Coronavirus : « Me voilà vacciné à 31 ans »… Pour ne pas gaspiller, ils ont reçu leur première dose avant d’être éligibles

EPIDEMIE Plus jeunes et sans comorbidités, des Françaises et des Français ont d’ores et déjà reçu leur première dose de vaccin anti-Covid

Anissa Boumediene
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Certaines personnes ont été vaccinées avant d'y être éligibles, afin d'éviter que des doses inutilisées de vaccin anti-Covid ne soient perdues.
Certaines personnes ont été vaccinées avant d'y être éligibles, afin d'éviter que des doses inutilisées de vaccin anti-Covid ne soient perdues. — SYSPEO/SIPA
  • Alors que pour l’heure, seuls les plus de 70 ans, les plus de 50 ans avec comorbidités et les soignants sont éligibles à la vaccination, certaines personnes jeunes et en bonne santé ont déjà reçu une dose de vaccin contre le Covid-19.
  • En centre de vaccination, en cabinet ou en officine, ils ont été inoculés avant l’heure.
  • Il s’agit de doses qui n’avaient pas trouvé preneurs et qui auraient fini à la poubelle le cas échéant.

Vacciner massivement, rapidement, et en priorité les plus vulnérables face au Covid-19. Telle est la stratégie du gouvernement qui, faute de doses en nombre suffisant pour vacciner dès à présent la totalité des plus de 18 ans, a établi les publics prioritaires : les plus de 75 ans – et depuis cette semaine les plus de 70 ans – , les plus de 50 ans avec comorbidités et les soignants. Mais en pratique, certains arrivent à recevoir leur première dose alors même qu’ils ne sont pas encore éligibles.

Scandale ou passe-droit ? Rien de cela. Alors que tous les pays du globe cherchent​ à se procurer des vaccins anti-Covid, pas question en France que la moindre dose ne finisse à la poubelle. Alors, les vaccinateurs passent en mode zéro-gaspi et permettent à quelques chanceux de recevoir une injection plus tôt que prévu pour éviter de jeter des doses non utilisées.

« C’est une mesure de bon sens »

Dans son cabinet comme dans le centre de vaccination où il officie, le Dr Jean-Louis Bensoussan, médecin généraliste et vice-président de l’URPS Occitanie, prend ses rendez-vous dans le strict respect des cibles éligibles : « Les plus de 70 ans, et les plus de 50 ans avec comorbidités, précise-t-il. Mais quand on organise la vaccination de plusieurs dizaines de personnes sur une demi-journée et qu’une se désiste à la dernière minute, évidemment, on essaye de trouver quelqu’un à qui injecter la dose, c’est une mesure de bon sens. Soit on appelle des patients, soit, si c’est en fin de journée et qu’on n’a personne, on vaccine le personnel ou des bénévoles du centre de vaccination, même s’ils sont plus jeunes et en bonne santé, donc pas encore éligibles. Ce qui est arrivé à deux ou trois reprises ».

Parfois, être au bon endroit et au bon moment suffit. « Nous nous sommes présentés avec mon mari au centre de vaccination un quart d’heure avant la fermeture, et il restait des doses de Pfizer, donc nous avons été vaccinés, indique Marie-Christine, 73 ans. Et comme il en restait encore, le secrétariat du centre nous a demandé si on avait des proches souhaitant se faire vacciner. Donc nous avons appelé un couple d’amis, qui est venu. Cela a permis de ne perdre aucune dose ».

Chantal, elle, ne faisait qu’accompagner son mari pour sa première injection, quand « un homme, qui venait lui aussi pour son vaccin, n’a pas pu le faire car il avait trop d’allergies. Le docteur m’a proposé de le faire pour ne pas jeter la dose, et j’ai accepté tout de suite ». A 44 ans, Sandrine n’est pas encore éligible malgré la sclérose en plaques dont elle souffre. « Mais ce matin, j´ai accompagné ma maman âgée de plus de 75 ans dans un centre. J’ai tenté ma chance auprès du médecin en lui disant que s’il avait une dose en trop, j’étais volontaire. J’ai attendu un peu, et après plusieurs annulations, j’ai reçu ma première injection, pour mon plus grand soulagement ».

