Coronavirus : Pourquoi la situation s’améliore-t-elle dans les Ehpad ?

EPIDEMIE Le nombre de morts dans les Ehpad a chuté de plus de 50 % en trois semaines

Jean-Loup Delmas

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Une vaccination en Ehpad, illustration. Plus de 80% des résidents ont reçu une première dose de vaccin.
Une vaccination en Ehpad, illustration. Plus de 80% des résidents ont reçu une première dose de vaccin. — Bony/SIPA
  • La situation dans les Ehpad, particulièrement touchés par le coronavirus, semble connaître une amélioration ces dernières semaines.
  • Le nombre de morts quotidiens mais également l’incidence du coronavirus sont en chute libre.
  • Si les vaccins y jouent probablement un rôle majeur, d’autres explications sont possibles.

Le nombre quotidien de décès liés au coronavirus en Ehpad a diminué de plus de 50 % en trois semaines, passant de 110 morts à 52 par jour en moyenne sur la semaine écoulée. Dans le même temps, le taux d’incidence a chuté de plus de 30  % en deux semaines chez les personnes de 80 ans ou plus en France. Face à ces chiffres de bon augure, le gouvernement réfléchit à alléger le protocole de visite en Ehpad.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a déclaré le vendredi : « J’espère, comme les 700.000 résidents en Ehpad, que nous pourrons lever davantage les contraintes sanitaires », demandant juste encore un peu de temps (l’immunité liée à la vaccination est considérée comme définitivement acquise plusieurs jours après la seconde injection). Selon  France Inter, certains Ehpad, majoritairement vaccinés, pourraient même assouplir certaines contraintes dès mars sans attendre l’aval du gouvernement. De (rares) bonnes nouvelles dans cette épidémie, mais comment les expliquer ?

Double effet du vaccin

La raison la plus évidente semble être la campagne de vaccination massive qui a lieu dans les Ehpad, première population à avoir reçu des doses en France. Ce jeudi, plus de 80 % des résidents d’Ehpad ont reçu au moins une injection de vaccin selon le ministère de la Santé. Et les courbes de baisse de mortalité et de hausse de la vaccination semblent être corrélées. « Il est certain qu’avoir la majeure partie des résidents avec des doses de vaccin joue sur le nombre de décès. A cela s’ajoute le personnel soignant d’Ehpad, lui aussi vacciné », détaille le médecin en épidémiologie Michaël Rochoy détaille.

De plus en plus d’études suggèrent que le vaccin Pfizer, celui administré en Ehpad, protège non seulement des formes graves mais diminue également les transmissions. Une personne vaccinée aurait moins de chance de contaminer d’autres individus. « On pense que c’est le personnel soignant qui amène de l’extérieur le virus dans les Ehpad. Une fois ce personnel vacciné et moins contagieux, le virus circule moins dans les résidences », argumente le médecin. Double effet bénéfique du vaccin.

Une population de survivants ?

La vaccination n’est sans doute pas la seule raison. Comme souvent avec le coronavirus, les causes sont multiples. Plusieurs autres phénomènes jouent, notamment le fait que les Ehpad soient moins remplis. « Avec la crise sanitaire, les familles sont beaucoup plus hésitantes à mettre leurs personnes âgées en Ehpad, la maison leur semble plus sûre en période de coronavirus », soulève Michaël Rochoy. Moins de résidents, donc moins de contaminations et moins de morts.

Une autre explication tiendrait dans ce qu’on appelle la déplétion des plus susceptibles. Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, explique : « Les personnes les plus âgées, les plus vulnérables et les plus fragiles sont déjà mortes, et il ne reste qu’un public plus résistant donc moins fragile face au virus. » Ce phénomène s’observe souvent en épidémiologie : une épidémie donne l’impression d’être de moins en moins mortelle avec le temps, alors qu’en réalité, les personnes les plus fragiles sont décédées dès la première vague.

Immunité et effet Noël

Suivant un peu la même idée, le professeur questionne également un autre type de résistance de la population en Ehpad : « Pas mal de personnes ont déjà été contaminées, il peut y avoir une immunité collective partielle, qui ralentit la circulation du virus dans les résidences. » Enfin, Michaël Rochoy avertit sur une baisse liée à un possible effet Noël : « Des résidents en Ehpad ont pu avoir des permissions de sortie ou des visites exceptionnelles pour la période des fêtes, ce qui aurait entraîné une hausse de mortalité courant janvier, et la baisse actuelle serait en partie due à un simple retour à la normale. »

En partie seulement car plus qu’un facteur spécifique, Mahmoud Zureik estime que cette baisse des décès liés au Covid-19 en Ehpad pourrait bien avoir toutes ces causes. Sans écarter la possibilité la moins optimiste : un simple problème de remontée de données, les Ehpad ayant subi plusieurs erreurs lors de l’annonce des bilans de décès du coronavirus.

S’il ne s’agit pas de cela, et que les Ehpad sont bel et bien peu à peu tirés d’affaire grâce à la vaccination massive, il faudra tempérer l’enthousiasme concernant le reste du pays et la situation dans les services hospitaliers. « Les résidents d’Ehpad participaient peu à la saturation des hôpitaux, puisqu’ils étaient notamment trop fragiles pour être admis en réanimation », indique Michaël Rochoy. Néanmoins, si l’une des populations les plus à risque s’avérait hors de danger, il s’agirait d’un signe très positif concernant la lutte contre le Covid-19. Une lueur d’espoir dont personne ne veut faire l’économie, à la veille de probables reconfinements locaux.