Coronavirus : Comment le vaccin AstraZeneca revient finalement en grâce en France

EPIDEMIE Boudé et décrié en France, le vaccin britannique est en train d’inverser la tendance

Jean-Loup Delmas

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Le vaccin AstraZeneca va-t-il enfin fonctionner à plein régime en France ?
Le vaccin AstraZeneca va-t-il enfin fonctionner à plein régime en France ? — Fotoarena/Sipa USA/SIPA
  • Ce lundi, Olivier Véran a indiqué que la vaccination par AstraZeneca serait désormais ouverte aux personnes de plus de 65 ans atteintes de comorbidités. Ce que la Haute autorité de Santé (HAS) a confirmé ce mardi.
  • Le vaccin britannique, qui a suscité de nombreuses polémiques, revient petit à petit en grâce en France.
  • Comment expliquer ce retour au premier plan d’AstraZeneca ?

AstraZeneca est-il le vilain petit canard des vaccins contre le coronavirus ?  Le vaccin britannique s’est retrouvé au centre de plusieurs polémiques en France et en Europe : d’abord par manque de doses livrées par rapport à ce qui était initialement prévu, ensuite face à une efficacité remise en cause sur les personnes âgées – pourtant les plus vulnérables face au Covid-19 – et face au variant sud-africain, enfin par des fièvres chez les soignants vaccinés ayant provoqué des arrêts maladies.

Résultat, le vaccin a peiné à trouver preneur. Sur le 1,6 million de doses d’AstraZeneca reçues en février, seulement 270.000 ont été administrées au jour du samedi 27 février. Petit à petit, pourtant, le vaccin revient en grâce. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Que reprochait-on exactement à AstraZeneca ?

Le vaccin AstraZeneca a longtemps été considéré comme étant moins efficace que les vaccins Pzifer/BioNtech et Moderna, qui utilisent de l’ARN messager contrairement à AstraZeneca, un vaccin à vecteur viral plus « traditionnel ». Ainsi, les premiers résultats en décembre indiquaient une efficacité de 70 %, qui pouvait sembler faible face au taux de 94 % revendiqué par Pfizer BioNtech.

Des doutes pesaient également sur la bonne efficacité du vaccin sur les personnes âgées. En France, la Haute Autorité de santé (HAS) s’était d’abord prononcée contre son utilisation chez les plus de 65 ans, et Emmanuel Macron l’a déclaré quasiment inefficace sur cette population, privilégiant les doses de Pfizer-BioNtech et Moderna.

« AstraZeneca a souffert de biais dans les données de phase 3 et de plusieurs études différentes et contradictoires », commente le chercheur en immuno-oncologie Eric Billy, spécialiste des vaccins pour le collectif « Du côté de la Science ». Des études parfois sous-dimensionnées, avec différents délais d’intervalles entre première et seconde doses, et aux résultats parfois inquiétants, notamment une étude d’Oxford qui montrait une faible efficacité chez les personnes âgées et face au variant sud-africain. Sans parler du fait que les personnes de plus de 65 ans étaient peu représentées dans les phases de test, d’où un doute sur l’efficacité du vaccin sur elles. « Jusqu’à l’arrivée de l’étude en population, on avait très peu de données sur les personnes âgées : donc il était normal de ne pas donner un vaccin dont on ne connaît pas l’efficacité », note Eric Billy.

Comment AstraZeneca regagne-t-il en crédibilité ?

Petit à petit, les données s’accumulent et se montrent bien plus rassurantes. Notamment grâce à des études en population réelle, au Royaume-Uni et en Ecosse, qui vaccinent massivement avec l’AstraZeneca et obtiennent des résultats très nets sur les courbes de cas, d’hospitalisations et de décès. Ainsi, une étude menée dans le cadre de la campagne de vaccination en Écosse a montré que quatre semaines après l’administration d’une première dose, le risque d’hospitalisation était réduit de 85 % avec le vaccin Pfizer/BioNTech et de 94 % avec celui d’AstraZeneca/Oxford.

Des résultats à légèrement nuancer, car une autre étude anglaise montre que 56,4 % des Anglais de plus de 80 ans avaient déjà des anticorps contre le coronavirus. « Et face à des personnes déjà infectées, la première dose de vaccin agit comme un rappel. Elle est donc beaucoup plus efficace qu’une première dose administrée à une personne qui n’a jamais été contaminée », pointe Eric Billy.

Néanmoins, pour le médecin, « les choses avancent, l’étude écossaise montre qu’en population, le vaccin se comporte bien et est efficace ». Face à ces nouvelles données, Dominique Le Guludec, présidente de la HAS, s’est montrée confiante ce mardi : « AstraZeneca a maintenant des indications élargies […] Nous avions validé ce vaccin sur la base d’une efficacité autour de 60 à 70 %. Les données en vie réelle sont supérieures, autour de 70 à 80 % et même au-delà pour la réduction du risque d’hospitalisation. Ces résultats nous permettent de pouvoir étendre l’utilisation au vaccin AstraZeneca et ce sans limitation d’âge supérieur. »

Faut-il élargir les critères de population ?

Sur les 270.000 doses administrées en France, plus de 130.000 l’ont été entre ce jeudi et ce samedi, avec l’ouverture de la vaccination aux 50-64 ans atteints de comorbidités. Et ce lundi, Olivier Véran a annoncé l’ouverture à la vaccination des personnes de 65 ans à 75 ans souffrant de comorbidités.

Une bonne décision ? Eric Billy se montre sceptique : « Il est nécessaire de donner aux personnes les plus fragiles les vaccins à disposition le plus rapidement possible. » Or, il le rappelle, en avril et en mai, ce sont les vaccins à ARN messagers qui constitueront le plus gros des livraisons. Dix millions de doses par mois rien que pour Pfizer-BionNtech, soit de quoi vacciner dix millions de personnes avec ce vaccin (nécessitant deux doses) d’ici fin mai. « En l’état, il y a assez de vaccins à ARN messager pour vacciner les personnes de plus de 65 ans en France », précise le docteur, pour qui l’ouverture au plus de 65 ans d’AstraZeneca risque avant tout de compliquer la logistique.

Certes, les doses doivent être utilisées en six semaines avant de périmer et le gouvernement veut à tout prix éviter cela, mais Eric Billy le rappelle : « En France, il existe des millions de personnes fragiles sans rapport avec leur âge. » De quoi facilement utiliser les doses d’AstraZeneca, sans troubler plus encore les différents calendriers de vaccination.