Coronavirus : Pourquoi les 65-74 ans ne sont-ils toujours pas éligibles à la vaccination anti-Covid ?

VACCINATION Trop jeunes pour recevoir les vaccins à ARN messager et trop vieux pour le vaccin d'AstraZeneca, les 65-74 ans ne sont toujours pas éligibles à la vaccination anti-Covid

Anissa Boumediene

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Le vaccin Oxford-AstraZeneca contre le Covid-19.
Le vaccin Oxford-AstraZeneca contre le Covid-19. — Valentina Petrova/AP/SIPA
  • Alors que la vaccination des plus de 75 ans se poursuit, dès ce jeudi, les personnes âgées de 50 à 64 ans souffrant de comorbidités pourront elles aussi se faire vacciner contre le Covid-19.
  • De leur côté, celles et ceux qui ont entre 65 et 74 ans, eux, ne sont toujours pas éligibles à la vaccination.
  • Trop jeunes pour recevoir les vaccins de Pfizer ou Moderna et trop vieux pour celui d’AstraZeneca, les 65-74 ans ne bénéficient à ce jour d’aucune solution vaccinale contre le coronavirus.

Ils vont encore devoir patienter. Alors que les plus de 75 ans peuvent se faire vacciner depuis le début de l’année, et que dès ce jeudi, ce sera également possible pour les personnes âgées de 50 à 64 ans souffrant de comorbidités, toutes celles et ceux qui ont entre 65 et 74 ans ne sont pour l’heure toujours pas éligibles à la vaccination anti-Covid.

La faute au manque de vaccins disponibles, qui n’ont en outre pas reçu d’indications pour cette tranche d’âge. Et avec les retards de livraison, les 65-74 ans devraient attendre au moins le mois d’avril pour recevoir un vaccin. Mais une nouvelle étude pourrait changer la donne.

Trop jeunes pour Pfizer et Moderna, trop vieux pour AstraZeneca

En élaborant sa stratégie vaccinale, le gouvernement avait anticipé des livraisons de vaccins au compte-gouttes et, faute de pouvoir vacciner massivement l’ensemble de la population, a déterminé les personnes prioritaires. Premiers appelés à se faire vacciner les résidents d’Ehpad, suivis des plus de 75 ans vivant à domicile. Logiquement, les suivants devaient être les 65-74 ans, qui se sont finalement fait griller la priorité par les moins de 65 ans souffrant de comorbidités.

La faute aux vaccins disponibles, et aux indications dont ils sont assortis. Suivant les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), qui a relevé le manque de données de l’efficacité du vaccin à vecteur viral d’AstraZeneca chez les plus de 65 ans, les aînés sont tous vaccinés avec des sérums à ARN messager, ceux mis au point par Pfizer-BioNTech et Moderna. Le vaccin élaboré par le laboratoire britannique AstraZeneca et l’université d’Oxford est donc réservé aux moins de 65 ans. Une rapide lecture de ces prescriptions laisse ainsi apparaître un trou vaccinal : pour l’heure rien n’est prévu pour vacciner les 65-74 ans : trop jeunes pour prétendre aux vaccins à ARN et trop vieux pour recevoir le sérum britannique.

« J’ai 70 ans, je suis diabétique, je voudrais savoir quand je pourrai me faire vacciner ? Les gens en dessous de 65 ans avec le diabète peuvent être vaccinés dès maintenant. J’ai vraiment l’impression que les gens entre 65-74 avec comorbidité sont oubliés », a tweeté une septuagénaire à l’intention du Premier ministre Jean Castex.

« C’est un vrai problème, reconnaît le Dr Luc Duquesnel, médecin généraliste et président des Généralistes-CSMF. On a des personnes éligibles à la vaccination après 75 ans, entre 50 et 64 ans, et quid des 65-74 ans ? Pour l’instant rien ». Toutefois « ceux qui sont à très hauts risques dans cette tranche d’âge sont éligibles au vaccin Pfizer, mais les cas sont très restreints : cancer évolutif, hémopathies en traitement, transplantations, trisomie 21 et maladies rares, énumère le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF). Soit très peu de personnes parmi les 65-74 ans ». Mais « c’est parce que seuls les vaccins à ARN messager ont montré leur efficacité sur les plus de 65 ans, et que le choix a été fait en France, selon nos capacités vaccinales, de vacciner en priorité les personnes les plus à risques, soit les plus de 75 ans, rappelle le Dr Duquesnel. Aujourd’hui, la problématique, c’est la pénurie de vaccins, on ne manque pas de vaccinateurs, mais de doses ».

L’espoir de nouvelles recommandations pour AstraZeneca

De son côté, le gouvernement table sur une ouverture « entre fin mars et mi-avril » de la vaccination pour les 65-74 ans. Le Pr Alain Fischer, le « Monsieur vaccin » du gouvernement, espère que « les personnes âgées de 65 à 74 ans puissent commencer à être vaccinées début avril », a-t-il déclaré le 18 février sur Europe 1. En outre, « si le vaccin Janssen de Johnson & Johnson est indiqué pour les moins de 75 ans, cela permettra de compléter l’arsenal vaccinal pour cette tranche d’âge », indique le Dr Jacques Battistoni, médecin généraliste et président du syndicat MG France. Toutefois, « les nouvelles reçues du ministère de la Santé et de la DGOS tablent plutôt sur un retard de livraison d’un mois pour le vaccin Janssen », relève le Dr Duquesnel.

L’espoir pourrait finalement venir… d’AstraZeneca ! « Jusqu’à présent, rien ne montrait qu’il n’était pas efficace chez les plus de 65 ans, et le problème, c’est que rien ne prouvait non plus qu’il l’était. Or, une étude écossaise publiée ce lundi démontrerait l’efficacité du vaccin AstraZeneca chez les plus âgés, avec une diminution significative des hospitalisations et des formes graves du coronavirus, ce qui est le but de la vaccination anti-Covid », souligne le Dr Duquesnel. « Les premiers résultats de cette étude menée par des chercheurs des universités d’Edinbourg et Glasgow plaident en faveur d’une bonne, voire d’une très bonne efficacité d’AstraZeneca chez les plus de 65 ans, et même chez les plus de 80 ans, supérieure même à l’efficacité du vaccin de Pfizer ». « Si ces données sont confirmées, la HAS pourrait revoir sa position, et aller vers des recommandations différentes pour cette tranche d’âge, lui permettant d’avoir accès à la vaccination avec AstraZeneca », estiment les Dr Ortiz et Duquesnel.

De nouvelles données qui pourraient faire évoluer le calendrier vaccinal dans l’hexagone. « On n’aura ainsi peut-être pas à attendre l’arrivée d’un nouveau vaccin pour vacciner les 65-74 ans, imagine le Dr duquesnel. Une fois qu’on aura vacciné avec l’AstraZeneca les populations de 50 à 64 ans avec des risques, et avant de l’ouvrir à toute la population de moins de 65 ans, on pourrait imaginer une phase intermédiaire durant laquelle les 65-74 ans seraient éligibles à la vaccination avec l’AstraZeneca ».