Polynésie : Le rapport sur les retombées des essais nucléaires relève du « négationnisme », selon les associations

MURUROA Le rapport publié par l’Inserm estime que les indices sont insuffisants pour faire eu lien entre les essais nucléaires et les pathologies observées localement

20 Minutes avec AFP
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L'atoll de Mururoa, en Polynésie. (archives)
L'atoll de Mururoa, en Polynésie. (archives) — ERIC FEFERBERG / AFP

L’une des principales associations antinucléaires de Polynésie française, l’association 193, a regretté mardi la publication d’un rapport de l’Inserm sur les conséquences sanitaires des essais nucléaires, l’assimilant à du « négationnisme ». Dans ce rapport, à paraître mercredi, dix experts réunis par l’Inserm estiment que les résultats des études menées en Polynésie française « sont insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre l’exposition aux rayonnements ionisants issus des retombées des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française et l’occurrence » de pathologies comme le cancer de la thyroïde ou les hémopathies malignes.

« Ce rapport n’apporte rien de nouveau, c’est la continuité d’une négation de la réalité. 193 essais nucléaires, c’est l’équivalent de 800 bombes d’Hiroshima : dire qu’il n’y a pas eu d’effets, c’est du négationnisme », a déclaré le père Auguste Uebe-Carlson, président de 193. Cette association milite notamment pour une meilleure indemnisation des victimes des essais. Au-delà des effets sanitaires des essais nucléaires, l’association 193 s’inquiète d’une réinterprétation de l’Histoire, par exemple au sein du Centre de Mémoire, qui devrait voir le jour à Tahiti après un engagement du Président François Hollande. « Le Centre de mémoire va devenir un lieu où on va retrouver ce genre d’affirmation sur les essais propres, ça va être le lieu d’une seule parole », s’inquiète le père Uebe-Carlson.

Une compilation de 1.200 études

Le rapport de l’Inserm a réuni 1.200 études portant sur la Polynésie, mais aussi sur d’autres lieux d’essais nucléaires. « Parmi les documents étudiés, il y en a quelques-uns qui sont issus des années folles où tout ce qui touchait au nucléaire était entièrement contrôlé par l’armée », a regretté le député Moetai Brotherson, cadre du parti indépendantiste polynésien. L’historien Jean-Marc Regnault regrette « des régressions sur l’ouverture des archives militaires » qui nourrissent les « doutes » des militants sur la sincérité de l’étude. « Compte tenu de tous les mensonges qu’il y a eu, on peut se demander si ces conclusions ne sont pas un nouveau mensonge, même si ce sont des scientifiques de l’Inserm et non l’Etat ».

Jean-Marc Regnault rappelle que d’autres études scientifiques, comme celles de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), sont arrivées à des conclusions différentes à partir des mêmes documents et que les autorités de l’Etat, comme François Hollande, ont aussi reconnu les conséquences sanitaires des essais nucléaires. Les indépendantistes polynésiens et les associations antinucléaires mènent un combat commun, pour une meilleure indemnisation des victimes de maladies radio-induites. Ils craignent que ce rapport soit un frein aux demandes d’indemnisation.