Coronavirus au Royaume-Uni : Comment le pays a réussi son déconfinement

EPIDEMIE Reconfiné d’urgence il y a à peine deux mois face à une situation presque hors de contrôle, le pays entame une sortie de crise qui s’annonce très encourageante

Marie De Fournas

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En deux mois, le Royaume-Uni est passé d'une situation sanitaire extrêmement critique à une sortie de crise bien avancée.
En deux mois, le Royaume-Uni est passé d'une situation sanitaire extrêmement critique à une sortie de crise bien avancée. — Hannah Mckay/AP/SIPA

Lundi 8 mars, les élèves anglais de 5 à 11 ans retrouvaient le chemin de l’école. Une première grande étape dans le déconfinement progressif du Royaume Uni qui semble voir le bout du tunnel, après avoir été plongé dans une crise sanitaire particulièrement violente. Comment le pays qui fut pendant des mois le plus touché et endeuillé au monde par le coronavirus est-il en passe de devenir l’Etat qui réussit le mieux sa sortie de crise ?

Des mesures ultra-strictes

Lorsque le gouvernement anglais constate début janvier l’existence d’un nouveau variant ultra-contaminateur, Boris Johnson décide sans trop d’hésitation d’imposer un troisième confinement. « Il n’avait pas le choix, le système de santé était trop saturé », explique l’épidémiologiste Antoine Flahault. Contrairement à la France lors du second confinement par exemple, le Premier ministre anglais décide de fermer les écoles, les collèges et les lycées. Le télétravail est imposé sauf en cas d’impossibilité absolue.

« Comme toujours avec un confinement très strict, les résultats sont rapides et le taux de reproduction est redescendu en dessous de 1, poursuit le directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève. On prévoit que dans les sept prochains jours le nombre de cas quotidiens descende en dessous de 5.000 et le nombre de décès à moins de 100. »

L’Angleterre a pris des risques

« Le Royaume-Uni, comme les Américains, a pris le risque de financer et produire des vaccins, avant même de savoir s’ils allaient être efficaces », constate Antoine Flahault. Avançant moins prudemment que l’Union européenne, le Royaume-Uni a réservé dès le mois de juin des millions de vaccins chez différents laboratoires. En comparaison, l’UE qui a préféré attendre les premiers résultats avant d’investir, l'a fait au mois de novembre.

Une fois les phases de test terminées, le Royaume-Uni a immédiatement autorisé le vaccin sur le marché, sans attendre aucune validation de la part de Bruxelles. Plus rapide, le pays s’est donc également retrouvé prioritaire dans les livraisons par rapport à l’UE qui accuse aujourd’hui des retards de livraison. « La prise de risque a été très récompensée », admet l’épidémiologiste.

Une stratégie vaccinale ultrarapide

Les autorités sanitaires anglaises ont fait le choix, contrairement à la France et à l’Allemagne, de déployer le vaccin le plus rapidement possible à une large partie de la population. « Ils ont déployé une politique de vaccination de masse très efficace, constate Antoine Flahault. Ils ont négocié davantage de vaccins et ont espacé le délai d’injection entre les deux doses pour vacciner encore plus de monde. » Résultat : plus d’un tiers de la population adulte, soit 22 millions de personnes, a reçu une dose de vaccin contre le Covid-19. Plus de 11 millions de personnes possèdent une vaccination complète.

Le 1er mars dernier, le ministère de la Santé anglais publiait un bilan préliminaire montrant l’efficacité des deux vaccins déployés sur le territoire : le Pfizer-BioNTech et le Oxford-AstraZeneca. Les résultats indiquent qu’une seule dose des vaccins réduit les hospitalisations de plus de 80 % trois et quatre semaines après l’injection.

Une politique de « zéro covid »

Toutes ces décisions et leurs conséquences permettent aujourd’hui à Boris Johnson de promettre à la population que le plan de sortie de crise sera « très prudent, mais irréversible ». Lors de la réouverture des écoles, il a salué « un grand pas » pour sortir du confinement qui, « nous l’espérons, est une feuille de route vers la liberté ». La date du 17 mai est avancée pour la réouverture des bars, restaurants et cinéma, dans le meilleur des cas.

Pour Antoine Flahault le pays pourrait s’engager dans une politique de «zéro covid». « Cela demande beaucoup d’exigences, car cela signifie de fermer les frontières, de reconfiner des villes au moindre cas, même quelques jours, le temps de remonter la chaîne de transmission. » Des mesures proactives plutôt que réactives qui portent leurs fruits dans de nombreux pays d’Asie.