Confinement : Les nouvelles mesures peuvent-elles se montrer efficaces ?

CORONAVIRUS Un confinement d'un nouveau genre débute dès ce vendredi soir dans 16 départements français

Jean-Loup Delmas
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Contrôle de police et du respect des mesures sanitaires dans Paris, illustration.
Contrôle de police et du respect des mesures sanitaires dans Paris, illustration. — Jacques Witt/Sipa
  • Un nouveau confinement est mis en place à partir de ce vendredi minuit pour 16 départements français.
  • Ce confinement est néanmoins très différent du confinement de novembre et encore plus de celui de mars.
  • Petit récapitulatif des mesures avec leur chance - ou non - de ralentir l’épidémie.

La sentence est tombée ce jeudi soir lors du point hebdomadaire du Premier ministre Jean Castex et du ministre de la Santé Olivier Véran sur la situation sanitaire. En raison d’une forte circulation du coronavirus avec une incidence frôlant ou dépassant les 400 cas pour 100.000 habitants dans ces zones et un taux d’occupation des lits de réanimation se rapprochant des 100 %, 16 départements français (les huit départements d’Île-de-France, les cinq des Hauts-de-France, l’Eure, la Seine-Maritime et les Alpes-Maritimes) connaîtront un nouveau confinement à partir de ce vendredi minuit et pour une durée de quatre semaines minimum. Mais loin de ressembler à celui de mars ou de novembre, ce confinement s’accompagne de nouvelles règles. Une « troisième voie », comme l’a nommé le Premier ministre.

Ces nouvelles mesures peuvent-elles fonctionner, et sont-elles pertinentes pour lutter contre l’épidémie ? Petit tour d’horizon de la troisième voie.

Sortie illimitée en temps et dans un rayon de dix kilomètres du domicile

Contrairement au premier et au second confinement, il sera possible d’être dehors, sous couvert d’avoir rempli une attestation de sortie, pour une durée de temps illimité, et dans un rayon de dix kilomètres autour du domicile. Une mesure qui va dans le sens de nombreuses études attestant que l’extérieur et les zones très aérées réduisent énormément le risque de contamination par le coronavirus, et que l’écrasante majorité des transmissions se fait dans les lieux clos. Une étude ComCor de l’Institut Pasteur sorti en mars 2021 indiquait que seulement 5 % des contaminations étudiées s’étaient faites en extérieur (15 % en intérieur avec fenêtre ouverte, et 80 % en lieu clos fermé).

Pour le chercheur en épidémiologie Michaël Rochoy, cette mesure va donc dans le bon sens, même si plus de communication n’aurait pas été de trop : « On pourrait par exemple expliquer qu’il est mille fois préférable de voir quelqu’un dans un parc que chez lui ou chez soi. Montrer ce qu’on peut faire au lieu de citer ce qu’on ne peut pas faire. Mais autoriser le dehors, et commencer - enfin - à communiquer dessus, est essentiel, tant pour l’adhésion de la population que pour limiter les rassemblements en lieu clos. » Selon le médecin, la limite des dix kilomètres, ou même l’attestation à remplir, « n’ont pas vraiment de sens. On fait du dehors une zone réglementée alors que c’est l’intérieur qu’il faudrait mieux contrôler. »

Les écoles restent ouvertes, demi-jauge dans les lycées

Comme lors du second confinement, et contrairement au premier, les écoles restent ouvertes avec un passage en demi-jauge dans les lycées. Une volonté claire du gouvernement, et contraire à ce qu’ont fait la plupart des autres pays confinés. À tort ? Michaël Rochoy : « On peut très bien garder les écoles ouvertes, mais si on reconnaît que c’est un lieu clos et donc un cluster potentiel, il faut mettre le paquet dessus en interdisant les moments sans masques. » Comprendre notamment, la cantine. Faire des repas dehors, inciter les parents à prendre une plus longue pause déjeuner pour aller faire manger les enfants hors de l’école, préparer des box, séparer les groupes… Les idées ne manquent pas. « Mais tant qu’il y aura des repas en cantine, il y aura un brassage du virus, qui vient ensuite dans les familles », déplore le médecin. Pour lui, le retour du sport en intérieur et l’augmentation de petit-déjeuner à l’école voulu par le gouvernement sont par contre « un non-sens total compte tenu de ces facteurs ».

Le télétravail quatre jours sur cinq minimum

« Toutes les entreprises et administrations qui le peuvent » doivent pousser « au maximum » le télétravail pour le mettre en place « au moins quatre jours sur cinq », a précisé Jean Castex, indiquant que les contrôles allaient être renforcés à ce sujet, mais sans obligation. Toujours selon l’étude de l’Institut Pasteur, le télétravail joue un rôle protecteur (-24 % de risque de contamination pour le télétravail partiel, -30 % pour le télétravail total par rapport à des personnes effectuant le même travail en bureau). « Pour les contaminations hors foyer (58 % des contaminations quand la personne source est connue), il s’agit avant tout de contaminations dans le cercle familial (38 %), puis dans le milieu professionnel (27 %) », cite également l’étude.

Michaël Rochoy abonde : « C’est une très bonne mesure, même si une fois encore, ça manque de communication autour du vrai problème, les moments sans masque. Les repas partagés, les pauses-café, enlever son masque pour sourire à son collègue… »

Interdiction de déplacement interrégion

Les déplacements interrégionaux seront interdits pour les habitants des 16 départements concernés, sauf motif impérieux ou professionnel. On ne peut ni sortir ni rentrer de ces territoires sans ces motifs.

Michaël Rochoy y voit plus « une mesure qui en jette sur le papier » qu’une mesure réellement efficace. Il explique : « Ce qui compte, c’est de ne pas transmettre le virus. Lors de la première vague, de nombreux résidents d’Île-de-France avaient quitté la région, mais en respectant les gestes barrières, cela n’avait pas exporté l’épidémie ailleurs. Ce qu’il faut, c’est éviter les contaminations, pas ne pas se déplacer. Il est normal que des gens ne veuillent pas rester dans des chambres de bonne pendant trois mois… »

Fermeture des commerces non-essentiels

110.000 commerces vont fermer dans les 16 départements concernés. Ne seront ouverts que les commerces dits essentiels ainsi que les librairies, les coiffeurs et les disquaires (ne nous demandez pas pourquoi). Pour Michaël Rochoy, c’est une occasion manquée : « Cette mesure peut avoir du sens, mais il aurait une fois encore fallu expliquer la différence entre lieux clos et extérieur, l’importance de l’aération, l’impact des aérosols dans la transmission ».

Le couvre-feu passe à 19 heures ce samedi à l’échelle nationale

En raison de l’heure d’été, le couvre-feu passe à 19 heures ce samedi sur l’ensemble du territoire. Une mesure logique selon Michaël Rochoy : « Le confinement du soir n’a de toute façon pas de sens, il ne sert qu’à limiter les apéritifs et les repas partagés en lieu clos, mais là encore, au lieu de confiner bêtement le soir, il aurait fallu faire une communication positive sur "voyez-vous dehors" et "évitez les rassemblements en lieux clos" ». Selon lui, on peut même totalement supprimer le couvre-feu, tant qu’on insiste sur l’absence de visite en intérieur.