Congé menstruel : Les Françaises y sont favorables à 68 %

INFO « 20 MINUTES » Selon un sondage exclusif Ifop pour « 20 Minutes » et Eve and co, 30 % des Françaises sont ou ont été par ailleurs touchées par la précarité menstruelle  

Aude Lorriaux

— 

Une serviette hygiénique à ailettes remplie de sang de règles.
Une serviette hygiénique à ailettes remplie de sang de règles. — Anne Jea. / CC BY-SA (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)

Et si on s’arrêtait un jour ou deux, le tout remboursé par la Sécurité sociale, quand on a ses règles ? 68 % des Françaises sont favorables à la mise en place d’un congé menstruel, selon un sondage exclusif Ifop pour 20 Minutes et Eve and co, une marque de culottes menstruelles (voir méthodologie en encadré). Une étude qui révèle aussi que 30 % des femmes qui ont déjà eu leurs règles ont souffert ou souffrent de précarité menstruelle, alors que la ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé le mois dernier la mise en place de protections périodiques gratuites à la rentrée prochaine pour les étudiantes.

Interrogées sur ce qui leur est déjà arrivé de faire par manque d’argent, 24 % des femmes indiquent avoir utilisé moins de protections périodiques que ce qu’elles auraient dû utiliser, 19 % estiment avoir dû choisir entre l’achat de protections périodiques et un autre achat de première nécessité, 18 % n’ont tout simplement pas pu acheter de protections périodiques, et, tout aussi inquiétant, 15 % révèlent avoir dû fabriquer elles-mêmes leurs protections périodiques. Au total, 30 % des femmes interrogées indiquent avoir connu une forme de précarité menstruelle. Sans surprise, ce sont les jeunes femmes et les femmes pauvres les plus touchées : chez les 20 à 29 ans, le chiffre monte à 37 %, et même à 48 % chez les femmes gagnant moins de 900 euros par mois.

« La précarité menstruelle a de multiples visages. Personnes SDF, travailleuses pauvres, étudiantes, familles monoparentales… le fléau de la précarité menstruelle est omniprésent et occasionne des risques psychologiques et physiques graves : perte de confiance en soi, sentiment de gêne ou de honte ; infections, maladies parfois même mortelles (par exemple dans les pires cas du syndrome du choc toxique) », commente Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice et directrice générale de l’association Règles élémentaires.

Un congé menstruel, une fausse bonne idée ?

Face à ces difficultés d’accès, les Françaises se révèlent très largement favorables à un ensemble de mesures testées par l’Ifop. La mise en place de distributeurs gratuits de protections hygiéniques dans les établissements publics est plébiscitée à 92 % et à 90% dans les entreprises. Le remboursement par la Sécurité sociale de toutes les protections hygiéniques pour toutes les femmes est souhaité à 81 %. Et dans une moindre mesure, mais remportant une très large adhésion tout de même, 68 % des femmes se déclarent favorables à une mesure encore plus radicale, le congé menstruel, « c’est-à-dire une période pendant laquelle une personne qui souffre de règles douloureuses peut prendre un ou plusieurs jours de congé maladie ». Les 15 à 19 ans y sont même favorables à 78 %.

L’idée d’un congé menstruel ne fait pourtant pas consensus chez les féministes, y compris celles qui ont le plus porté le sujet de la précarité menstruelle. Ophélie Latil, fondatrice des Georgettes Sand, estime que « plutôt que de donner des congés menstruels on ferait mieux d’augmenter la prise en charge des ostéopathes, qui soignent les douleurs de règles. Les douleurs menstruelles ne sont pas une fatalité ». Et d’ajouter : « Le congé menstruel essentialise les femmes parce qu’il associe les règles à la douleur, et cela ajouterait une méfiance supplémentaire dans le cas d’embauche de femmes en entreprises. On est déjà suffisamment discriminées »

La gratuité pourrait augmenter l’effet « jetable »

Une opinion que ne partage pas Elise Thiébaut, autrice de Ceci est mon sang, un des livres qui a contribué à mettre le sujet des règles sur la place publique. La journaliste et écrivaine se déclare en faveur d’un tel congé : « Si 68 % le demandent, c’est bien que cela correspond à un besoin ressenti. Il faut étendre les droits comme on a encadré le travail de nuit ». Elise Thiébaut est par ailleurs agréablement surprise par le grand nombre de femmes qui se déclarent en faveur de protections périodiques gratuites : « C’est un énorme pas en avant. Quand j’ai sorti mon livre, et que je disais que j’y étais favorable, les gens écarquillaient les yeux. Cela montre que la honte et le sentiment d’illégitimité attachés aux règles sont en voie de diminution. »

Tara Heuzé-Sarmini prévient cependant : « En choisissant la gratuité universelle, on prend le risque de créer une dépendance au jetable : toutes les expérimentations de gratuité, en France, en Angleterre, en Écosse, aux États-Unis, se sont faites sur la base de produits jetables. Subventionner massivement ces produits se ferait au détriment de l’innovation, notamment dans les protections hygiéniques réutilisables, pourtant plus respectueuses du corps et de l’environnement. »

Vers plus de culottes menstruelles ?

Entre autres résultats, l’étude indique aussi que plus de la moitié des femmes n’ont jamais pratiqué de pénétration vaginale pendant leurs règles (55 %). « Il y a un frein psychique parce que c’est stigmatisé, on est élevé et conditionnés à considérer que c’est dégueulasse », commente Elise Thiébaut. Presque la moitié des femmes (42 %) n’ont par ailleurs jamais porté de maillot de bain pendant leurs règles, et 39 % ne portent jamais de robe ou de jupe.

Pour leur protection menstruelle, les femmes privilégient le côté pratique (79 %) et le confort (82 %), mais aussi le côté sain (66 %) ou le fait d’éviter un choc toxique (61 %) parmi les éléments déterminants de leur choix. Le souci de l’environnement n’est déterminant que pour 33 % des Françaises, qui sont d’ailleurs très peu nombreuses à utiliser des serviettes lavables (4 %), des « cup » réutilisables (3 %) ou des culottes menstruelles (7 %). Mais cela pourrait bientôt changer, car 69 % de femmes seraient « disposées à utiliser des culottes menstruelles ». Un bon signe pour les fabricants, de plus en plus nombreux sur un marché en plein essor, et pour l’environnement.

 

Méthodologie
L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 009 femmes, représentatif de la population féminine française âgée de 15 à 49 ans. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas au regard de critères sociodémographiques, socioprofessionnels et géographiques. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 18 au 19 mars 2021.