Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : « Nous sommes en danger » face à la hausse des variants, alerte le directeur de l’ARS

INTERVIEW Après deux semaines de baisse continue, les chiffres de la circulation du virus repartent à la hausse en Nouvelle-Aquitaine

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Benoit Elleboode, directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine
Benoit Elleboode, directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • « Nous sommes à 38 % de variants dans la région, contre 48 % au niveau national, mais on a pratiquement doublé en une semaine » alerte le directeur de l’ARS.
  • « Il est urgent de faire encore plus d’efforts que d’habitude, notamment sur les mesures barrière et sur les tests. »
  • « Si rien ne change, il se passera exactement ce que l’on constate dans les départements les plus touchés en France. »

Après deux semaines de baisse continue, la situation épidémiologique est repartie à la hausse en Nouvelle-Aquitaine depuis le début de la semaine. La région affiche un taux d'incidence de 110,4 pour 100.000 habitants ce mercredi. 20 Minutes a rencontré ce mercredi Benoit Elleboode, directeur général de l'ARS (Agence Régionale de Santé), pour faire un point sur la situation. Entretien.

La circulation du virus en Nouvelle-Aquitaine est-elle en train de repartir à la hausse ?

On a toujours suivi la tendance nationale avec retard en Nouvelle-Aquitaine, et depuis quelques jours nous sommes en train de monter, qu’il s’agisse du taux d’incidence ou du nombre de patients. Particulièrement en Gironde [taux d'incidence de 119,9 pour 100.000 habitants ce mercredi]. Le taux d’incidence le plus important se situe dans la Vienne [175], le plus bas est en Pyrénées-Atlantiques [58]. Il y a encore quelques départements à la baisse, les Landes [83,5], les Pyrénées-Atlantiques, la Charente-Maritime [78], mais qui vont bientôt remonter du fait de la diffusion des variants. C’est la dynamique qu’il faut regarder.

Aujourd’hui, ce sont les variants qui vous inquiètent le plus ?

Oui. Nous sommes à 38 % de variants dans la région, contre 48 % au niveau national, mais on a pratiquement doublé en une semaine. Si on continue comme cela, d’ici une semaine ou deux on sera à plus de 60 % de variants, ce qui provoquerait une véritable explosion des taux d’incidence. C’est pourquoi je dis que nous sommes en danger en Nouvelle-Aquitaine, et il est urgent de faire encore plus d’efforts que d’habitude, notamment sur les mesures barrière et sur les tests. Il faut se tester, et s’isoler, car c’est la seule chose qui permet véritablement de se préserver de ces variants.

On parle de quel type de variant ?

Nous sommes à 38 % de variant anglais, ensuite à 5-6 % de variant sud-africain et brésilien. Mais on les considère tous comme une seule et même entité, de variants hypercontaminants.

On avait parlé d’une source de Dordogne, qu’en est-il ?

Au sein du variant il y a des familles. Il peut y avoir des mutations dans le virus qui n’en changent pas les caractéristiques, et on a pu voir en Dordogne quelques mutations qui faisaient que le virus n’était pas tout à fait identique à celui du virus dit brésilien ou sud-africain, mais il avait les mêmes caractéristiques, et il reste classé dans la même famille.

Il faut donc réagir tout de suite pour éviter de tomber dans des situations que l’on connaît dans d’autres régions ?

C’est cela. Si rien ne change, il se passera exactement ce que l’on constate dans les départements les plus touchés en France, donc il faut réagir.

Où en est-on de la vaccination dans la région ?

Nous sommes à un point au-dessus des autres régions, cela fonctionne bien dans la limite des vaccins disponibles. Notre enjeu en Nouvelle-Aquitaine est de pouvoir aller vacciner les personnes qui ne peuvent pas se rendre dans les centres de vaccination, pas seulement parce que c’est difficile de prendre un rendez-vous, mais aussi parce que des gens ne peuvent pas se déplacer de chez eux. Il faut donc travailler avec les médecins traitants pour organiser les choses et avoir une égalité du vaccin pour tout le monde.

On entend dire que certaines mesures (couvre-feu, port du masque…) en plein air, et notamment sur nos régions côtières, seraient sans effet véritable. Qu’en dites-vous ?

Il vaut mieux être dans un milieu aéré que confiné, c’est certain. L’aération des locaux est primordiale, et quand il fait beau on aère plus facilement. Maintenant, faut-il relâcher les gestes barrière pour autant ? Mon mot d’ordre est de dire que pour se protéger, mieux vaut trop que pas assez. On pourrait ainsi retirer le masque quand on est face à la mer et qu’il y a un peu de vent ? Mais en ville dans une rue étroite il faut le remettre ? Attention à ne pas délivrer de messages incohérents. Face à une épidémie qui remonte fortement, les mesures de protection sont essentielles, et il vaut mieux garder le masque.