Nouvelle-Aquitaine : La spiruline, nouvel or vert pour le territoire ?

SANTE La production de la spiruline, une microalgue présentée parfois comme un super-aliment, ne cesse d’augmenter en Nouvelle-Aquitaine ces dernières années

Mickaël Bosredon

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De la spiruline en poudre
De la spiruline en poudre — HélicA
  • La région compte de plus en plus de producteurs de spiruline.
  • Cette microalgue de la famille des cyanobactéries est un des organismes les plus riches en protéines de la planète.
  • Attention toutefois à la grande diversité de qualité de spiruline que l’on trouve sur le marché.

Le retour des beaux jours et la hausse des températures, va signifier la relance de la production de spiruline en Nouvelle-Aquitaine. Cette microalgue de la famille des cyanobactéries a en effet besoin de soleil et de chaleur pour se développer.

Redécouverte ces dernières années après avoir connu un premier âge d’or dans les années 1970-1980, la spiruline compte une centaine de producteurs en France, qui la font pousser dans des bassins artificiels et fermés. Du bassin d’Arcachon au Médoc en passant par le Lot-et-Garonne, la Nouvelle-Aquitaine est devenue une véritable terre de spiruline. Mais au fait, de quoi s’agit-il au juste ?

« Un des organismes les plus riches en protéines, en fer et en magnésium de la planète »

« La spiruline fait partie des premiers organismes apparus sur Terre, rappelle Marc Cazaux, président et fondateur d’HélicA, un producteur du Lot-et-Garonne, lauréat de «La start-up est dans le pré» en 2016. C’est un des organismes les plus riches en protéines, en fer et en magnésium de la planète. Elle est consommée par les sportifs, notamment en amont d’un événement particulier, ou par des personnes qui se sentent fatiguées - elle atténue notamment le petit coup d’hypoglycémie que l’on a parfois en fin d’après-midi. »

Julie Estingoy, de La spiruline de Julie en Gironde, a également une nouvelle clientèle depuis quelques mois. « On a de plus en plus de post-Covid qui ne s’en sortent pas, assure-t-elle. Ce sont des gens qui cherchent des solutions, j’ai le cas d’un pompier qui est arrêté depuis dix mois après avoir attrapé le Covid-19 et qui n’arrive plus à bouger. » Il faudra toutefois des études et du temps, pour vérifier si la microalgue a un effet ou pas dans la récupération d’un Covid long.

Pas de miracle non plus

Présentée parfois comme un superaliment, la spiruline ne fait de toute façon pas de miracle. Et gare à tous les bienfaits qu’on lui prête, plusieurs médecins mettant en avant l’absence d’études scientifiques robustes en la matière. Elle n’aide pas à mincir, contrairement à ce qu’affirment certains sites, et ses vertus anti-inflammatoires ou anti-allergiques restent à démontrer. Dans tous les cas, il faut bien regarder l’origine de la spiruline que l’on achète, sachant qu’elle accumule les métaux lourds quand son milieu est pollué.

Par exemple, rien n’agace plus nos deux producteurs locaux, que « certaines spirulines chinoises étiquetées Agriculture Biologique et qui inondent notre marché, alors qu’elles sont en réalité de piètre qualité. » Pour une bonne spiruline, il faut avant tout « bien filtrer et nettoyer son algue » insiste le président d’HélicA. « La plupart des gens croient que ce n’est pas bon, beaucoup disent que cela a l’odeur de la nourriture pour poissons, poursuit Marc Cazaux, alors qu’en fait notre spiruline a une odeur très légère, un peu florale, et qui passe très bien en bouche, tout cela parce qu’elle est propre. »

La molécule phycocyanine, un marqueur de la qualité de la spiruline

« Un premier marqueur de la qualité, insiste-t-il, c’est le taux de protéines qui doit être au minimum d'environ 60 %, et un autre c’est la molécule phycocyanine qui est un des grands principes actifs de la spiruline. C’est elle qui donne une grande partie de ses propriétés, en boostant votre système immunitaire. Il faut qu’elle soit présente à hauteur de 15 % minimum, ce qui n’est pas toujours le cas car elle est très sensible aux conditions de culture. »

La phycocyanine, c’est aussi ce qui est mis en avant chez La spiruline de Julie. « Nous avons choisi une souche de spiruline qui s’appelle la Paracas, elle est un peu plus compliquée à récolter, mais elle a un taux de phycocyanine bien plus élevé, et c’est ce qui fait la qualité du produit, car ce pigment bleu développe tout l’aspect immunitaire de la spiruline. » Enfin, « il faut regarder les méthodes de séchage, insiste Marc Cazaux : il faut éviter de sécher la spiruline à haute température, c’est-à-dire à plus de 40 °C, pour préserver ses principes actifs et notamment ses vitamines. »

À consommer sous forme de flocons, de gélules ou de brindilles

La spiruline se présente sous forme de flocons que l’on peut mélanger à des jus de fruits ou des yaourts, ou de gélules végétales. Chez HélicA, « le prix est de 25 euros le pot en flocons pour un mois et demi de cure, ou 20 euros le pot de gélules pour un mois de cure. C’est un peu plus cher que la spiruline d’importation, mais la qualité est bien meilleure » assure Marc Cazaux. Julie Estingoy la propose en plus sous forme de brindilles. « J’aime la consommer en brindilles, sur du chocolat ou dans une salade, cela me permet d’agrémenter mes plats au quotidien » raconte la productrice, qui a totalement abandonné la consommation de viande avec son mari, depuis qu’ils se sont mis à la spiruline.

On peut la consommer pendant des cures d’un ou deux mois, ou au quotidien. « Moi, j’en suis à 10 grammes par jour » dit Julie Estingoy. « L’Anses préconise un maximum de 40 grammes par jour, ce qui est déjà beaucoup », précise Marc Cazaux, qui estime « qu’à partir de deux grammes par jour, on en ressent déjà les effets. »

Même si les surfaces cultivées ont doublé entre 2014 et 2018, la France ne produit environ que 40 tonnes de spiruline par an, alors qu’il s’en consomme… dix fois plus sur le territoire. 90 % proviennent de l’importation, principalement de grandes fermes industrielles en Chine, aux Etats-Unis et en Inde. Le marché de la production française a donc encore de beaux jours devant lui.