Coronavirus à Bordeaux : Avec l’accueil des premiers patients franciliens transférés, des tensions à venir sur la chaîne de soins

EPIDEMIE Les prochains transferts en provenance de l’Ile-de-France pourraient nécessiter de déprogrammer des interventions lourdes

Elsa Provenzano
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Deux patients atteints du Covid ont été transférés par avion pour être prise en charge au CHU de Bordeaux.
Deux patients atteints du Covid ont été transférés par avion pour être prise en charge au CHU de Bordeaux. — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • Deux patients Covid de l’hôpital de Meaux sont transférés ce dimanche au CHU de Bordeaux.
  • De la place a pu être faite en réanimation pour eux, mais des déprogrammations d’interventions vont devoir être faites pour accueillir les prochains annoncés en provenance d’Ile-de-France.
  • Une répercussion sur l’ensemble de la chaîne des soins est à prévoir sur le CHU de Bordeaux et les centres hospitaliers de la région mis à contribution.
Laurent Petit, responsable de l'unité de réanimation chirurgicale au CHU de Bordeaux.

Ce dimanche en milieu de journée, deux patients de l’hôpital de Meaux (Seine-et-Marne) atteints du Covid-19 vont être transférés en avion au CHU de Bordeaux. Si la structure bordelaise n’est pas encore débordée, des déprogrammations d’interventions vont devoir être organisées dès l’accueil des prochains patients depuis l’Ile-de-France.

« Samedi, dès qu’on a appris ces mouvements de patients, on a libéré des lits et des patients sont partis vers des secteurs d’hospitalisation déjà en tension, mais on est arrivés à libérer deux places », explique Laurent Petit, anesthésiste-réanimateur et responsable de l’unité de réanimation chirurgicale et post-traumatologique du CHU de Bordeaux. La réanimation médicale a déjà presque atteint sa capacité maximale d’accueil, c’est donc la réanimation chirurgicale qui prend à présent en charge les patients transférés depuis d’autres régions.

Des capacités d’accueil limitées

« Aujourd’hui, les capacités du CHU de Bordeaux en termes de réanimation sont relativement limitées puisque 90 % des places sont occupées et on a à peu près 20 % de patients Covid sur les secteurs de réanimation, et soins intensifs », résume Laurent Petit. Actuellement, 36 patients atteints du Covid sont en réanimation au CHU de Bordeaux.

Avec les prochains transferts, qui vont notamment mobiliser des lits mais aussi le personnel nécessaire au chevet des malades du Covid, des déprogrammations d’interventions seront nécessaires. « Nous, réanimation chirurgicale, sur le site de Pellegrin et sur l’hôpital sud, on va être amenés à commencer de déprogrammer au moins les interventions lourdes et il va y avoir une pénalisation pour certains patients en attente d’une chirurgie lourde. Cela va être étudié et discuté demain en conseil de crise au CHU de Bordeaux et nous, on s’adaptera. » D’autres centres hospitaliers pourraient aussi être mis à contribution pour l’accueil de ces malades.

En déprogrammant, il s’agit de convertir les salles de soins de surveillance continue et les salles de réveil au bénéfice de lits de réanimation pour les patients Covid. Le scénario le plus pessimiste envisagé lors de la première vague permettait de proposer 400 à 450 lits en convertissant absolument tous les lits disponibles mais pénaliserait alors les patients non-Covid.

Des « pertes de chance » pour les malades non-Covid

Les patients Covid sont transférés quand ils sont stables et cela n’occasionne pas de « pertes de chances » dans leur guérison. Par contre, un impact sur la prise en charge des autres patients est à craindre. « Nos capacités d’accueil de patients à l’hôpital public sont limitées et si on reporte des patients, il y a des pathologies qui, comme pendant la première vague, risquent de s’aggraver et certains ne pourront pas être opérés, déplore le docteur Laurent Petit. C’est clairement une perte de chances pour ceux qui ne pourront pas se faire opérer. »

« La moyenne d’un séjour en réanimation, c’est une semaine à dix jours, les patients Covid restent le double ou le triple, ça fait des places occupées pendant une durée plus longue, fait valoir l’anesthésiste-réanimateur. On a gardé un patient qui venait de Paris pendant cinq mois… D’autres restent peu de temps, mais les durées sont globalement plus longues. » La difficulté sur le long terme, c’est qu’après la réanimation, l’ensemble de la chaîne des soins (surveillance, rééducation etc.) se retrouve embouteillée.

Depuis le début de la pandémie, Bordeaux a accueilli 44 patients d’autres régions.