Coronavirus : Fatigue auditive, acouphènes ou vrai confort… Le télétravail nous casse-t-il les oreilles ?

AUDITION Alors que la Journée de l’audition aura lieu ce jeudi, « 20 Minutes » s’interroge sur l’effet du télétravail sur la santé auditive des Français

Oihana Gabriel
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Illustration d'un casque audio devant un ordinateur.
Illustration d'un casque audio devant un ordinateur. — TheAngryTeddy
  • La Journée de l’audition aura lieu ce jeudi.
  • Dès ce mardi, l’association JNA, qui organise ce rendez-vous, publie une enquête Ifop révélant qu’un tiers des télétravailleurs souffre de troubles auditifs.
  • Succession de visio-conférences, musique pour se concentrer… Nos internautes nous racontent pourquoi télétravail ne rime pas forcément avec calme et volupté.

« Le simple fait de devoir passer un appel téléphonique est devenu un calvaire », se lamente Stéphane, 52 ans, qui a répondu à notre appel à témoignages. Il a enchaîné les visios 4 à 5 heures par jour depuis mars 2020. Résultat : des acouphènes, des difficultés de concentration…

Le télétravail, qui pouvait apparaître avant la crise sanitaire comme une bouffée d’air au calme loin des transports et des collègues, s’est transformé, pour certains, en un enchaînement de conférences à distance, d’appels professionnels et personnels… Un combo qui peut générer une grande fatigue auditive.

Soulagement pour les oreilles ou fatigue intense ?

Les situations diffèrent beaucoup selon les métiers, les conditions de travail sur site (open space, bureau fermé) et en télétravail (bureau séparé, salon encombré d’enfants en bas âge, succession de visios). Pour certains, le télétravail à 100 % rime avec une nette amélioration du confort sonore. « Je travaille habituellement en open space et je suis obligée de mettre de la musique dans un casque pour arriver à me concentrer, explique ainsi Isabelle, 40 ans. A la maison, je suis au calme, je n’entends que la fontaine à eau de mes chats ! Et les réunions, on n’en a qu’une par semaine en moyenne, donc ça reste largement gérable. »

Pour d’autres, après un an de travail à distance, les oreilles commencent à siffler. La voix grave et forte du collègue qui succède au murmure d’une autre, la perceuse du voisin, le bébé d’une collègue, la mauvaise connexion qui interrompt la concentration, le son en haut-parleur du portable… L’ouïe est mise à rude épreuve. « Je n’entends pas bien lors des Skype (nombreux !), donc casque en quasi-permanence et cela me fatigue beaucoup, se plaint Aline, 59 ans. Idem lorsqu’il y a trop de bruits périphériques, je mets un casque avec un peu de musique et c’est fatigant à la longue. »

Cette fatigue auditive peut se manifester par une intolérance au bruit, des acouphènes. « Mais aussi par des troubles de l’équilibre et des maux de tête, prévient Jean-Michel Klein, otorhinolaryngologiste (ORL) et vice-président du Syndicat national des ORL. Les yeux, vous pouvez les fermer, les oreilles, non ». Voilà pourquoi prendre soin de son capital auditif est capital, surtout si le télétravail est encore amené à durer. « Des douleurs violentes en permanence m’ont conduit à consulter un ORL en février et le bilan est simple : rien à signaler au niveau des tympans, bon niveau d’audition, mais des tensions trop régulières menant à un stress permanent qui déclenche les acouphènes, reprend Stéphane. Aujourd’hui, plus de casque, uniquement les haut-parleurs, et pas plus deux heures de visios par jour avec des pauses toutes les quinze minutes. »

Pour certains, les problèmes ont pris de telles proportions qu’ils ont pris de grandes décisions. « Durant le confinement, j’ai dû utiliser mon portable avec un kit main libres 6 heures par jour, et au bout de trois mois, j’ai ressenti une gêne auditive, raconte Chloé. Le bilan est lourd : à l’aube de mes 30 ans, je me retrouve avec des acouphènes, une perte auditive de 30 et 40 décibels et j’ai dû trouver un nouvel emploi. »

Un tiers des télétravailleurs concernés par des troubles auditifs

Un problème passé sous silence ? Une enquête de l’Ifop pour l’association Journée nationale de l’Audition, publiée ce mardi, dévoile que plus d’un tiers des télétravailleurs quotidiens ont déjà ressenti des troubles auditifs suite à l’usage d’un casque ou d’écouteurs. Soit presque le triple de la moyenne nationale. Pour la Journée de l’audition, ce jeudi, un défi est donc proposé : une journée sans écouteur. « Plus le stress acoustique est important, plus les cellules sensorielles sont engorgées, plus les informations reçues par le cerveau sont difficiles à décoder, souligne Sébastien Leroy, porte-parole de l’association JNA. Selon notre sondage, 80 % des personnes en télétravail disent qu’elles sont fatiguées, nerveuses et lasses en fin de journée. »

« Avec le télétravail, on est soumis à une concentration visuelle et auditive importante, mais pas à un traumatisme. On ne peut pas comparer cette gêne à celle des ouvriers soumis au bruit d’un marteau-piqueur, relativise Jean-Michel Klein. Je vous rassure, les standardistes ne deviennent pas sourds plus vite que d’autres professionnels… S’il n’y a pas de risque d’atteinte auditive, une fatigue auditive peut s’installer. Les acouphènes, ce n’est pas grave… mais c’est odieux pour les patients ! »

Comment éviter cette fatigue auditive ?

Pour éviter les problèmes, il y a d’abord un aspect matériel. « Environ 65 % des télétravailleurs utilisent des écouteurs basiques, regrette Sébastien Leroy. Un casque de travail est construit pour optimiser le traitement de la parole, alors que des casques pour la musique travaillent sur la modulation. Il est préférable d’avoir un casque avec une coque qui recouvre l’oreille, car il sera plus hermétique à la pollution sonore. Donc moins besoin d’augmenter le volume pour comprendre. »

Autre option, acheter une petite enceinte. « Car il vaut mieux écouter en champ libre qu’avec un casque, conseille Jean-Michel Klein. Si vous prenez des écouteurs, il faut faire attention à avoir un système d’évent (un petit trou) qui permet une fuite d’air vers l’extérieur. Cette soupape de décompression protège l’oreille. Car s’il y a trop de puissance sur un conduit auditif qui fait un 1 cm, vous allez souffrir davantage que si le son se diffuse dans la pièce. »

Deuxième réflexe, prendre des pauses. « L’oreille a besoin de temps de récupération, insiste Sébastien Leroy. Des entreprises ont instauré des pauses de 5 à 10 minutes entre chaque visio. » Un temps de silence qu’on peut optimiser par quelques étirements, bien utiles pour rester en forme. Troisième repère à avoir en tête : éviter l’après-midi Spotify à plein tube. « Le risque s’accroît avec le volume et la durée », reprend Sébastien Leroy. Même à un volume faible, écouter 6 heures de suite de la musique douce fatigue vos oreilles.

* L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1064 personnes, représentatif de la population française active occupée âgée de 18 ans et plus. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 14 septembre 2020.