Coronavirus : A quel été devons-nous nous attendre en France ?

EPIDEMIE Les beaux jours approchent, mais pourra-t-on vraiment en profiter avec le coronavirus ?

Jean-Loup Delmas

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Les jours heureux arriveront-ils dès cet été, ou faudra-t-il encore attendre un peu ?
Les jours heureux arriveront-ils dès cet été, ou faudra-t-il encore attendre un peu ? — Mark Rightmire/AP/SIPA
  • Alors que la France est encore confinée, sous couvre-feu et avec la majorité des lieux clos fermés, l’été se rapproche.
  • La situation sanitaire sera-t-elle suffisamment bonne à ce moment-là pour profiter des beaux jours ou passerons-nous un été lié aux restrictions sanitaires ?
  • Le troisième confinement pourrait bien permettre de sauver la saison estivale.

Passage à l’heure d’été, chaleur excessive la semaine dernière et les premiers débats entre amis pour savoir quelle semaine réserver entre juillet et août pour des vacances communes… Pas de doute l’été approche enfin. Il arrive même très précisément dans deux mois et demi.

Seule grosse ombre au tableau, la situation sanitaire est, elle, loin d’être au beau fixe. La semaine dernière, près de 3.000 nouvelles personnes ont été admises en soins critiques, dont plus de 2.000 en réanimations, et plus de 38.000 personnes se sont fait tester positives au coronavirus en moyenne chaque jour sur la semaine écoulée, dans une France confinée et sous couvre-feu. Avec un virus encore aussi actif, quel été peut-on raisonnablement espérer ? 20 Minutes fait le point (et ne fuyez pas, c’est plutôt optimiste).

A quoi risque de ressembler la situation sanitaire ?

Tout dépend à quel moment ce troisième confinement se termine. « Le deuxième confinement par exemple a été arrêté trop tôt, nous laissant sur un plateau haut de 10.000 cas par jour », déplore l’épidémiologiste Antoine Flahault. Un plateau ne permettant pas de totalement relâcher les mesures, ni de se protéger d’un rebond.

Une erreur à ne pas refaire cette fois-ci. Selon l’épidémiologiste, la France a le dispositif en place pour faire chuter les chiffres de l’épidémie : le confinement, pourtant parfois décrié dans cette troisième forme, devrait fonctionner. « Les écoles sont fermées, le télétravail est demandé – et renforcé par la présence des enfants à la maison, les bars et les restaurants sont fermés : les lieux contaminants sont donc sécurisés », liste Antoine Flahault.

Et dans les départements confinés les plus tôt, notamment en Ile de France – et encore, les écoles étaient restées ouvertes – , les premières baisses sont à noter, le taux de positivité des tests retombant au niveau de fin février et continuant à chuter. Le ministre de la Santé Olivier Véran évoquait ce lundi des premiers signes de « frémissement » à « consolider » dans ces départements.

Nul doute pour Antoine Flahault que s’il est maintenu longtemps, ce confinement permettra de faire chuter très bas tous les chiffres du Covid, comme en mai-juin 2020, d’autant plus qu’à côté, la vaccination continue, et montre de réels effets sur le nombre de morts et de réanimations dans les populations vaccinées (notamment chez les plus de 75 ans). Selon les données Santé Publique France, 9.296.131 de Français ont pour l’heure reçu au moins une dose (environ 14 % de la population), dont 3.109.768 patients les deux (environ 4,7 %).

Un été totalement libre est-il possible ?

Selon une étude de l’Institut Pasteur publiée ce mardi, un retour total à la normale n’est envisageable qu'« à l’automne 2021 » et « dépendra de la couverture vaccinale atteinte dans les différents groupes d’âge et des caractéristiques de transmission du virus dominant ». L’étude indique qu’il faudrait vacciner 90 % de la population adulte – et se poser la question pour les mineurs – afin d’atteindre la sacro-sainte immunité collective, la faute à des variants plus contagieux. Olivier Véran évoque lui aussi cet automne pour un retour complet à la normale, le gouvernement maintenant sa volonté de vacciner tous les adultes volontaires d’ici la fin de l’été.

Cela ne signifie pas pour autant que de nombreux verrous pourraient sauter dès les beaux jours. « Si les chiffres sont aussi bas qu’en juin dernier, il n’y aura pas de raison de ne pas vivre un été comme celui de 2020. On peut espérer le retour des restaurants, des bars, des musées, la fin du couvre-feu et des restrictions de déplacement », s’enthousiasme Antoine Flahault, pour qui, « ce confinement, s’il est fait jusqu’à son terme, peut être le dernier ». Preuve en est, les pays avec une très faible circulation du virus n’ont pas attendu de vacciner leur population pour rouvrir les lieux non-essentiels.

D’autant plus que la saison estivale pourrait freiner « naturellement » une potentielle reprise épidémique. Non pas tant en raison de la chaleur que de la limitation des comportements à risque – école naturellement fermée, beaucoup de gens en vacances donc diminution des repas de travail, aération massive des pièces et réunions plutôt dehors que dedans. Selon une autre étude de l’Institut Pasteur, seulement 5 % des contaminations se déroulent en extérieur, et 15 % en intérieur avec aération, laissant 80 % des contaminations s’opérer dans des lieux clos et totalement fermés.

Bien sûr il sera possible de communiquer sur le fait que boire en terrasse est moins dangereux que boire à l’intérieur, « mais avec une population fragile vaccinée et une incidence faible, on peut aussi rouvrir l’intérieur », rappelle l’épidémiologiste. Voire même faire des voyages intra-européens, puisque c’est toute l’Europe qui – ayant pris les mesures adéquates – connaît ou devrait connaître une baisse de la circulation virale dans les prochaines semaines. « Il faudra peut-être interdire certaines destinations précises, comme le Brésil où le variant local fait des ravages, mais avec une bonne coordination des pays à faible incidence, on peut espérer des voyages à l’étranger », conclut-il.

Comment éviter une vague cet automne ?

Si l’été 2020 marquait le retour des jours heureux, ceux-ci furent de courtes durées devant la seconde vague qui balaya la France en octobre et novembre (et qui montait depuis août). Par rapport à cette époque, la vaccination devrait déjà avoir un impact majeur sur les formes graves, les décès et les hospitalisations, ce qui ne veut pas dire que certaines erreurs ne devront pas être évitées. « Il ne faut pas attendre que les hospitalisations ou les réanimations remontent pour prendre des mesures, ce qu’on n’a pas fait l’automne dernier », plaide Antoine Flahault.

Le temps que la vaccination soit totalement efficiente en France avec 90 % des adultes totalement vaccinés, la moindre montée d’incidence « devrait entraîner des réactions, surtout désormais qu’on sait de mieux en mieux identifier les lieux de contaminations ». Vigilance sera donc de mise, afin de pouvoir, cette fois, prolonger le plaisir de l’été.