Coronavirus : Non, les gestes barrières ne sont pas inutiles, comme le prétend une publication virale sur les réseaux sociaux

FAKE OFF Contrairement à ce que suggère une publication sur les réseaux sociaux, les mesures barrières sont essentielles pour lutter contre la propagation du coronavirus, souligne Jean Dubuisson, chercheur au Centre d'infection et d'immunité de Lille

Charles Montmasson

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Des masques et du gel hydroalcoolique (illustration).
Des masques et du gel hydroalcoolique (illustration). — V. Pinto / AFP
  • Masque, distanciation... En une série de questions, une infographie publiée sur les réseaux sociaux laisse entendre que les mesures barrières sont inutiles, avant de s'attaquer à la légitimité de la vaccination.
  • Chercheur du CNRS au Centre d'infection et d'immunité de Lille, Jean Dubuisson rappelle que les gestes barrières permettent bien de « réduire la transmission » du Covid-19.
  • Ce spécialiste des coronavirus ajoute que la vaccination est une condition pour permettre de revenir « à une vie normale ou presque normale ».

« Si le masque fonctionne, pourquoi 2 mètres de distance ? Si 2 mètres de distance fonctionnent, pourquoi le masque ? Si les deux fonctionnent, pourquoi le confinement ? » Sous forme de questions successives, une publication, vue plus de 500.000 fois depuis mercredi dernier sur Facebook et Twitter, s’attaque à la logique de la politique de lutte contre le coronavirus puis à l’efficacité de la vaccination.

Publication sur Facebook.
Publication sur Facebook. - Capture Facebook

Parodiant la communication du gouvernement, avec un logo « République flançaise », ce raisonnement est présenté comme de bon sens : si une mesure contre le Covid-19 fonctionnait, le virus serait éliminé et il n’y aurait plus besoin d’en appliquer d’autres. Et puisque l’épidémie continue, ce serait la preuve qu’elles ne servent à rien.

Qu’en est-il vraiment ?

FAKE OFF

Tout abord, contrairement à ce qui est suggéré sur cette publication virale, il n’est pas demandé de porter à la fois un masque et de rester à distance. C’est l’un ou l’autre : « La distanciation physique nécessite désormais que l’on reste à au moins 2m de son voisin, en l’absence de port du masque », indique le gouvernement. En clair, quand il n’est pas possible de garder son masque, il est recommandé de rester à 2m des autres.

D’accord, mais pourquoi mettre en place de telles mesures, si elles n’ont pas permis d’éviter les confinements ? Ces mesures ne constituent pas une garantie à 100 % car les « respecter du matin au soir, ce n’est pas évident », fait remarquer Jean Dubuisson, chercheur du CNRS au Centre d’infection et d’immunité de Lille. « On fait tous des petites erreurs, de façon consciente ou inconsciente, mais les gestes barrières permettent de réduire la transmission », ajoute le spécialiste. Sans compter les moments où le port du masque est impossible, par exemple lors des repas, souligne-t-il.

Et pourquoi les vaccins sont-ils nécessaires, si un confinement généralisé permettrait de résoudre le problème, comme le demande l’infographie ? « Il faut se méfier des discours simplistes, met en garde le chercheur. Si on veut revivre normalement et essayer d’empêcher d’avoir des formes graves et de sursaturer nos hôpitaux, il faut réduire les risques de transmission. Avec les gestes barrières et la quarantaine, mais aussi avec le vaccin. A partir du moment où on aura vacciné 80 % de la population, on pourrait recommencer à vivre plus ou moins normalement. »

Ce qui ne veut pas dire qu’un vaccin sera la solution miracle : « On ne peut pas exclure l’apparition de variants qui soient complètement résistants aux vaccins actuels, avertit Jean Dubuisson. C’est une pandémie en pleine évolution : le virus va s’adapter, l’humain aussi. C’est une lutte pour trouver un équilibre entre le virus et la santé humaine. »

Une question de responsabilité

Enfin, la publication virale mentionne une « clause de non-responsabilité des labos pharmaceutiques » sur les vaccins. Sous-entendu : les vaccins sont peut-être inutiles, voire dangereux, mais cela n’empêcherait pas les fabricants de s’enrichir.

En août, la Commission européenne avait répondu sur cette question, soulignant que la présence d’une telle clause dans les contrats passés avec les laboratoires pharmaceutiques ne dégagerait pas ces derniers de leur responsabilité en cas d’effets secondaires. Depuis, le contrat passé avec l’entreprise AstraZeneca a été en partie publié.