Coronavirus : Quand et comment retrouver ses proches vaccinés sans risque ?

VACCIN Alors que 5 millions de Français ont reçu une dose d’un vaccin contre le Covid-19, certains s’interrogent sur les conditions dans lesquels ils pourraient retrouver leurs proches vaccinés

Oihana Gabriel
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Illustration d'un grand-père prenant dans ses bras sa petite-fille.
Illustration d'un grand-père prenant dans ses bras sa petite-fille. — Pixabay
  • On comptait samedi, 5 millions de Français ayant reçu une injection et 2,2 millions les deux injections, soit 4,1 % de la population majeure vaccinée.
  • Depuis samedi, les résidents des Ehpad peuvent à nouveau recevoir leurs proches et sortir.
  • Mais les autorités sanitaires et les soignants recommandent de maintenir les gestes barrières même après avoir été vacciné. 20 Minutes vous explique pourquoi.

« Je reviens te chercher, je savais que tu m’attendais », chantait Catherine Ringer vendredi soir lors de la cérémonie des Césars. Une chanson qui fait une parfaite bande-son du spot publicitaire que le gouvernement diffuse depuis quelques jours pour encourager la vaccination. On y voit une grand-mère rêvant, pendant son injection, de retrouver et de serrer dans ses bras ses petits-enfants. Sans masque. « Pour le moment, même vaccinés, continuons à appliquer les gestes barrières et à porter le masque », conclut le spot. Un message contradictoire ? Pourquoi faudrait-il maintenir les gestes barrières même après avoir été vacciné ?

Quand peut-on retrouver ses proches vaccinés ?

Le spot n’est pas du goût des soignants qui s’impatientent alors que les doses arrivent toujours au compte-goutte. AstraZeneca vient d’annoncer de nouveaux retards de livraisons et la DGS a prévenu dimanche que les généralistes ne recevraient qu’une dose cette semaine.

Plus grave, ce spot larmoyant risque de brouiller le message. Après un an de solitude et de coups de fil, les rares chanceux qui ont obtenu le précieux sérum espèrent serrer dans leurs bras leurs proches le plus vite possible. Sans parler des résidents d'Ehpad qui peuvent, depuis samedi, recevoir leurs proches et se balader avec eux.

Mais quand peut-on voir ses grands-parents, parents, amis vaccinés sans prendre aucun risque ? « Cela dépend des vaccins, souligne Mylène Ogliastro, virologue et chercheuse à l’Inrae de Montpellier. Pour les vaccins à ARN messagers [Pfizer et Moderna], on commence à être protégé à partir de trois semaines après la première injection. » En effet, une étude de chercheurs britanniques avance que le vaccin Pfizer donnerait 90 % d'immunité contre le Covid-19 en une seule dose au bout de 21 jours. « En général, c’est le moment où on reçoit la deuxième injection, donc tant qu’à faire, autant attendre ce moment, conseille tout de même la virologue. Chez les personnes âgées, cette réaction immunitaire est plus lente que chez les jeunes. Cela fait un an qu’on attend, ça vaut le coup de patienter ce mois supplémentaire pour avoir une couverture optimale. »

Quid d’AstraZeneca ? La Haute Autorité de santé recommande un espacement de 9 à 12 semaines entre les deux doses. Une étude britannique a dévoilé une efficacité pour éviter les formes graves de Covid-19 de 76 % et de 82 % après une deuxième dose injectée trois mois plus tard. Dans l’idéal, il faudrait donc attendre également la deuxième injection.

La question de la transmission

Au-delà de la date, reste les conditions dans lesquelles on peut se retrouver. Et notamment la question du masque, qui limite compréhension et signes d’affection. Benoît Pilmis, infectiologue à l’hôpital Saint-Joseph à Paris expliquait à 20 Minutes  lors d’un reportage dans cet hôpital que « les vaccinés doivent maintenir le port du masque. Pour le moment, nous ne savons pas si elles ne peuvent pas transmettre le virus. Les données sont rassurantes, mais pas formelles. »

« Même quand la protection des formes graves est acquise, l’autre enjeu c’est de contrôler l’épidémie », renchérit Mylène Ogliastro. Reste que de nouvelles données pourraient changer la donne. En effet, deux études, relayées par Sciences et Avenir, semblent confirmer que Pfizer aurait un effet sur la transmission du virus. La première s’appuie sur les données du ministère de la Santé israélien et dévoile que le vaccin Pfizer diminuerait le risque d’infection asymptomatique de 89,4 % après la deuxième injection. La seconde a été publiée fin février dans le New England Journal of Medicine et estime que l’efficacité contre les infections asymptomatiques atteindrait 90 % sept jours après la seconde dose du vaccin. Une lueur d’espoir qui reste à confirmer. Quant à AstraZeneca, la transmission du coronavirus serait réduite de 67 % dès la première dose.

Jusqu’à quand faudra-t-il maintenir les gestes barrières ?

Pour le moment, le mot d’ordre reste la vigilance. Précaution à démultiplier si on habite les régions où les contaminations flambent. « Tant que la circulation est tendue dans une zone, il faut maintenir les gestes barrières au maximum pour limiter la circulation du virus, reprend Mylène Ogliastro. Car c’est ainsi que sont générés les variants qui font peser un risque sur la vaccination. » En effet, AstraZeneca serait moins efficace contre les variants sud-africain et brésilien.

Les embrassades sans masque ne sont donc pas pour tout de suite… Excepté si les personnes qui se retrouvent sont toutes vaccinées. Mais faire passer ce message de maintien de la vigilance alors que vaccin rime avec retour à la vie normale pour beaucoup ne va pas être simple. D’autant que les Français n’en peuvent plus de faire preuve de patience. « On en a tous marre, reconnaît la virologue. Mais même avec un niveau de protection énorme [97 % pour Pfizer et 95 % pour Moderna], il y a toujours autour de 5 % de personnes qui ne sont pas protégées, on ne peut pas savoir chez qui le vaccin sera efficace ou pas. Vu les niveaux de circulation du coronavirus en ce moment en France, ce risque reste non nul. Pour le vaccin AstraZeneca, le niveau d’efficacité est inférieur, il faudra donc être encore plus vigilant. »

C’est-à-dire ? « On pourra voir ses proches à risques sans angoisse, se toucher, se parler, ça me semble un point positif, insiste-t-elle. C’est un virus respiratoire, donc on peut privilégier la promenade dehors, en plus il va faire beau. Et on peut se faire des hugs pour éviter le contact facial. Quand une grande majorité de personnes seront vaccinées, on pourra prétendre à l’immunité de groupe. » Alors, seulement, on pourra imaginer un déjeuner familial élargi, sans distance, masque et autres contraintes…