-million de personnes qui sont concernées.