Coronavirus : A ARN messager, à vecteur viral… Peut-on choisir son vaccin anti-Covid ?

VACCINATION Plusieurs vaccins anti-Covid sont à ce jour disponibles dans l’hexagone, et certains aimeraient bien pouvoir choisir celui qui leur sera administré

Anissa Boumediene

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Illustration d'un personne se faisant vacciner.
Illustration d'un personne se faisant vacciner. — AFP
  • A ce jour, la France dispose des vaccins à ARN messager de Pfizer-BioNTech et Moderna, et du vaccin à vecteur viral d’AstraZeneca.
  • Chaque vaccin a ses adeptes et ses critiques, et certains souhaiteraient pouvoir choisir quel sérum ils recevront.
  • Mais pour l’heure, chaque vaccin est réservé à des populations cibles en fonction de leur âge et de leur état de santé.

Se faire vacciner ou pas, telle n’est plus la seule question. Certes, un Français sur cinq n’a pas encore pris sa décision, selon le baromètre du Cevipof publié ce lundi. Mais déjà, la moitié d’entre eux (49 %) a l’intention de sauter le pas. Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca sont pour l’heure les trois vaccins anti-Covid disponibles dans l’hexagone. Un triptyque auquel pourrait prochainement s’ajouter le vaccin mis au point par Johnson & Johnson.

Entre nouveaux vaccins à ARN messager, vaccins classiques à vecteur viral, à une dose ou à deux doses, chaque sérum a ses spécificités. Pour celles et ceux qui sont décidés à se faire vacciner contre le Covid-19, se pose alors une autre question : peut-on choisir son vaccin ?

« Je veux pouvoir choisir »

Premiers autorisés et distribués sur le marché français : les vaccins de Pfizer-BioNTech et Moderna, tous deux à ARN messager et pour l’heure administrés en priorité sur les personnes les plus âgées. Des vaccins issus d’une technologie nouvelle et qui affichent un taux d’efficacité record de respectivement 95 % et 94,1 %. De quoi en séduire plus d’un. « A choisir, je préférerais recevoir le vaccin de Pfizer ou Moderna, parce que leur technologie, bien que récente », semble sûre et présente l’efficacité la plus élevée, indique Audrey, la trentaine, qui devra attendre cet été au moins l’ouverture de la vaccination à l’ensemble du grand public. « Je suis plutôt d’une nature craintive, mais je ne suis pas d’accord avec les sceptiques qui critiquent les vaccins à ARN en disant qu’ils ont été mis au point trop vite. Quand du jour au lendemain, les chercheurs du monde entier travaillent sur un même sujet avec des budgets sans limite, forcément, les résultats arrivent plus vite que jamais ! »

Un point de vue que ne partage pas le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon. « Je veux pouvoir choisir, a-t-il déclaré il y a quelques semaines. Je ne suis pas rassuré par un procédé qui est tout à fait nouveau et dont on ne connaît pas les conséquences. Je préfère les formes traditionnelles de vaccination », a-t-il ajouté. Le vaccin traditionnel, c’est celui mis au point par AstraZeneca, qui est à vecteur viral. Comme ceux de Pfizer-BioNTech et Moderna, il nécessite l’injection de deux doses à quelques semaines d’intervalles. Dans l’hexagone, la Haute Autorité de santé (HAS) a décidé de réserver ce vaccin aux moins de 65 ans, en raison du manque de données sur son efficacité sur les plus de 65 ans. Les soignants ont été les premiers à le recevoir, et la survenue d’effets secondaires après la première injection a dissuadé certains d’entre eux de recevoir le sérum du laboratoire britannique. « Certains soignants ont eu des symptômes grippaux, de la fièvre et des courbatures après la première injection, et ont été arrêtés, c’est pourquoi les hôpitaux de Brest et Morlaix en Bretagne ont décidé d’interrompre la vaccination de leurs soignants avec l’AstraZeneca, notamment pour ne pas entraver la bonne marche des services à cause des arrêts, rappelle le Dr Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président d’honneur de la Fédération des médecins de France (FMF). Mais que l’on se rassure, il ne s’agit pas d’effets indésirables graves ».

« Pour l’instant, le seul choix, c’est de se faire vacciner ou pas »

Dès jeudi, les personnes âgées de 50 à 64 ans ayant des comorbidités pourront se faire vacciner, et recevront elles aussi le vaccin AstraZeneca. Dans son cabinet de médecine générale, le Dr Hamon se prépare à administrer le vaccin britannique à ses patients. « J’ai le cas d’une patiente éligible à la vaccination qui m’a spécifié qu’elle ne voulait pas du vaccin d’AstraZeneca. Donc elle attendra ! Pourtant, il est efficace ce vaccin », ajoute le médecin. Une étude publiée ce lundi par les Université d’Edimbourg et de Glasgow en Ecosse démontre ainsi que les vaccins anti-Covid de Pfizer-BioNTech et AstraZeneca-Oxford administrés dans le cadre de la campagne de vaccination en Ecosse ont entraîné une chute du risque d’hospitalisation liée au coronavirus dans cette nation du Royaume-Uni. Cette étude indique que quatre semaines après l’administration d’une première dose, le risque d’hospitalisation était réduit de 85 % avec le vaccin Pfizer et de 94 % avec celui d’AstraZeneca, par rapport aux personnes n’ayant pas reçu le vaccin.

« On en parle tellement des vaccins que les patients sont finalement bien informés et s’interrogent sur le bien-fondé de chacun d’entre eux, et ont pour certains une idée très précise, explique le Dr Jacques Battistoni, médecin généraliste et président du syndicat MG France. Je leur explique que c’est très simple, pour l’instant, le seul choix, c’est de se faire vacciner ou pas ». Car pour l’heure, les vaccins sont répartis en fonction des populations, de leur âge et de leur état de santé. « Les patients âgés de 50 à 65 ans avec comorbidités et soignants de moins de 65 ans ont un seul vaccin possible :  celui d’AstraZeneca. Quant aux plus de 75 ans, ils n’ont pas le choix non plus, puisqu’ils ne peuvent recevoir que le vaccin à ARN de Pfizer ou de Moderna, détaille le Dr Battistoni. Donc aujourd’hui la situation est relativement simple. J’espère que le prochain vaccin autorisé, celui de Janssen, aura l’indication jusqu’à 75 ans, pour vacciner les 65-75 ans, pour compléter l’arsenal vaccinal. Mais dans les prochains mois, il est possible que la situation évolue, avance le Dr Battistoni. Les plus âgés – qui ne reçoivent aujourd’hui que les vaccins à ARN – auront été vaccinés, et il y aura davantage de vaccins sur le marché, donc plus de livraisons. Alors, peut-être, la possibilité de choisir entre plusieurs vaccins sera offerte au grand public ».