Vaccination : Pourquoi le vaccin Moderna est-il boudé par les Français ?

CORONAVIRUS Malgré son efficacité et l’absence d’effets secondaires notables, le vaccin américain semble être délaissé en France

Manon Aublanc

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Une fiole contenant des doses du vaccin Moderna (image d'illustration).
Une fiole contenant des doses du vaccin Moderna (image d'illustration). — Charlie Riedel/AP/SIPA
  • Approuvé mi-janvier par l’Union européenne, le vaccin Moderna fait partie des quatre autorisés en France contre le Covid-19. Au 5 avril, 880.502 doses de ce vaccin avaient été injectées dans le pays.
  • Le Moderna est similaire à celui de Pfizer sur la technique utilisée et le taux d’efficacité, mais les doses sont bien moins nombreuses.
  • Alors que la vaccination va accélérer dans les semaines à venir, certains patients semblent plus réticents face au sérum développé par la firme américaine.

Après AstraZeneca, le vaccin Moderna est-il lui aussi boudé par les Français ? Alors que le vaccinodrome du Stade de France à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a ouvert ses portes ce mardi, les créneaux avec du Pfizer/BioNTech ont été pris d’assaut depuis plusieurs jours déjà. En revanche, pour Moderna, plusieurs centaines de rendez-vous restaient disponibles sur Doctolib.fr, ont rapporté nos confrères du Parisien lundi.

« Sans qu’on ne puisse l’expliquer, Moderna a clairement un déficit de popularité », a confié à nos confrères Katy Bontinck, première adjointe au maire de Saint-Denis chargée de la Santé. Méconnaissance du vaccin, doses moins nombreuses, amalgame avec AstraZeneca, technique de l’ARN messager… Plusieurs raisons semblent expliquer l’impopularité du vaccin de la firme américaine.

Moins de doses

Le vaccinodrome du Stade de France est-il une exception ? Pas vraiment. Lundi soir sur BFMTV, Frédéric Adnet, chef de service d’urgences SAMU-SMUR de l’hôpital Avicenne de Bobigny, a lui aussi affirmé qu’il avait constaté « une réticence pour le vaccin Moderna » dans son centre de vaccination. Pourtant, entre le Pfizer et le Moderna, peu de différences :  les deux sérums utilisent la même technologie de l’ARN messager et affichent des taux d’efficacité contre le Covid-19 très proches – 94 % pour Moderna et 95 % pour Pfizer –, ainsi qu’une bonne protection contre les variants. Les deux vaccins étant très similaires, pourquoi le Moderna est-il moins populaire ? En premier lieu, parce qu’il est moins connu.

Approuvé seulement trois semaines après celui de Pfizer/BioNTech, il n’a pas bénéficié de la même campagne de médiatisation : « Celui de Pfizer a été le premier à être approuvé, le premier à être livré, il a été très médiatisé, les gens ont eu énormément d’informations dessus. Moderna, lui, est un peu passé à travers les mailles du filet », explique Michaël Rochoy, médecin généraliste et chercheur en épidémiologie. Si la médiatisation a été moins importante, c’est également le cas du bouche-à-oreille. Avec près de 880.000 doses injectées au 5 avril, selon le site Covidtracker, Moderna est bien loin des chiffres de Pfizer (plus de 9 millions). « La majorité des patients qui se sont fait vacciner ont reçu du Pfizer, donc mécaniquement, il y a plus de gens qui le recommandent », reconnaît Michaël Rochoy.

« Le Moderna est arrivé après le Pfizer, a été moins médiatisé, il y a beaucoup moins de doses en France disponibles, confirme le docteur Jacques Battistoni, président du syndicat de médecins généralistes (MG France). Et en plus, comme c’est un vaccin à ARN messager, il nécessite des conditions de stockages particulières qui font que les médecins ne peuvent pas l’injecter. Pour le moment, il est réservé aux hôpitaux et aux centres de vaccination »,

Un amalgame avec AstraZeneca ?

Pour certains spécialistes, le vaccin Moderna pourrait aussi être une victime collatérale des inquiétudes qui entourent l’AstraZeneca, suspendu dans plusieurs pays européens mi-mars. Après plusieurs cas de caillots sanguins signalés chez des patients vaccinés avec le sérum suédo-britannique, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a lancé une enquête. Et ce mercredi, elle a indiqué que les caillots sanguins devraient être répertoriés comme effet secondaire « très rare » de l’AstraZeneca, tout en estimant que les bénéfices l’emportent sur les risques.

En France, depuis le début de la vaccination mi-janvier, « douze cas, dont quatre décès au total », de ces thromboses rares sont survenus, a indiqué la semaine dernière l’Agence du médicament (ANSM). Le grand public ferait-il l’amalgame entre Moderna et AstraZeneca ? « L’ARS (l’agence régionale de santé) nous dit que Moderna termine aussi en A, comme AstraZeneca… Ça peut se jouer à peu de choses mais ce qui est sûr, c’est que le choix du vaccin semble très important aux yeux du public », a avancé Katy Bontinck dans les pages du Parisien.

« Ce sont très certainement les inquiétudes autour du vaccin AstraZeneca qui ont lancé cette défiance », reconnaît Jacques Battistoni. Pourtant, le vaccin Moderna n’a fait face à aucune inquiétude concernant de possibles effets secondaires graves. Pour Michaël Rochoy, « plus que de la méfiance, c’est plutôt de l’ignorance » qui expliquerait l’impopularité du Moderna.

Mais la situation pourrait rapidement évoluer. A partir de mi-avril, le vaccin Moderna sera produit à Monts, en Indre-et-Loire, par l’entreprise Recipharm, permettant d’augmenter le nombre de doses. Quant à sa distribution, elle pourrait elle aussi s’élargir. Deux syndicats, l’un de médecins généralistes (MG France), l’autre de pharmaciens d’officine (FSPF), ont demandé au gouvernement la semaine dernière  de leur ouvrir l’accès aux vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, non utilisés en ville pour le moment.