Vaccination : « Jeudi à 8h40 ? »… La CPAM de Paris appelle les plus de 75 ans qui peinent à décrocher un rendez-vous près de chez eux

REPORTAGE La Caisse primaire d’Assurance maladie (CPAM) de Paris a lancé mercredi une campagne d’appel téléphonique. Le but : faciliter la vaccination des plus de 75 ans qui n’y avaient pas encore eu accès

Anissa Boumediene
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Sur la plateforme d'appel de la CPAM de Paris, Maryam, agente de l'Assurance maladie, contacte les assurés de plus de 75 ans pour leur proposer un rendez-vous rapide et près de chez eux pour se faire vacciner contre le Covid-19.
Sur la plateforme d'appel de la CPAM de Paris, Maryam, agente de l'Assurance maladie, contacte les assurés de plus de 75 ans pour leur proposer un rendez-vous rapide et près de chez eux pour se faire vacciner contre le Covid-19. — A. Boumediene / 20 Minutes
  • Une campagne d’appels est organisée par l’Assurance maladie pour permettre aux plus de 75 ans qui n’ont pas encore pu se faire vacciner d’avoir un rendez-vous prioritaire près de chez eux.
  • Dans ce cadre, des agents de la CPAM de Paris sont mobilisés pour appeler 6.400 Parisiens et Parisiennes, afin de leur proposer de se faire vacciner dans l’un des 24 centres de la capitale.
  • 20 Minutes s’est rendu sur cette plateforme pour suivre le lancement de la campagne parisienne.

« Bonjour, je suis Maryam de la CPAM de Paris, je vous appelle parce qu’une opération de vaccination contre le Covid-19 est organisée à la mairie du 18e arrondissement, et nous souhaitons vous proposer une aide pour prendre rendez-vous pour vous faire vacciner ». Au siège de la Caisse primaire d’Assurance maladie de Paris, plusieurs agents sont mobilisés dans le cadre d’une campagne d’appels sortants à destination des personnes de plus de 75 ans qui n’ont pas encore été vaccinées.

Emmanuel Macron l’avait annoncé en début de semaine, « accélérer la vaccination, c’est aller vers les plus de 75 ans qui n’ont pas de rendez-vous. Parce qu’ils sont isolés ou se déplacent avec difficulté, les opérateurs de la Caisse d’assurance maladie les appellent pour leur proposer le vaccin ». Alors, la CPAM de Paris s’est mise en ordre de marche pour rapprocher les seniors parisiens de la vaccination anti-Covid. Et 20 Minutes est allé voir comment cette campagne est menée.

« Aller vers » les plus vulnérables et les accompagner dans la vaccination

En pratique, les personnes contactées ont été identifiées « grâce à la base de données des assurés, croisée avec le système d’information vaccin Covid, fichier qui permet de savoir qui a été vacciné », explique Pierre Albertini, directeur général de la CPAM de Paris. Ainsi, « environ 6.400 personnes de plus de 75 ans non vaccinées vont être appelées par nos agents, et 17.000 vont être contactées par SMS », détaille-t-il.

« Cette campagne vise à "aller vers" les populations les plus vulnérables, pour leur proposer des créneaux de prioritaires, sur des plages qui leur sont réservées spécialement, et dans des délais très rapides : le premier rendez-vous est généralement prévu dans la semaine qui suit l’appel. Les agents s’occupent de tout pour chaque personne contactée, et s’adaptent à leurs contraintes, à leurs horaires », souligne le directeur général de la CPAM de Paris. Cette campagne d’appels sortants a été lancée le 31 mars, « en même temps que le numéro national coupe-file annoncé par le chef de l’Etat, rappelle-t-il. Ce sont deux dispositifs complémentaires, qui permettent d’accélérer la couverture vaccinale dans cette tranche d’âge ».

« C’est du Pfizer, Madame »

Sur la plateforme d’appel située au siège de la CPAM parisienne, dans le 19e arrondissement, quatre agents de l’Assurance maladie s’affairent. « La CPAM de Paris pourra, en vitesse de croisière, mobiliser une cinquantaine d’agents », prévoit Pierre Albertini. Distance réglementaire, masque et gel hydroalcoolique à disposition : les gestes barrières restent de mise. En ligne avec une Parisienne octogénaire, Maryam répond à toutes les questions de son interlocutrice : « C’est du Pfizer, Madame », lui indique-t-elle au début de leur échange.

