Bordeaux : Au cœur d’une opération robotisée, à l'hôpital cardiologique du CHU

REPORTAGE Exceptionnellement, « 20 Minutes » a pu suivre une opération du cœur réalisée à l’aide d’un robot de dernière génération, que le CHU de Bordeaux vient tout juste d’acquérir

Mickaël Bosredon

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Bordeaux : Au coeur d'une opération robotisée à l'hôpital cardiologique du CHU — 20 Minutes
  • Le CHU de Bordeaux vient de s’équiper de deux nouveaux robots de dernière génération.
  • « Environ 15 à 20 % des interventions en chirurgie cardiaque peuvent potentiellement être réalisées avec le robot », explique le chef du service du service cardiologie, le Pr Louis Labrousse.
  • Grâce au robot, une opération du cœur se réalise avec une petite incision de trois centimètres, alors que sans lui il faudrait pratiquer une ouverture de la cage thoracique.

Une « plongée dans le cœur du patient, sans équivalent en chirurgie à ciel ouvert ». Des « gestes chirurgicaux plus précis ». Le Pr Louis Labrousse, chef du service de chirurgie cardiaque au CHU de Bordeaux, ne tarit pas d’éloges sur son nouvel assistant, un robot chirurgical dernière génération, qui équipe son service depuis le mois de décembre dernier. C’est un des deux nouveaux robots que le CHU de Bordeaux vient d’acquérir, pour 3,4 millions d’euros.

Exceptionnellement, 20 Minutes a pu suivre une opération du cœur réalisée avec cet assistant robotique, à l’hôpital cardiologique du CHU, implanté sur le site de Haut-Lévêque à Pessac. Il s’agissait d’une réparation de la valve mitrale, qui se situe dans l’oreillette et le ventricule gauche, chez un patient d'une cinquantaine d'années.

Comme dans un cockpit d’avion

Sans robot, cette intervention aurait nécessité une sternotomie, une ouverture de la cage thoracique. Là, une simple incision de trois centimètres suffit, pour permettre de glisser la mini-caméra, et les instruments accrochés aux quatre bras du robot qui sont pilotés depuis une console. « L’opération est un peu plus longue que pour une sternotomie, quatre heures au lieu de trois, parce qu’il y a une succession de petits gestes à faire qui demandent plus de temps, et parce qu’on doit communiquer à trois » explique le Pr Louis Labrousse. Le chef du service de chirurgie cardiaque supervise durant l’intervention deux chirurgiens, l’un aux manettes derrière la console, l’autre au niveau du patient. Dans une concentration maximum, tous trois échangent, se confirment chaque geste effectué. Comme dans un cockpit d’avion.

Chirurgien cardiaque à Bruxelles, spécialisé dans la chirurgie robotique depuis 2001, Jean-Luc Jansens pilote depuis sa console les instruments chirurgicaux placés au bout des quatre bras du robot. « Comme dans un jeu vidéo », plaisante-t-il. « On est connecté à l’intérieur du cœur d’abord avec les yeux, grâce à une caméra en trois dimensions qui nous offre une profondeur de champ permettant d’apprécier la distance d’un objet ou d’un organe par rapport à l’autre », explique-t-il. La qualité de l’image, restituée également sur deux grands écrans placés dans la salle d’opération, est époustouflante. Le cœur et les instruments sont grossis dix fois pour offrir la plus grande précision au chirurgien.

« Maître de la machine connectée au patient »

« Nous sommes aussi connectés par les mains avec deux joysticks qui permettent de fermer ou d’ouvrir des pinces, de couper des fils, et aussi de piloter la caméra en réalisant des zooms avant et arrière, poursuit Jean-Luc Jansens. Enfin, nous sommes connectés par les pieds, avec des pédales, l’une servant également à la caméra et l’autre servant à coaguler, à arrêter d’éventuels saignements. Par cette console, on est donc maître de la machine connectée au patient. »

Un robot chirurgical, au CHU de Bordeaux
Un robot chirurgical, au CHU de Bordeaux - Mickaël Bosredon/20 Minutes

La chirurgie de valve mitrale est une opération relativement courante, mais elle reste délicate puisqu’il faut arrêter le cœur du patient. « C’est pourquoi il est nécessaire qu’un expert de la chirurgie cardiaque se tienne auprès du patient, pour contrôler à semi-distance les nœuds que l’on fait, couper les fils, présenter les instruments ou les organes de façon à ce que l’on puisse mieux voir, ajoute le chirurgien belge. C’est vraiment une interconnexion entre nous deux. » Et à tout moment, « si on se rend compte qu’il y a un problème quelconque, on peut en trois secondes enlever la machine et repartir sur une intervention classique », insiste le Pr Louis Labrousse.

Articulation des bras à 540°

Les chirurgiens expliquent d’ailleurs que le terme « robot » peut être trompeur, par rapport à ce qui se pratique réellement. « C’est un assistant chirurgical, insiste Jean-Luc Jansens. Ce n’est qu’un instrument, et en réalité, il n’y a pas de geste véritablement automatisé, tout est commandé par le chirurgien. Ce que peut faire le robot tout seul, c’est nous prévenir d’un danger si tel ou tel geste risque d’entraîner une collision ou un problème pour le patient. »

Un assistant de luxe, tout de même. « L’avantage du robot pour cette technique est significatif grâce à la vue en trois dimensions dans le thorax, et grâce aux instruments qui ont une articulation à 540°, c’est-à-dire que les bras peuvent tourner une fois et demie, ce que l’humain ne sait pas faire », détaille Jean-Luc Jansens.

« Les patients récupèrent entre deux et trois plus rapidement »

Encore plus que pour le chirurgien, c’est pour le patient que les bénéfices du robot sont le plus impressionnants. « C’est de la chirurgie mini-invasive, explique le Pr Louis Labrousse. Une sternotomie entraîne un temps de récupération postopératoire beaucoup plus long, et des douleurs chroniques plus importantes. Là, les patients récupèrent généralement entre deux et trois fois plus rapidement. »

Au CHU de Bordeaux, « environ 15 à 20 % des interventions en chirurgie cardiaque peuvent potentiellement être réalisées avec le robot et en particulier toute la chirurgie des valves mitrales et tricuspides », explique le Pr Louis Labrousse. Son service « couvre la totalité du spectre de la chirurgie cardiaque » et réalise chaque année 1.500 interventions, ce qui en fait le plus important service de cardiologie de France.

Avec l’acquisition de deux nouveaux robots chirurgicaux dernière génération, le CHU de Bordeaux est aujourd’hui doté de quatre engins, pour une utilisation pluridisciplinaire : en urologie, gynécologie, digestif/chirurgie colorectale, chirurgie cardiaque, chirurgie thoracique, et ORL. Ce qui en fait aussi, hors AP-HP (Hôpitaux de Paris), le plus gros centre de chirurgie robotique de France.