Coronavirus : « TikTok est très peu investi par la communauté médicale »

INTERVIEW Le Pr Charles Cazanave, infectiologue au CHU de Bordeaux, participe ce mardi sur le réseau social TikTok, à un live autour de l’actualité sur le Covid-19

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Le CHU Pellegrin, à Bordeaux
Le CHU Pellegrin, à Bordeaux — UGO AMEZ/SIPA
  • Alors que la communauté médicale investit peu TikTok, le CHU de Bordeaux vient y prendre la parole pour répondre aux questions « d’un public jeune qui ne va pas sur les chaînes télé ».
  • « Les jeunes sont très résilients, mais jusqu’où et jusqu’à quand ? », s’inquiète le Pr Charles Cazanave.
  • L’infectiologue prévient par ailleurs que la vaccination ne sera pas synonyme de levée des gestes barrière.

Un live national sur la crise du Covid-19 organisé sur le réseau social TikTok. C’est l’idée qu’ont eu le CHU de Bordeaux et le média Curieux !, dont le but « est de démêler le vrai du faux ». La session (rendez-vous ce mardi à 18 heures) sera organisée depuis Cap Sciences à Bordeaux, et c’est le professeur Charles Cazanave, infectiologue au service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Bordeaux, qui répondra aux questions des tiktokeurs. En attendant, il a répondu aux questions de 20 Minutes.

Le Pr Charles Cazanave, infectiologue au service des Maladies Infectieuses et Tropicales du CHU de Bordeaux

Pourquoi prendre la parole sur TikTok ?

J’avais déjà fait des vidéos pour TikTok avec le site Curieux !, mais là l’idée est de faire un live pour garder le côté spontané de ce média, à destination d'un public jeune qui ne va pas sur les chaînes télé, ne regarde pas l’info sur Internet et encore moins dans la presse papier, avec le risque parfois de se « désinformer ». Ce réseau social est très peu investi par la communauté médicale.

Y’a-t-il des interrogations différentes de la part de ce public concernant la crise du Covid-19 ?

Pas forcément, je pense que les questions vont beaucoup tourner autour de la problématique du couvre-feu, du confinement, du port du masque, et certainement sur la vaccination. Lors de mes premières interventions il y avait beaucoup de questions sur le risque de faire une forme plus grave, sur les séquelles…

La question du couvre-feu à Bordeaux est sur toutes les lèvres, avec la problématique des rassemblements sur les quais, qu’en pensez-vous ?

Fermer les quais serait une nouvelle privation d’espace et de moment dédiés à cet âge-là, qui a besoin de vivre sa jeunesse. Mais en tant que médecin infectiologue, je me dis que ces rassemblements ne sont pas bons, donc c'est une question toujours délicate à aborder. Où placer le curseur pour que ces jeunes ne soient pas encore plus privés, un an après le début d’une crise qui a vu leur schéma de vie complètement bouleversé ? Les jeunes sont très résilients malgré tout, mais jusqu’où et jusqu’à quand ? D’autant qu’il n’y a pas vraiment de perspective de levée de contraintes, voire on se dirigerait plutôt vers une intensification de ces contraintes.

Le danger souligné aujourd’hui ce sont les variants, qui montent aussi en Nouvelle-Aquitaine, vous confirmez ?

Oui. Globalement il y a presque plus de variants qui circulent actuellement, que de virus première vague, et au sein de ces variants c’est le variant anglais qui a pris le pas en Nouvelle-Aquitaine. C’est un variant qui n’est pas tant que ça éloigné du virus originel, et dont la transmissibilité serait supérieure de 30 à 50 %. Mais ces virus restent accessibles à la stratégie vaccinale en cours, quels que soient les vaccins qui vont de toute façon évoluer pour s’adapter.

Des pistes de traitements sont évoquées, que peut-on en dire ?

Sur les anticorps monoclonaux je préfère ne pas communiquer pour le moment, et sur la piste de l’interféron, c’est un médicament que l’on utilise depuis longtemps, qui est un stimulant du système immunitaire, et qui montrerait des signaux positifs pour les formes ambulatoires de Covid-19, et éviterait qu’elles ne passent en forme hospitalière, c’est-à-dire modérée à sévère. C’est une piste sur laquelle on travaille au CHU de Bordeaux dans l’essai Coverage chez les personnes âgées. Mais il est vrai que l’on n’a pas beaucoup d’armes thérapeutiques pour le moment, c’est pourquoi il faut renforcer la vaccination. Et il ne faut pas laisser tomber les gestes barrière, même quand on est vacciné.

Même quand on sera vacciné, on ne pourra pas enlever son masque tout de suite ?

Non, puisqu’on voit bien qu’il y a des virus différents qui circulent, et sur lesquels on ne sait pas comment notre immunité acquise va répondre. Donc il faudra rester prudent. Les gestes barrière standards – se laver les mains, le gel hydroalcoolique – doivent devenir dorénavant l’hygiène de base. Cela a montré son efficacité, avec très peu de grippes et de gastro-entérite cet hiver. Et le masque va encore rester un bon moment, même si c’est difficile à faire admettre car il y a un ras-le-bol.

Quelle est la situation au CHU de Bordeaux ?

La situation est tendue, mais nous maintenons nos programmes opératoires. Nous sommes dans un état de vigilance depuis plusieurs mois, avec quelques décalages d’interventions non urgentes.