Coronavirus : Reconfiner les week-ends le Pas-de-Calais mais pas Paris et Marseille, est-ce bien cohérent ?

DECISION Le Pas-de-Calais se voit imposer un confinement le week-end alors que Marseille et la Seine-Saint-Denis, à situation sanitaire égale ou pire, vont y échapper

Rachel Garrat-Valcarcel

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Sur le front de mer, à Calais. (illustration)
Sur le front de mer, à Calais. (illustration) — DENIS CHARLET / AFP
  • Le gouvernement veut faire du cas par cas suivant les situations sanitaires de chaque région, mais la décision concernant le Pas-de-Calais, reconfiné le week-end, paraît de prime abord peu lisible.
  • Car la Seine-Saint-Denis, qui a un taux d’incidence égal, et Marseille, au taux d’incidence supérieur, n’y auront pas droit.
  • Pour certains les situations ne sont pas forcément comparables, mais si les décisions finissent par apparaître incohérentes elles risquent qu’être moins bien acceptées.

Des mesures sanitaires au cas par cas, suivant la situation sanitaire de chaque région, a priori, c’est plutôt une ligne directrice consensuelle. Peut-être moins si les décisions gouvernementales sont vues comme incohérentes. La question se pose dès ce jeudi soir : le Premier ministre, Jean Castex a officiellement annoncé le confinement le week-end du Pas-de-Calais, sur le modèle que connaissent déjà la zone voisine de Dunkerque (Nord) et la zone, un peu plus éloignée, de Nice ( Alpes-Maritimes). Sauf qu’à ce jour, d’autres départements approchent voire dépassent, le taux d’incidence du Pas-de-Calais. C’est le cas des Bouches-du-Rhône (Marseille) et de la Seine-Saint-Denis, en proche banlieue parisienne.

La mesure peut paraître tout à fait incohérente, et c’est d’ailleurs ce que pense Mickaël Rochoy, qui a l’impression que les décisions sont prises « par un canard sans tête ». Le médecin épidémiologiste du collectif « Du côté de la science », interrogé par 20 Minutes pense que le gouvernement annonce trop souvent des mesures sans définir de cohérence ou d’objectif : « C’est comme avec le couvre-feu à 20 heures ou à 18 heures. On nous explique que le monde entier nous l’envie, et que ça marche très bien. Mais d’après quels critères puisqu’on n’a pas défini d’objectif ? Le couvre-feu n’est quand même pas prévu pour être perpétuel. S’il est efficace, alors il faut le lever. On se félicite de résultats en faisant de la post-rationalisation. »

Des situations pas si comparables

Pour d’autres, à taux d’incidence égal ou supérieur, on ne peut pas exactement comparer des départements à très forte densité de population, comme la Seine-Saint-Denis et les Bouches-du-Rhône, au Pas-de-Calais et aux Alpes-Maritimes, un peu moins denses. « Dans les départements denses, aux situations sociales de base plus précaire, la circulation du virus est inhérente à la proximité des populations, on le sait, explique l’épidémiologiste Martin Blachier à 20 Minutes. Et les contaminations sont a priori plus liées aux personnes obligées de se déplacer pour aller travailler. Dans les cas de Nice et de Dunkerque, les reprises de l’épidémie sont dues surtout à des questions comportementales : à cause des carnavals dans le Nord, ou pour aller dans des restaurants en Italie et à Monaco pour le sud-est. »

Le confinement le week-end peut alors apparaître comme une solution légitime et efficace. Michaël Rochoy qui, notons-le, exerce dans le Pas-de-Calais, reconnaît que toutes les mesures, même partielles, ont de toute façon des effets sur l’épidémie. « Mais rien ne nous prouve que le virus circule plus le week-end ou le soir. Ça pourrait ! Par exemple on sait que le paludisme est transmis par un moustique qui vit surtout la nuit. Mais on n’est pas du tout dans le même cas. Ici, on a l’air de se concentrer sur les transmissions intrafamiliales du virus. C’est important mais limité. S’il circule encore autant, c’est qu’on fait trop peu pour les contaminations extra-familiales.

Une justification attendue

Si, on l’a compris, Martin Blachier n’est pas choqué par ce qui pourrait être vu comme un « deux poids deux mesures » il est tout de même « curieux de voir comment le gouvernement va le justifier ». C’est là un des problèmes du gouvernement, déjà confronté au manque de lisibilité de ses décisions en matière sanitaire. « C’est le problème des seuils, juge Michaël Rochoy. On a un seuil d’alerte à 50 contaminations pour 100.000 habitants, un seuil d’alerte renforcé à 150 et un seuil d’alerte maximale à 250. Sauf qu’en face aucune mesure ne correspond à chaque seuil, on ne fait rien ! »

Dans d’autres pays effectivement, comme en Italie, à chaque seuil d’alerte correspondent des mesures sanitaires précises. Ce n’est pas le cas en France, où tout se décide un peu avec les élues et élus locaux, beaucoup en conseil de défense sanitaire, à huis clos donc. Alors à chaque semaine ou presque sa polémique. En l’occurrence, le risque c’est que le cas de Paris apparaisse comme un traitement de faveur. Plus généralement, que les décisions du gouvernement finissent par apparaître arbitraires… et donc moins bien suivies.