Journée du sommeil : Quels signes doivent alerter sur l’apnée du sommeil ?

DOUCE NUIT A l'occasion de la Journée du sommeil ce vendredi, « 20 Minutes » se penche sur cette pathologie méconnue

Oihana Gabriel

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Illustration d'une femme en train de dormir.
Illustration d'une femme en train de dormir. — Pixabay
  • Ce vendredi, c’est la Journée du sommeil. L’occasion de rappeler l’importance de nuits complètes et calmes pour mieux traverser cette période.
  • Mais si certains savent que leurs insomnies ont à voir avec leur stress, d’autres ignorent que leur fatigue chronique peut être due à une apnée du sommeil.
  • Une maladie difficile à diagnostiquer par manque de médecins spécialistes du sommeil et de centres où réaliser les examens. Mais des nouveautés devraient aider à sensibiliser et à mieux diagnostiquer cette pathologie, qui touche 5 % des adultes en France.

Cette année de confinement a rimé avec insomnies et fatigue pour de nombreux Français. Notamment les jeunes. Selon une enquête d’ Opinion Way* pour Heyme, 55 % d’entre eux déclaraient en effet rencontrer des problèmes de sommeil, et 38 % lient ces problèmes au stress.

Certes, le manque de sport, de grand air et, pour certains, la détresse psychologique n’aident pas à tomber dans les bras de Morphée. Mais comment savoir si, au-delà du contexte, on ne souffre pas d’apnée du sommeil ?

A partir de quand parle-t-on de pathologie ?

L’apnée du sommeil touche environ 5 % de la population adulte, et 80 % des patients ne sont pas diagnostiqués. Car la nuit, si tout se passe bien, on dort ; compliqué, donc, de se rendre compte qu’on fait des pauses respiratoires… « C’est une maladie assez insidieuse, ce qui la rend difficile à percevoir par le sujet, assure Pierre Escourrou, cardiologue et somnologue au centre interdisciplinaire médical du sommeil à Paris. En général, les gens ne rattachent pas les problèmes de la journée à la nuit. »

Si tout le monde fait de l’apnée de manière raisonnable la nuit, seuls certains en souffrent au quotidien. « Cela devient pathologique quand l’obstruction des voies aériennes supérieures se fait pendant 10 secondes minimum et de manière répétée (au moins cinq fois par heure) », précise Gilles Besnainou, ORL à Paris (8e) spécialiste de l’ apnée du sommeil.

Conséquence : on se réveille pâteux… « La principale complication, c’est la somnolence, reprend Gilles Besnainou. Notamment au volant : un quart des accidents sont dus à l’apnée du sommeil. » Deuxième risque, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires. « L’arrêt de la respiration va provoquer une chute d’oxygène dans le sang, détaille Pierre Escourrou. Le cœur étant moins bien oxygéné, cela crée un dépôt d’athérome dans les artères, qui peut boucher les vaisseaux. » Et augmente donc le risque d’AVC et d’infarctus.

Les signes qui doivent alerter

D’où l’intérêt de vérifier que vous ne souffrez pas de cette pathologie. La première personne à consulter n’est sans doute pas votre généraliste, mais la personne (s’il y en a une) qui partage votre couche. Car si votre ronflement s’interrompt pendant dix secondes, votre partenaire peut s’en étonner (voire s’en réjouir). « L’apnée du sommeil, c’est souvent un diagnostic du conjoint ! », s’amuse d’ailleurs l’ORL. Il arrive aussi que votre inconscient vous mette sur la piste : « Les apnéiques font souvent des cauchemars d’étouffement, de noyade », reprend ce dernier. Ou se réveillent en sursaut et à bout de souffle.

Si l’apnée est légère, c’est moins évident de mettre le doigt dessus. D’autres signaux peuvent alors mettre sur la piste. « Le patient peut se réveiller avec des maux de tête, avec l’impression de ne pas avoir dormi ou il se lève pour faire pipi deux à trois fois par nuit, poursuit Gilles Besnainou. Car quand vous faites de l’apnée, vous sécrétez une hormone diurétique »

Les personnes en surpoids, qui fument et qui ronflent sont davantage concernées par cette pathologie. « La prise de poids est un facteur aggravant, car la graisse va se déposer au niveau de la gorge et rétrécir la filière respiratoire, explique l’ORL. Ce qui joue également, c’est l’alcool, un bon gueuleton et les somnifères, car ils relâchent les muscles du pharynx. »

Des nouveautés pour améliorer dépistage et suivi

Quelle est la démarche à suivre pour vérifier que vous n’êtes pas concerné ? Aller passer une nuit dans un centre du sommeil, électrodes sur le corps, pour voir d’où viennent vos problèmes d’insomnies ou de fatigue chronique. « Le problème, c’est qu’on n’a pas beaucoup de centres en France, avec du coup un retard dans la prise en charge, regrette Pierre Escourrou. Surtout qu’en cette période d’épidémie de Covid-19, beaucoup évitent l’hôpital… » Et mettent sur le dos de l’angoisse ambiante leurs problèmes de sommeil. Certains peuvent tout de même réaliser les examens en ambulatoire.

Si obtenir ce diagnostic reste complexe, le dépistage devrait s’améliorer prochainement. « Jusqu’à peu, il n’y avait pas de spécialistes du sommeil, explique Pierre Escourrou. Dans le cursus de médecine, cette spécialité a été créée en 2017 et dure quatre ans. » La première promotion est donc attendue prochainement dans les cabinets.

Autre nouveauté : les objets connectés se multiplient pour veiller sur nos nuits. Applications Iphone, bandeau sur la tête,masque de nuit,montre Scanwatch, sous-matelas Withings proposent un screening de la respiration, du pouls, des phases du sommeil… Certains - pas tous - ont été validés scientifiquement. « On ne peut pas considérer que le résultat est une certitude, prévient Pierre Escourrou. Mais ils peuvent servir à dépister et à donner une première évaluation. Cela permet d’objectiver l’apnée. »

À condition de ne pas être perturbé par son portable ou un objet qui envoie des ondes depuis la table de nuit… « Moins c’est intrusif, mieux c’est », reconnaît le spécialiste. Qui pointe un autre intérêt : ces objets connectés enregistrent vos paramètres pendant plusieurs nuits, en vie réelle. Ce qui est plus représentatif qu’une seule nuit dans un centre du sommeil. « La maladie n’est pas constante d’une nuit à l’autre, prévient le cardiologue. On peut supposer que de plus en plus de gens qui se posent des questions sur leur sommeil pourront, grâce à ces outils, avoir des éléments objectifs à apporter au médecin. » Le suivi des traitements pourrait aussi être amélioré : « avec des données collectées sur plusieurs semaines, cela permettra de voir s’ils sont efficaces ». De quoi dormir sur ses deux oreilles ?

* Enquête Heyme et OpinionWay réalisée sur un échantillon de 1005 étudiants de 16 ans et plus, représentatifs de cette population du 21 au 29 septembre 2020.