Coronavirus : Avec son confinement « aéré », le gouvernement veut-il éviter à tout prix un burn-out collectif ?

SANTE MENTALE En novembre dernier, Olivier Véran avait mis en garde face à la menace d’une « troisième vague, qui serait celle de la santé mentale »

Manon Aublanc
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Un confinement
Un confinement — Ludovic MARIN / AFP
  • Depuis plusieurs mois, les spécialistes alertent sur les effets néfastes du confinement sur la santé mentale des Français.
  • Une réunion sur le sujet se tenait ce lundi après-midi à Matignon, autour du Premier ministre, Jean Castex, et du ministre de la Santé, Olivier Véran.
  • En choisissant la semaine dernière un confinement beaucoup plus léger que celui de mars 2020, l’exécutif a-t-il choisi de protéger la santé mentale des Français ?

C’est l’autre aspect de l’épidémie qui inquiète les autorités :  la santé mentale des Français. Une question prise très au sérieux par le gouvernement, qui devait être abordée ce lundi après-midi à Matignon, lors d’une réunion à laquelle participent le Premier ministre, Jean Castex, et le ministre de la Santé, Olivier Véran, pour préparer un plan d’action.

La semaine dernière, avant l’annonce du gouvernement de nouvelles mesures dans 16 départements, plusieurs spécialistes avaient fait part de leur inquiétude sur les conséquences d’un nouveau confinement sur la santé mentale des Français. Finalement, l’exécutif a choisi un entre-deux :  confiner sans enfermer, une solution qui pourrait éviter un burn-out collectif.

L’extérieur comme remède

Face à la menace d’une « troisième vague qui serait celle de la santé mentale », comme l’avait alerté en novembre Olivier Véran, le gouvernement semble donc avoir décidé de lâcher du lest, en permettant aux Français concernés de « se promener, s’aérer ou faire du sport » dans un rayon de 10 kilomètres, sans limite de temps, entre 6h et 19h. « Le fait d’être enfermé, c’est appauvrissant. Les activités physiques, ou même les simples sorties, sont essentielles pour évacuer le stress, se détendre, se reconnecter à la nature. C’est d’ailleurs ce qu’on recommande en santé mentale chez les patients stressés », note Wissan El Hage, psychiatre au CHRU de Tours et codirecteur de l’équipe « Psychiatrie Neurofonctionnelle » de l’INSERM.

« On a toujours tendance, en France, à mettre d’un côté le cerveau et de l’autre le reste du corps et les muscles. C’est une grossière erreur, ils marchent ensemble, ils communiquent », a expliqué le cardiologue François Carré à l’AFP, alertant sur la sédentarité, une « bombe à retardement » avec des « gens qui ont perdu l’habitude de bouger ».

Pour Viviane Kovess-Masféty, psychiatre et épidémiologiste, c’est d’ailleurs un choix très clair du gouvernement auquel on assiste : « Ça va avoir un impact bénéfique sur le moral des Français. D’ailleurs, c’est fait pour ça, c’est explicite. Si on se place d’un point de vue épidémiologique, ce n’est clairement pas la réponse la plus adaptée. L’exécutif a privilégié l’aspect humain ».

« L’acceptabilité » des mesures

Les chiffres du premier confinement parlent d’eux-mêmes : en mars 2020, près de 20 % des Français se disaient en dépression, selon l’enquête CoviPrev mis en place par Santé publique France pour évaluer la santé mentale de la population. « Le premier confinement était très dur pour un grand nombre de Français. Ça a été un choc, on ne savait pas à quoi s’attendre, ça donnait des représentations monstrueuses autour de cette pandémie », décrypte Wissan El Hage. « Tout le monde a connu un confinement ferme. Aujourd’hui, c’est presque un soulagement, même s’il y a encore des privations de liberté. Le gouvernement a essayé de faire quelque chose qui est le moins angoissant possible », analyse de son côté Viviane Kovess-Masféty.

Et si la pilule semble mieux passer, c’est aussi parce que le gouvernement a choisi un confinement « sur-mesure », uniquement dans les territoires confrontés à une flambée épidémique. Une territorialisation qui a rendu ces mesures plus compréhensibles pour l’opinion publique, et donc plus faciles psychologiquement : « En fonction des villes, on ne joue pas dans la même cour. Dans les endroits où il y a peu de cas, les gens auraient eu du mal à comprendre qu’on confine », estime Viviane Kovess-Masféty. « C’est plus acceptable de mettre en place un confinement qui n’est pas un enfermement et d’essayer en parallèle de bien expliquer l’objectif : la réduction des contacts », expliquait dès dimanche dernier l’épidémiologiste Pascal Crépey  à 20 Minutes, avançant que le gouvernement avait pris en compte « l’acceptabilité » des mesures.

Une troisième vague psychologique ?

D’un Français à l’autre, les conséquences de l’épidémie sur la santé mentale sont très différentes, en fonction des catégories sociologiques, géographiques ou démographiques : « Il y a quelque chose sur lequel il faut être vigilant quand on parle "des Français". Entre l’étudiant, l’adolescent ou la personne âgée, les gens sont dans des situations psychologiques assez différentes. Il y a des populations bien plus à risques que d’autres, les conséquences ne sont pas les mêmes pour tout le monde », met en garde Viviane Kovess-Masféty. Pour Wissan El Hage, les conséquences psychologiques de l’épidémie pourraient durer plusieurs mois, voire plusieurs années : « Il y a différentes situations à risques, comme la précarisation, l’isolement ou l’addiction. Si ces risques persistent dans le temps, on craint que l’état psychologique de certaines personnes - anxiété, dépression, suicide – se dégrade plus longuement. »

Va-t-on donc assister à une « troisième vague, qui serait celle de la santé mentale » ? Non, selon Viviane Kovess-Masféty. « On confond tout, on confond la détresse psychologique, c’est-à-dire le mal-être, avec les maladies mentales. La détresse psychologique, c’est banal, ça touchait déjà un quart des Français avant l’épidémie, c’est passager », analyse la chercheuse, qui estime que l’anxiété de certains disparaîtra avec le retour à la vie « normale ».

« Ceux qui ont vu leur santé mentale se dégrader, ce sont ceux qui allaient mal avant l’épidémie. Les gens qui vont bien sont assez résistants, y compris aux problèmes psychologiques » conclut-elle. L’exécutif, qui a fait du sujet l’une de ses priorités, devait étudier plusieurs pistes ce lundi, comme « la gestion du stress en télétravail, l’isolement des plus précaires ou encore la création d’un dispositif d’aide gratuite pour l’accompagnement psychologique », rapportent nos confrères du Parisien.