Coronavirus à Toulouse: Des chercheurs mettent au point un test sérologique simplissime et très peu cher

SCIENCES Un chercheur toulousain de l’Inserm a participé à la mise au point d’un nouveau test sérologique permettant de détecter les anticorps anti-Covid-19 sans matériel de pointe et donc à prix discount

Hélène Ménal

— 

Pour ce test, il suffit de prélever une goutte de sang par simple piqûre au bout du doigt.  Illustration.
Pour ce test, il suffit de prélever une goutte de sang par simple piqûre au bout du doigt. Illustration. — Franck Lodi - Sipa
  • Un chercheur toulousain a mis au point avec l’université d’Oxford un test sérologique à très bas coût permettant de détecter les antigènes du Covid-19 avec un matériel rudimentaire.
  • Il est réservé aux équipes de recherche, notamment celles des pays qui ne disposent pas de technologies de pointe.
  • Mais la technique, simple, peut être utilisée pour le suivi d’autres épidémies, la tuberculose par exemple.

A 0,3 centime par test, « c’est le timbre pour envoyer le réactif qui coûte le plus cher ». Etienne Joly, chercheur Inserm à l’Institut de pharmacologie et biologie structurale (IPBS) de Toulouse, fait partie de l’équipe, avec des collègues de l’université d’Oxford, qui a développé un test sérologique « simple et peu onéreux » pour détecter les anticorps dirigés contre le virus du Covid-19. Avec quasiment rien sur la paillasse, si ce n’est une goutte de sang et le fameux réactif lyophilisé mis au point par les Britanniques, en une heure et à l’œil nu, « avec une fiabilité de 90 % », les scientifiques peuvent savoir si le donneur a été en contact avec le virus et a développé une immunité. « Quand on penche les puits, au lieu de s’écouler en larme, les globules rouges positifs agglomérés forment un bouton, ils sont déguisés en gros virus », détaille le chercheur toulousain.

La technique se rapproche de celle utilisée pour déterminer les groupes sanguins. « L’idée d’utiliser la méthode de l’agglutination des globules rouges m’est venue grâce à mes souvenirs de faculté de médecine alors que j’étais coincé chez moi pendant le premier confinement », raconte Etienne Joly. Il pensait notamment à ces pays défavorisés qui n’ont pas le matériel de pointe nécessaire pour suivre la circulation de la pandémie dans leur population. « Je voulais un test qu’on puisse faire sur un capot dans la brousse », dit-il. Le pari est quasiment gagné puisque des envois de réactifs sont déjà partis dans des laboratoires de recherche en Afrique, en Amérique du Sud ou Sri Lanka.

Uniquement pour la recherche

Mais vous ne le trouverez probablement jamais dans votre pharmacie du coin de la rue. Car le réactif n’a pas conçu pour une utilisation grand public, ni breveté à des fins commerciales. Le test n’a pas non plus, fait l’objet d’une onéreuse étude clinique qui aurait pris aussi des mois en paperasse. L’équipe a opté pour la publication scientifique, validée par les pairs. « Pour l’heure, nous envoyons gratuitement le réactif à tous les laboratoires de recherche qui en font la demande », insiste le chercheur.

Son horizon reste vaste dans le monde d’après. A Oxford, l’équipe a déjà produit un réactif permettant de détecter tout aussi facilement le variant sud-africain du virus. « Surtout, souligne Etienne Joly, en modifiant la protéine du réactif, le test pourra être adapté pour détecter les anticorps contre le virus du sida ou le bacille tuberculeux, deux pathologies bien plus graves que le Covid-19 et qui causent encore des millions de nouveaux cas par an. »