« Me voilà vacciné à 31 ans »

Une politique antigaspi valable aussi dans les cabinets médicaux. « On extrait 11 à 12 doses par flacon d’AstraZeneca, et s’il m’en reste une, j’appelle des patients de ma liste d’attente pour qu’ils viennent illico. A partir du moment où le flacon est ouvert, on est très limité par le temps, donc autant vacciner quelqu’un, même non éligible », estime le Dr Bensoussan. Ainsi, Michaël a été l’un des tout premiers à recevoir le vaccin en ville. « C’était le premier jour où les médecins pouvaient vacciner dans leur cabinet, se souvient le jeune homme. Mon médecin traitant m’a interpellé dans la rue. Il venait tout juste de vacciner ses dix patients et m’a fait savoir qu’il lui restait un fond de flacon. J’ai préféré faire vacciner ma belle-mère, à risque mais pas encore éligible. Je l’ai accompagnée chez mon médecin qui, après l’avoir piquée, pouvait encore extraire une dose du flacon. Il m’a dit : "c’est maintenant ou je la jette". Alors me voilà vacciné à 31 ans avec AstraZeneca ».

Yoann, 35 ans, n’avait pas prévu non plus de se faire vacciner si tôt. « J’avais rendez-vous chez le médecin, son dernier de la journée, et il lui restait une dose car un patient n’était pas venu. Il savait que je travaille en contact avec du public et que je souhaitais me faire vacciner. C’est une bonne opération pour tout le monde puisque, comme j’ai déjà eu le Covid-19 il y a quelques mois, je n’ai besoin que d’une seule dose ».

« Ce qui est pris n’est plus à prendre »

Il y a trois semaines, Thomas, 38 ans, et son épouse ont été vaccinés. « J’ai reçu cette dose à l’improviste, par ma belle-sœur qui est médecin. C’était la fin de la journée, et il lui restait deux doses d’AstraZeneca : deux personnes âgées s’étaient désistées, préférant recevoir le vaccin Pfizer. La logique veut que ce qui est pris n’est plus à prendre : nous n’avons pas volé la place d’une personne prioritaire, et ça nous aurait fait mal au cœur que ces doses soient perdues ».

Idem pour Sabine, 38 ans. « Je suis traitée depuis un an pour un cancer du sein de grade 3, mais je n’ai pas de chimiothérapie, donc je ne suis pas éligible, explique-t-elle. Il y a trois semaines, une amie médecin m’a proposé de faire la première injection d’AstraZeneca, car de nombreuses doses n’étaient pas utilisées. J’ai un peu hésité, je ne voulais pas être taxée d’avoir un passe-droit, mais j’ai accepté, car même si je ne suis pas dans le public prioritaire, je suis très fragilisée physiquement ».

« J’ai reçu ma première dose, mais sans prendre la place d’une personne prioritaire »

Dans les officines non plus, pas question de gâcher. A la Pharmacie 164, dans le 12e arrondissement de Paris, « les patients peuvent s’inscrire sur une liste d’attente via notre appli ou sur place, explique la pharmacienne, qui a commencé à vacciner le 15 mars. Hier tout le monde est venu, je n’ai eu aucune annulation. Mais quand il me reste une ou deux doses à la fin de la journée, le but c’est de tout faire pour ne pas les perdre ». Alors, quand elle appelle un chanceux de sa liste d’attente, la pharmacienne sait qu’elle fait un heureux. « Un patient m’a dit que j’étais une héroïne », plaisante-t-elle.

Bénédicte, 59 ans et sans comorbidité, fait partie des chanceux appelés par leur officine. « Hier à 15h30, je suis allée à la pharmacie pour dire que je souhaitais être vaccinée. Evidemment, sans prendre la place d’une personne prioritaire, précise-t-elle. A 17h, on m’a appelée pour me dire de venir et hop, j’ai reçu ma première dose ! »