Mais avant de « booker » le rendez-vous, la jeune femme pose les questions d’usage pour s’assurer que la vaccination peut bien avoir lieu. « Vous n’avez pas eu le Covid-19 au cours des trois derniers mois ? Vous n’avez pas été en contact avec une personne ayant le Covid-19 au cours des sept derniers jours ? Vous n’avez aucun vaccin hors Covid ces deux dernières semaines ? » Trois « non » plus tard, tout se met en place. « Parfait, je peux vous proposer un rendez-vous le jeudi 8 avril à 8h40. Vous préférez l’après-midi ? Aucun souci, je peux vous proposer un rendez-vous à 13h05 », rassure Maryam, qui veille à être la plus arrangeante possible. Et elle ne perd pas de temps : dans la foulée, elle propose à l’assurée un créneau pour sa deuxième injection. Ce sera le jeudi 6 mai, à la même heure. « N’oubliez pas votre carte Vitale, vos éventuelles ordonnances en cours, et une pièce d’identité. Je vous souhaite une excellente journée, Madame ! »

Vaccination de proximité

En cinq minutes, l’octogénaire appelée dispose de ses deux rendez-vous, à quelques minutes à pied de son domicile. « Elle était ravie parce qu’elle a 83 ans, vit seule et ne maîtrise pas trop Internet et la prise de rendez-vous sur les plateformes en ligne, expose Maryam. Donc elle attendait notre appel, elle était au courant de la campagne qui vient d’être lancée. Et pour elle, c’est une aubaine : on s’adapte à ses horaires, on prend ses deux rendez-vous dans un centre proche de son domicile. Et elle était rassurée de savoir qu’elle recevrait le vaccin Pfizer ».

Face à Maryam, Felipe enchaîne lui aussi les appels, toujours avec le sourire dans la voix. « A chaque fois, on veille à proposer un rendez-vous vaccinal de proximité, insiste-t-il. C’est au cœur de cette campagne : les gens nous disent qu’ils sont contents de pouvoir se faire vacciner près de chez eux. Certains nous expliquent qu’ils n’avaient jusque-là trouvé que des créneaux dans des centres éloignés de leur domicile ».

« Il s’agit de faciliter les démarches, pas pour de la promotion de la vaccination »

« Il s’agit de faciliter les démarches en leur proposant, parmi les 24 centres de vaccination de la capitale qui administrent des vaccins à ARN messager, des rendez-vous dans celui le plus proche de chez eux. Mais pas de faire la promotion de la vaccination », résume Pierre Albertini. « On est là pour aider et accompagner, pas pour convaincre, abonde Felipe, entre deux appels. Quand les assurés nous font part de leurs doutes et questionnements, on les écoute et on leur répond, on prend le temps pour qu’ils se sentent à l’aise, parce que c’est une décision importante. Et s’ils ont besoin de temps pour réfléchir, on leur propose de les rappeler un peu plus tard. Et quand ils ne veulent pas se faire vacciner, on respecte leur choix ».

Mais globalement, « les gens sont contents d’avoir enfin accès au vaccin », observent Felipe et Maryam, qui appellent chacun entre 120 et 140 assurés chaque jour. Et « c’est très gratifiant pour nous, poursuit Felipe. A la fin de ma journée, je ne suis pas fatigué parce que ces appels génèrent beaucoup d’énergie positive ! »

Et il reste encore beaucoup d’appels à passer : vendredi, 61 % des plus de 75 ans ont reçu leur première dose de vaccin au niveau national, selon du ministère de la Santé. Or, rappelle Pierre Albertini, « l’objectif du gouvernement est d’atteindre pour cette population une couverture vaccinale la plus élevée possible, d’au moins 80 % ». Alors, en plus des appels et SMS envoyés par l’Assurance maladie, chaque assuré de plus de 75 ans peut aussi composer le numéro vert qui vient d’être mis en place pour prendre rendez-vous : le 0800.009.110.